Chronique du WE : Ôde à l’Infidélité

Chronique

Par Lâm le

Ce jour de “Black Friday” lance la grande course aux achats de Noël et l’on voit guides shopping et questions d’acheteurs en panique fleurir sur le web et les conversations.
Vous allez vous-même peut-être faire un achat important dans les prochains jours : premier reflex, nouveau smartphone, ultraportable, système Home Cinema aux dernières normes…

Le choix est important, mais je voudrais souligner un critère qui m’a toujours paru primordial, surtout en ce temps de guerres des marques et des formats : le changement. Lecteurs, ne soyez pas fidèles !

cwe-fidelite

Plus qu’une spec’ technique, le changement est bon, important, l’infidélité est une hygiène de geek. Cette chronique est là pour vous le prouver.


…………………………

Note : cette chronique n’est pas relue, je corrige les fautes très vite, mais j’ai une bonne raison que je ne pourrais dévoiler que plus tard dans la soirée, pardonnez-moi !

Note 2 : cette chronique est inspirée et largement enrichie d’une ancienne note sur mon blog.

Note 3 : ok c’est bon. En fait ce soir, c’est la surprise party pour les 30 ans de notre Greg national !

…………………………

FANBOYS

Lorsque je lis les commentaires et le forum du JDG, je suis toujours surpris par l’énergie déployée par ceux que l’on appelle les fanboys. Pros Android, anti Blu Ray, Free fans, Nokia lovers et autres prêcheurs du Libre.

Nous sommes tous des fanboys, chacun à notre manière, chacun à notre échelle, inutile de le nier. En soi, ce n’est pas grave. Malgré le terme péjoratif, ce qu’il faut retenir dans le mot “fanboy”, c’est la passion, que je défends pleinement. Nous aimons certains objets, certaines marques, des approches, des attentions, parfait.

L’autre versant inhérent au fanboy est par contre à proscrire : c’est la Fidélité. Le grand danger selon moi de notre industrie.

…………………………

LE DANGER DU CLIENTELISME

Si je devais définir la Fidélité à ma manière, je parlerai d’un vieux couple, qui tient par tous les moyens – sauf l’Amour. Par intérêt, par confort, par flemme, parce “qu’on a tellement construit et investi dans cette relation”, on y reste fidèle, même s’il n’y a plus de flamme depuis longtemps.
Autre métaphore, celle des banques. Je pense que ce sont les prestataires de notre vie dont on change le moins. Combien d’entre nous sont à la même banque depuis leurs 16 ans, à savoir celle de leurs parents, celle où les ont inscrit leur parents ? Nous sommes pour la plupart dans des banques sans vraiment savoir ce qu’elle fait de mieux ou de moins bien qu’une autre, et on n’en change pas “parce que ça doit être pénible à faire”.

La Fidélité est une chose qui existe dans les technologies. Il ne faut pas l’appliquer. Et pourtant, les opérateurs et les constructeurs font tout pour vous donner cette flemme de bouger de chez eux.

…………………………

MULTIPLIONS LES PARTENAIRES

La culture digitale (ouh que j’aime ce mot) est l’une des plus dynamique et profonde au monde. Chacune de ses facettes est un écosystème riche, hautement concurrentiel et dotée de nombreuses options viables.

Prenons l’exemple des OS. Je parlais il y a quelques temps de Windows Phone 7. Une solution très intéressante. Tout comme BlackBerry, iOS, Android, peut-être Meego. Pourquoi rester sur le même OS lorsque tant de bons choix s’offrent à nous ? Il y a les apps, j’en conviens. Mais cela reste le seul critère. Le changement est bon, parce que l’on peut. Mais aussi parce que l’on doit.

Revenons sur Nokia. Lors du début de la chute du Finlandais (calmez-vous les fanboys, je ne changerai pas de position) il y a 4 ans, beaucoup ont voulu rester fidèles à la marque malgré des produits meilleurs autre part. Dans les discussions endiablées qui animaient les forums de mobiles, l’argument qui revenait de plus en plus – et de plus en plus seul, c’était “je soutiens Nokia coût que coûte, c’est comme ça, j’aime”. Je dis non. Je dis même NAN.

…………………………

LES REVEILLER DE LEUR SIESTE SUR LAURIER

Les marques tirent autant que possible sur les mécanismes de fidélité et de clientélisation, c’est légitime : nous aimerions tous avoir des consommateurs actifs, fidèles et dépensiers. C’est une motivation pour améliorer ses produits, ses solutions.
Mais lorsque l’on commence à stagner et que l’on se repose sur ses lauriers, en l’occurrence la fidélité “aveugle” de ses clients, c’est mauvais signe. On se voila la face derrière des chiffres encore présentables (merci à l’effet d’inertie) et lorsque c’est vraiment le bordel, il est parfois trop tard. Quitter une marque, c’est aussi lui signifier que l’on est exigeant avec. La réveiller.

Etant un énorme consommateur de matos, je ne me suis jamais attaché à une marque, je suis toujours resté infidèle pour tout simplement récompenser le meilleur, soutenir la méritocratie. Nvidia à tout pété avec ses premières GeForce ? Super. Mais je fus le premier à passer chez ATi trois ans plus tard sans état d’âme, car leur nouvelle carte graphique était simplement meilleur et plus silencieuse. Aujourd’hui en Radeon 5850, je conseille souvent la GeForce 460 à mes potes.

Ne pas s’engager dans une relation longue et aveugle avec une marque, c’est obliger l’industrie à rester nerveuse, active, compétitive, innovante. Et c’est aussi s’enrichir personnellement.

…………………………

ETRE A LA HAUTEUR DE SA GRANDE GUEULE

Car aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens de tout tester, tout posséder. Nous n’aurions même pas le temps ! Cela n’empêche pas les gens et surtout nous, les internautes, d’avoir une immense gueule et de l’ouvrir tout le temps, en ayant un avis sur tout…

AVOUEZ !

Je parlais d’être Geek en 2010 il y a quelques semaines. Je parlais de Passion. La Passion, c’est aussi la curiosité et la soif de savoir. Si par exemple, cela me démange d’entendre parler d’Android partout et de ne pas tester vraiment cet OS. Alors pour mon prochain téléphone, je préfère tenter un smartphone Android qu’un nouvel iPhone. Et enfin avoir un avis, une culture, un recul.

Aimer une marque, c’est aussi l’aimer d’autant plus que l’on sait ce qu’il se fait en face, avoir une vraie connaissance de cause. Alors évidemment, cela prend du temps de tout réapprendre, tout réinstaller régulièrement. Mais c’est aussi ce qu’on aime…

Multiplier les partenaires, c’est aussi multiplier les expériences et faire grandir la votre. Notre univers est aujourd’hui clairement riche d’options et c’est devoir d’en jouir. Sans direction obligatoire.

…………………………

CHANGER NE SIGNIFIE PAS COMPLEXIFIER

Car l’on pourrait penser que plus on emmagasine du savoir et l’expérience, plus on doit devenir hardcore, comme dans un bon MEUPORG qui se respecte. Je mets le hola.
Evoluer et découvrir de nouvelles choses, cela ne signifie pas d’aller plus loin ou de tenter une expérience plus avancée, plus complexe. Après des années en mode PC Montgallet, je suis passé chez Apple car je voulais tester leur solution, je voulais en découvrir les avantages et les contraintes mais surtout, à ce moment, je ne voulais plus me prendre la tête. Et c’était une motivation qui pèse. Acheter un objet tout prêt, construit, configuré, préchargé. Très bien.
Et puis récemment, je me suis remis aux PC à la main, avec grand bonheur, et j’ai bien mieux compris ce que j’attendais et ce que je voulais éviter dans un ordinateur. Aujourd’hui, je trouve mon équilibre avec un Desktop sous Windows et un ultraportable Mac.

J’en vois certains qui sont allés chez Linux, mais qui n’osent pas revenir sous Windows 7, parce qu’ils voient cela comme une “regression”. Hey les cocos, ce n’est pas comme si après avoir vécu seul, vous deviez retourner chez vos parents, hein ! Les solutions évoluent, tout comme vos envies et vos besoins… Etre un étudiant en sous Mandrake en 2002, ce n’est pas comme être un père de famille sous Ubuntu en 2010…

L’infidélité ne doit donc pas être considéré comme une fuite en avant, mais bien comme une balade passionnante et surtout, sans aucun itinéraire prédéfini.

…………………………

LE PRIX : UN CHALLENGE, PAS UNE BARRIERE

Tout cela est bien joli, mais vous me direz “changer souvent, cela demande aussi des moyens“. Je suis tout à fait d’accord. Etant un privilégié (journaliste jeux video / hi tech), je peux tester et multiplier les appareils avec un luxe incroyable.
Mais je continue d’acheter moi-même des objets (heureusement !), de conseiller amis et famille… Et je comprends que je suis un passionné.

Et vous l’êtes aussi. Regardez par rapport à vos potes moins geeks, à vos parents : pour eux, vous passez pour un maniaque, à changer de téléphone tous les deux ans, tous les ans, tous les 6 mois, pour certains. Vos proches peuvent eux garder le même appareil “tant qu’il marche”. Première chose donc, vous êtes un passionné. Et la passion, cela coûte.

Seconde chose, il existe plein de moyens de tester, de changer, sans se ruiner. Regardez en photo. Avec mes potes, nous mutualisons des éclairages de studio, nous nous prêtons boitiers objectifs, flashs et trepieds.
Lorsque j’achète un ordinateur, je pense déjà à la possible revente, je guette les calendriers constructeurs pour revendre avant les changements de gamme, je dégôte de bonnes affaires en occasion, j’achète des vieux appareils lorsque je veux tester à peu de frais avant de me lancer etc.

Etre infidèle, ce n’est pas être condamné à dépenser sans fin. On peut rester longtemps avec un même appareil, mais lorsque l’envie de changer est là, il faut se donner les moyens de ne pas s’encroûter !

Dernière nuance, histoire de ne pas me faire traiter de vendeur à solde du grand capital qui pousse à la consommation : l’infidélité n’a pas à être totale. Il ne faut pas chercher à TOUT tester, on a tous des points forts et des points faibles suivant les domaines et les goûts.

Je suis par exemple assez incollable en photo, ma passion. J’ai testé un maximum de marques, ai possédé des boitiers de toutes sortes, me suis pris la tête à “switcher” pour passer de configs’ à d’autres. Très bien.
Côté OS ? Bah depuis des années, c’est Windows ou OSX. Je ne me suis jamais plus penché que cela sur Linux, à part quelques installations en dual boot, le temps de me balader. Je sais que je passe à côté de quelque chose en snobant Ubuntu et consorts, mais mes besoins et mon manque de temps et de ressources me font me concentrer sur la photo.

En téléphonie, j’ai passé 3 de mes 4 dernières années sur iPhone, parce que je trouve que c’est la meilleure offre pour mes besoins et mes envies. Ce n’est pas faute d’avoir essayé d’autres téléphones (deux BlackBerry, les Android de mes potes), mais c’est comme cela. Je vous le rappelle, être infidèle, ce n’est pas fuir ce que l’on aime, c’est changer ce que l’on aime plus assez. Et de toute façon, je fantasme à mort sur un futur Nokia E7 sous Meego, alors…

…………………………

CHERI, JE TE QUITTE ET C’EST OK 🙂

Cette fin d’année est une occasion comme une autre de changer. Soyez infidèles, soyez ouverts, soyez curieux et surtout, restez actifs sur ce qu’il se passe, ce qui cloche, ce qui ronronne un peu trop.
Lorsque l’on regarde la frise de notre industrie hi-tech depuis ces 15 dernières années, on voit des innovations, des leaders, des leaders qui stagnent, des petits challengers intéressants, des alternatives à soutenir, des solutions intriguantes, des leaders qui reviennent… Ce monde est en mouvement constant, et le moteur de ce mouvement, ça doit vous, les consommateurs avertis et passionnés.

cwe-fidelite2
crédit : Jurvetson

Le “pouvoir geek” est une expression que j’ai toujours détestée, jusqu’à ce que j’en décèle un sens et une utilité réels. Ceux d’influer et de pousser notre industrie à rester sur le qui-vive, à mériter ses clients à entretenir la flamme. Car nous sommes désormais des as du flirt, de la relation passagère et pour nous mettre en couple, il va falloir, chères marques, se lever tôt et ne pas s’endormir trop vite…

Car nous avons désormais trop de bonnes raisons d’être infidèles – et d’en être fiers.

…………………………

“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”