Pour le prix Nobel de physique 2019, nous ne pouvons pas parler de « Big-Bang »

Science

Par Felix Gouty le

Depuis les années 1950, la communauté scientifique parle de « Big-Bang » pour expliquer la formation de l’univers. James Peebles, cosmologiste et prix Nobel de physique 2019, demande de ne pas l’utiliser.

Schéma de la formation de l’univers selon la théorie du Big-Bang.

« Puis-je vous demander de ne pas utiliser le terme de Big-Bang imprudemment ? Il connote un événement et un lieu, or les deux sont faux », a indiqué James Peebles, lors d’une conférence scientifique à Washington relayée par Sciences et Avenir. Professeur en cosmologie, le chercheur américain a été pourtant récompensé par un prix Nobel de physique, cette année, pour ses travaux sur l’enfance de l’univers – souvent désignée par la théorie du Big-Bang. Cette dernière, dont le terme remonte à la fin des années 1940, regroupe toutes les hypothèses concluant que notre univers s’est formé à la suite d’une dilatation extrêmement rapide, à la manière d’une explosion. Cependant, pour le cosmologiste, elle ne mérite pas sa popularité : « il est malheureux qu’on parle du début, alors qu’en réalité, nous n’avons pas de bonne théorie d’une chose telle que le début ». Il rappelle que la science ne possède que des « fossiles » de ce qui peut s’apparenter aux premières secondes de l’univers mais aucune trace d’une quelconque « naissance ». Les plus vieilles particules d’Hélium jamais datées remontent à environ 14 milliards d’années. Aucune preuve attachée à l’hypothétique moment de l’apparition de l’univers n’a encore été découverte. « Nous n’avons pas de test solide pour ce qui s’est passé avant, affirme James Peebles. Nous n’avons que de belles théories, non-testées ».

Grand théoricien lui-même, le cosmologiste américain ne renie pas l’utilité de formuler des hypothèses mais préfère nuancer leur pertinence sur les connaissances scientifiques en général. De nouvelles hypothèses sont régulièrement avancées sur l’univers. Une des plus récentes est l’univers serait davantage sphérique que plat. En effet, selon de nouvelles données du télescope Planck, l’hypothèse d’un univers clos et donc sphérique serait 41 fois plus probable que celle, faisant jusque là consensus, (celle d’un univers plat). Quant à l’utilisation du terme « Big-Bang », James Peebles avoue que, compte-tenu de son immense popularité dans la sphère publique, il s’est malgré tout résigné à l’utiliser lui-même.