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[Test] This War of Mine : The Little Ones – Une expérience unique [PS4, XBO]

Par killy le

Déjà pourvoyeur de dépression chronique il y a un peu plus d’un an sur PC, This War of Mine (notre test) replonge sa scie rouillée dans la plaie suppurante, avec l’aide d’une manette cette fois-ci. Cette version PS4 enrichie donne en effet l’immense chance aux enfants d’assister eux aussi à la guerre de l’intérieur. This War of Mine : The Little Ones semble bien parti pour donner un sens plus explosif au terme corde-à-sauter.

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Comme expliqué en détail dans le précédent test de la version PC, le but de This War of Mine est la survie. Une gestion de crise dans un contexte de guerre civile, librement inspirée des conflits urbains de Sarajevo ou de Grozny, et qui résonne encore davantage aujourd’hui au travers de la guerre en Syrie. Réfugiés dans une maison en ruine faute de ne pas avoir pu fuir hors de la zone dangereuse, quelques personnages attendent un cessez-le-feu qui semble n’être qu’une énième détonation au loin. Leur quotidien se résume à deux objectifs principaux, se maintenir en forme et se défendre. Pour cela, les phases de jeu se scindent elles aussi en deux parties, une diurne où il est conseillé de crafter tout ce dont la communauté à besoin, de combustible pour le chauffage à un lit relativement confortable en passant par des barricades et un plat chaud.

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Les possibilités, très réduites durant les premières heures, s’enrichissent au fur et à mesure mais les combinaisons d’éléments restent au final limitées. Ce qui amoindrit l’intérêt de ces moments de calme apparent, où il suffira la plupart du temps de demander aux personnages de se nourrir, de dormir ou de fabriquer quelques petites choses. Seuls les arrivées inopportunes d’inconnus à la porte injectent des instants de tension, en posant la question centrale de tout environnement socialement instable : l’humanisme ou la méfiance. Un choix moral qui est au centre du propos de This War of Mine : The Little Ones et en fait une source tangible de réflexion sur ses propres tendances à réagir face à la guerre. L’autre phase, nocturne, implique des sorties dans les zones voisines dans le but de récupérer des matériaux. Risquées dans la plupart des cas, ces virées se balancent sur un fil ténu, entre la cupidité et la prudence. Elles sont surtout la cause principale de traumatismes des personnages, qui y seront témoins d’exactions, de violences et de leurs propres accrocs à la civilisation.

[nextpage title= »War has changed »]

Contrairement à un Call of Duty, le jeu de 11 bit Studios ne montre pas mais ouvre une discussion. Tout dépend de la perspective choisie comme me l’a expliqué Pawel Szyszka (game designer) : il y a le même « niveau » de tragédie dans un CoD et This War of Mine, mais la perception du premier passe par les yeux du soldat entraîné, tandis que le second cherche avant tout à exposer des faits au travers d’un individu détaché de cette violence. L’intérêt n’est pas ici de proposer une direction de pensée, mais de laisser le joueur seul juge de ses faits. Et c’est justement ce qui apporte au jeu un supplément d’humain, un sentiment viscéral d’être englué dans une logique perverse ; à savoir penser utile et s’autoriser de rares moments altruistes. L’ajout des enfants augmente encore cette sensation, devenant le parfait contrepoint de cette manière d’agir. La naïveté n’est à aucun moment soluble dans la survie. Sensibles à l’horreur, pouvant aisément perdre espoir et la tête après un vol, la vision d’un meurtre ou un manque de nourriture, les personnages se rajoutent désormais un niveau de pression en se questionnant sur l’avenir de ces enfants.

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La détresse s’infiltre encore davantage dans l’ambiance déjà glaciale de This War of Mine et touche à l’horreur lorsque le ou les protecteurs d’un gamin disparaissent ou meurent. D’autant que ces petits survivants s’inscrivent dans le gameplay via un système d’attention particulier. Pas très bavards entre eux, les adultes vont devoir faire l’effort de s’adresser régulièrement aux enfants afin de leur remonter le moral et de les protéger mentalement des horreurs extérieures. Il est également nécessaire de maintenir leur attention par le jeu, plusieurs spot ayant été rajoutés dans la maison, et leur bien être devient vite prioritaire. Non pour des raisons ludiques mais bien par empathie, prouvant une nouvelle fois la justesse de ton du jeu. Considérés comme une source d’égaiement autant, malheureusement, qu’un poids, les petits peuvent être initiés à l’art du craft au bout de longues journées et donc rentrer, à leur insu, dans le monde de l’utile, réservé jusque là aux adultes. L’enfance s’étiole mais peut évidemment être maintenu par un joueur attentif. Dans le cas inverse, devant une situation critique, l’enfant et son protecteur quitteront les lieux, afin de rejoindre un endroit plus sûr. Un vrai déchirement, tant la froideur revient hanter les lieux une fois la seule source d’espoir disparu. Ce qui fait de ce rajout aux grands yeux interrogateurs un excellent exhausteur émotionnel, au sein d’un jeu qui garde pourtant les mêmes défauts.

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Portage engraissé, This War of Mine : The Little Ones souffre toujours d’un déséquilibre entre ses phases de jeu nocturnes et diurnes, et d’un sacré manque d’interactions entre les personnages, et ce malgré l’arrivée des enfants. Liés à leurs protecteurs, mais visiblement davantage dans la facilité avec laquelle ils peuvent être rassurés, ils ne réagissent pas différemment avec les autres habitants du bâtiment. Les gestes sont similaires, les dialogues aussi, retirant le supplément d’âme qu’auraient mérité ces derniers. Le crafting n’a pas non plus droit à un petit plus, tournant assez vite en boucle et se réduisant dans les derniers jours de « siège » à quelques éléments de base, sans pousser réellement le joueur à l’utiliser jusque dans ses derniers retranchements. Mais le plus gros soucis lors de ce passage aux consoles de salon arrive par surprise dès les premiers pas, la prise en main. Le mappage de la manette, réglable, n’est pas en cause, l’accès aux fonctionnalités de base restant agréable après quelques minutes d’essai. Non, le centre du conflit prend la forme d’icônes qui ne cessent de se chevaucher et obligent le joueur à s’y reprendre souvent à plusieurs fois avant d’activer un élément/réaliser une action. Il est possible de passer de l’une à l’autre via la croix de direction, mais ce choix oblige à bien s’arrêter avant de commencer à interagir, causant une navigation laborieuse, alourdissant un gameplay idéal à la souris. Et pourtant, pour le moment, This War of Mine : The Little Ones n’est pas du tout prévu sur PC.

This War of Mine : The Littles Ones, disponible le 29 janvier sur PS4 et Xbox One

Notre avis

La fin de l'innocence est une base narrative récurrente ces dernières années entre La Route, The Walking Dead, Les Combattants, ou encore How I Live Now. La question de l'enfant/ado face à la survie semble avoir besoin d'être traitée. A cette question, Pawel Szyszka m'a répondu que la guerre ne changeait pas, mais qu'elle était moins facile à esquiver, parce que les enfants sont connectés, que les conflits sont plus visibles, les contours plus nets. Une position qui justifie cette focalisation dans l'aventure sur le fait d'épargner à tout prix les gamins des visions extérieures. Une protection par le jeu, la discussion, en un sens la normalité dans l'horreur. En cela, et comme la version précédente, This War of Mine : The Little Ones fait preuve d'une grande justesse de ton. Il vient d'une volonté profonde de discussion, d'où son statut de one-shot, qui ne deviendra jamais une licence ou une marque. En cela il est un témoignage fort de l'implication de 11 bits dans le caritatif mais aussi et surtout un jeu qui fonctionne bien en tant que tel. Et malgré des erreurs manifestes, non corrigées, et une nouvelle prise en main problématique, il reste une expérience unique, sinon marquante, au moins intéressante.

7 / 10