Vendredi 15 avril, France 4 diffusera à 22h20 le documentaire Pirat@ge, de Sylvain Bergère et Etienne Rouillon. C’est probablement la première fois en France qu’un programme télévisé se penche avec autant d’objectivité et de profondeur sur ce très vaste sujet. Un peu fourre-tout, très enthousiaste, l’œuvre se veut didactique, intrigante, et rassurante. Car derrière les bribes de conversation de ces portraits de geeks, c’est un discours engagé et idéaliste qui se dessine. Les hackers, héros de l’informatique moderne ?

// Chevaliers du net

Captain Crunch, Wikileaks, le Chaos Computer Club… la plupart des entités phare de la culture hacking présentées dans Pirat@ge risquent de surprendre les habitués des reportages sensationnalistes de la télévision française. Car on est bien loin des histoires pirates gloutons qui téléchargent illégalement les albums de Johnny ou déverrouillent les protections d’innocents smartphones… Les doux rêveurs férus de technologie, amoureux des circuits électroniques et des codes informatiques, se décrivent plutôt comme des chevaliers Jedi ordinaires ; ils sont libres d’utiliser leur Force à bon ou mauvais escient. Le documentaire se veut neutre et s’il offre plusieurs points de vue sur les pratiques du hacking, l’ensemble penche plutôt en leur faveur. Dans Pirat@ge ils abordent leurs erreurs de jeunesse (emule Paradise), leurs coup de maître (la blue box, Wikipedia), leurs combats (le scandale des failles de sécurité dans le Bildschirmtext, le minitel allemand), leurs délires (les Gregory Brothers)… Les hackers tels qu’ils sont dévoilés dans Pirat@ges explosent littéralement du moule dans lequel on tente de les couler.

Captain Crunch, de son vrai nom John Draper, est un des premiers phreakers, un hacker spécialisé dans la téléphonie

// Les fruits du hack

Car si les nerds apprécieront surtout l’hommage qui est fait à leurs icônes, les néophytes découvriront (avec horreur ?) que certaines des plus belles inventions technologiques doivent beaucoup aux « pirates » qui les font trembler. Comme aime à le rappeler Douglas Alves, journaliste spécialisé dans le retrogaming et éminent membre de l’association MO5.com, le jeu vidéo lui-même, ce loisir des masses aux monstrueux chiffres d’affaire est lui-même le produit d’un hack. D’un bidouillage informatique que l’on doit à des étudiants au MIT (Massachussetts Institute of Technology) dans les années 60 ! De même, Pirat@ge aborde les liens étroits entre feu le site Napster et l’engouement pour l’iPod d’Apple, tout en rappelant que le MP3, à l’origine, c’est un format de hackers. Autre point, les relations toujours complexes qu’entretiennent les grosses compagnies avec leurs Némésis, à l’image de Sony, représenté avec honnêteté dans le documentaire par George Fornay. Son point de vue sur les hackers diffère bien entendu largement du reste des intervenants, mais la confrontation se fait avec intelligence et nuances.

En compagnie de Douglas Alves dans les locaux tenus secrets de MO5.com

//Boite de dialogue

Accessible, notamment grâce à ses boites de dialogues qui viennent expliciter les termes techniques, Pirat@ge offre une vision d’ensemble des thèmes, événements, personnalités et vocabulaires liés à la pratique du hacking. En outre, les respirations proposées par les réalisateurs  à l’image des Gregory Brothers, ou des extraits de films qui opposent la vision stéréotypée qu’on certains média des hackers sont souvent salvatrices. Car sa richesse et la densité de son propos risquent de donner un peu le tournis. A l’inverse, certains pourraient reprocher au documentaire d’effleurer certains points, et d’en aborder d’autres de façon un peu décousue. Mais reconnaissons que le sujet est vaste, très vaste, et le travail de vulgarisation initié par Pirat@ge, salutaire.

Pirat@ge, d’Etienne Rouillon et Sylvain Bergère, diffusé sur France 4 le vendredi 15 avril à 22h20.