Cinq ans après ses dernières aventures du cinéma, Peter Parker reprend du service. On pensait que la rencontre de trois interprètes de Spider-Man marquait la fin du voyage pour Tom Holland, mais Sony Pictures en avait encore sous le coude.
L’entreprise réinvente son personnage et les thématiques inhérentes à ses aventures. Ce Brand New Day est-il à la hauteur de nos attentes ? Quels sont ses réussites et ses échecs ? On fait le bilan avec spoilers.

TOP : C’est vraiment un jour nouveau
Au fil des années, on a appris à se méfier des promesses de renouveau. Chez Marvel, chaque nouvelle ère ressemble beaucoup à la précédente. En témoigne l’état de la franchise depuis Endgame, entre tentatives ratées, bonnes surprises et choix douteux. Mais ce Spider-Man 4 n’a pas volé son titre de Brand New Day pour le héros du Queens.
Après trois opus au lycée, un ancrage qui l’a desservi autant qu’il l’a aidé à s’imposer auprès d’une nouvelle audience, Peter Parker opère un passage à l’âge adulte. Oublié de tous, le justicier se noie dans le travail. C’est sans aucun doute la plus grande réussite de Brand New Day, parvenir à donner corps à des thématiques très contemporaines pour accompagner un nouveau bouleversement dans son rapport au monde.

Avec cette nouvelle aventure, Peter Parker se fait le miroir d’une jeunesse en perte de repère. En se concentrant sur du “street level”, le film de Sony évoque le parcours de personnes qui courent les rues : des vingtenaires écrasés par le poids de leurs responsabilités et qui n’arrivent pas à concilier vie professionnelle et personnelle.
En clair, Spider-Man est au bord du burn-out et ce n’est qu’en le comprenant qu’il parviendra à retrouver son statut “d’araignée sympa du quartier”. Ce Spider-Man : Brand New Day a du cœur, bien plus que ses prédécesseurs, et c’est exactement ce que l’on espérait pour Tom Holland.
FLOP : La musique de Giacchino
Après avoir accouché de l’un des meilleurs thèmes du MCU l’an passé, Giacchino reste dans ses petits chaussons pour Brand New Day. Si l’image du justicier a été remodelée, le son manque d’inspiration. Après des thèmes largement inspirés de Danny Elfman pour No Way Home, le compositeur n’arrive pas à faire éclore une partition qui vaille vraiment le coup d’oreille.
On sent bien cette envie de donner plus largement dans la noirceur, le mélodramatique, mais c’est trop sage pour nous convaincre tout à fait. Il faut dire que le compositeur arrive après que Daniel Pemberton ait mis un bon coup de pied dans la toile avec la saga du Spider-verse.
TOP : Tom Holland au meilleur de sa forme
Jusqu’ici, on sentait Tom Holland entravé par une saga qui ne lui offrait pas l’opportunité de s’exprimer. Plus impliqué dans le processus créatif, l’acteur britannique donne sans conteste sa meilleure performance de la saga… et peut-être même la meilleure incarnation de Spider-Man au cinéma.
Là où Maguire excellait dans la peau de Peter Parker, mais peinait à faire exister son Spider-Man (Andrew Garfield, c’était l’inverse), Holland s’illustre comme le meilleur des deux mondes.

Plus souvent sous le masque que sans, Holland fait la démonstration d’une excellente maitrise de ses mouvements. Sans son costume synthétique et robotique, Holland semble enfin capable de traduire la bizarrerie et la puissance de son justicier.
On ajoutera que sa complicité avec MJ (Zendaya) s’approche de l’alchimie entre Garfield et Stone dans The Amazing Spider-Man… et ça, ce n’est pas une mince affaire. On regrette un peu que l’héroïne soit un peu en retrait, mais la narration avait déjà beaucoup à faire. Trop ?
FLOP : Une intrigue un peu programmatique
Si Brand New Day réussit à donner du corps à ses enjeux émotionnels et maitrise son virage vers le dramatique, c’est moins évident quand le film tente un rebondissement dans son dernier acte. Dès lors que l’identité du personnage campé par Sadie Sink est dévoilée, les véritables intentions du Damage Control deviennent claires. Il faudra néanmoins à Peter Parker quelques minutes de plus pour résoudre l’énigme.
Pire, la bande-annonce avait spoilé l’affrontement à venir avec la Main. Quand Bill Metzger se targue d’avoir converti l’organisation criminelle en escouade pour son organisation, il ne fait aucun doute que le grand méchant se trouve ailleurs. Il n’y aura pas de grand retournement de situation ici, pas plus que dans les précédents d’ailleurs, mais ce n’est pas catastrophique. L’intérêt de ce Spider-Man : Brand New Day est ailleurs… derrière la caméra.
TOP : Enfin un vrai réalisateur
Jon Watts avait beau maitriser le ton du “coming of age”, les propositions superhéroïques n’étaient pas franchement sa tasse de thé. En trois opus, le réalisateur n’a livré aucune scène mémorable, aucune chorégraphie saisissante. La scène sur la Statue de la Liberté prouve à elle seule la difficulté pour le metteur en scène de retranscrire la verticalité et la mobilité d’un tisseur (alors trois !).
Un lourd impair qui constituait le gros point noir de sa saga. Ici, Destin Daniel Cretton offre de belles scènes d’action et en particulier dans une prison où il ose enfin affronter ses ennemis autrement que les pieds ancrés au sol.

Le plan à l’intérieur du masque, qui nous avait tapé dans l’œil dans la bande-annonce, prouve que le réalisateur a de la suite dans les idées. Il surpasse aisément son prédécesseur et tient même parfois la comparaison avec Sam Raimi.
FLOP : On voulait Man Spider
Tom Holland l’a dit, les spectateurs aussi. Brand New Day semblait vouloir s’engager un peu vers l’horreur en convoquant un arc narratif intéressant des comics : Man Spider. Pour immortaliser la disparition de Peter Parker au profit du tisseur, pour montrer sa mutation, le nouveau film aurait pu adapter cette partie de la mythologie qui montre le superhéros voir son ADN arachnéen prendre le pas sur son humanité.

Face à Josh Horowitz, il explique :
“L’idée c’était d’explorer comment les superhéros évoluent au fil du temps. Dans mes films, on n’a jamais eu l’opportunité d’explorer la période intéressante où quelqu’un apprend à utiliser ses nouveaux dons. On a exploré les séquences cauchemardesques où il devient Man Spider. Mais rapidement, les gens m’ont dit : ‘On veut que les enfants puissent voir le film’. C’était trop creepy”.
Si on comprend aisément pourquoi Sony Pictures n’a pas voulu miser sur un Spider-Man R-Rated, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est peut-être ce qui manque à ce jour nouveau : un risque et une décision radicale pour le faire évoluer.
TOP : L’intégration des X-Men est réussie
C’est un secret de polichinelle, mais au moins, on ne peut pas reprocher à Sony de ne pas avoir tenté de faire planer le mystère. Jean Grey était bien l’antagoniste qui prenait le contrôle de New York. On savait aussi qu’elle ne resterait pas longtemps du côté des méchants. Malgré ce peu de surprise, on salue la direction prise par Marvel et Sony concernant la première mutante de la franchise.

Elle est le parfait contrepied à Spider-Man dans cette aventure, elle aussi coupée d’un monde et arrachée au sien. Sadie Sink vole d’ailleurs parfois la vedette à Tom Holland, délivrant une performance qui nous redonne un espoir dans un MCU à la peine.
Il subsiste tout de même quelques doutes concernant ce que l’avenir réserve au personnage et à ses compères (qui n’ont pas encore annoncé). Comment faire éclore une proposition X-Men évoluant autour du rejet de l’autre et la haine des mutants quand le MCU s’est attaché à faire de ses êtres dotés de pouvoirs des dieux vivants adulés de tous.
Il faudra patienter encore un peu avant de le découvrir, mais on peut déjà dire que Brand New Day tisse un avenir radieux pour Peter Parker, les X-Men et peut-être Avengers : Doomsday et Secret Wars.
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