Chronique du WE : Les nouvelles règles du jeu

Chronique

Par Lâm le

Vous jouez aux jeux-vidéo ? Évidemment, quelle question. Vous jouez en déplacement ? Sûrement. Avec quelle machine jouez-vous ? Ah, je vois des hésitations. DS/DSi et PSP arrivent sûrement en tête, mais arrivent de moins en moins en tête des sondages. Car les smartphones deviennent les nouvelles consoles de jeu.

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Après la musique, le web et la photo, le smartphone va-t-il également absorber le gros de notre consommation de jeu en déplacement ? C’est tout à fait possible. Pourtant les constructeurs nippons, maîtres historiques du segment ne veulent abandonner ni la guerre, ni leur business model… Petite réflexion sur la révolution qui se trame sous vos petits doigts agiles.

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//L’ETUDE QUI CONFIRME

Ah, le petit saloupiaud. Attendu depuis des mois, le Sony Ericsson Zeus Z1 aka PSP Phone, n’a été montré qu’aux distributeurs, sous une montagne de NDA. Regrettable, car ce combiné (arf arf) de smartphone sous Android et d’une PSP attise plus que la curiosité : c’est l’appareil que beaucoup attendaient depuis des années.

Et le voici, sans doute pour 2011, soit bien trop tard à mon sens. Car si le jeu sur mobile a beaucoup évolué ces dernières années, les règles ont drastiquement changé dernièrement.

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//SMARTPHONE = CELL DANS DBZ

Jusqu’à pas si longtemps, le jeu-vidéo sur téléphone, c’était le Snake de Nokia, du solitaire et quelques remixes difficilement jouables de vieilleries. Et puis, avec l’arrivée du tactile nouvelle génération et l’explosion de la puissance disponible, le gaming sur mobile n’est plus devenu un passe-temps de métro, une petite facette en plus du reste : c’est devenu une activité critique des utilisateurs nomades, un versant aussi important que la musique ou le web dans nos smartphones.

Plusieurs raisons à cela. Déjà, là convergence que nous connaissons tous. En emmenant toujours plus de besoins et de services avec nous, nous avons progressivement besoin de réduire le nombre d’appareils. Et de passer du combo “téléphone / pda / appareil photo / console de jeu / lecteur mp3” à un seul et unique appareil faisant tout, mêlant tout.

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//D’UN HANDICAP A UNE NOUVELLE JOUABILITE

Et le jeu, alors considéré comme “limité” par la seule présence d’un écran tactile (et de capteurs) comme interface, s’est émancipé pour déjouer ces limitations et s’inventer un nouveau langage, une nouvelle mécanique. Avec les hits que l’on connaît : renaissance du Tower Defense, Angry Birds, Cut the Rope, Flight Control et consors. Et nous découvrons chaque jour de nouvelles approches en terme de gameplay et de développement.

Cette histoire, nous la connaissons. Mais elle va plus loin que prévu.

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//… ET UN NOUVEAU BUSINESS MODEL

Steve Jobs et tous les constructeurs courtisent les jeunes studios de développement quand les gros éditeurs arrivent en masse et ils ont raison : le jeu-vidéo serait à terme la plus grosse source de revenus dans les stores dédiés à chaque plate-forme.

Le tout via un système économique que nous attendions tous depuis des années : du 100% dématérialisé, le système lite/pro (ou freemium) généralisé et des tarifs indolores, généralement entre 79 cents et 5 euros. Des tarifs ultras bas qui s’expliquent par la facilité de diffusion et de développement de ces jeux, la faible marge du software (reportée sur le hardware) bref, un business model à l’opposé des deux géants actuels du jeu nomade : Nintendo et Sony.

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//… AUQUEL NINTENDO ET SONY N’ONT PAS L’AIR OUVERT

Les chiffres donnent le tournis : la Nintendo DS et ses dérivés se sont déjà vendus à plus de 138 millions d’exemplaires en moins de 6 ans. Nintendogs a dépassé les 20 millions de chiots à gratter au stylet. Un business qui ronronne au poil et pour cause : comme je le disais plus haut, les constructeurs nippons vendent leurs consoles à prix quasi-coûtant pour augmenter le parc et accélérer la vente des jeux, réelle source de profits. On comprend alors mieux ces tarifs entre 20 et 40 euros, pour des jeux simples, des remixes et des suites !

Bien sûr, la valeur et l’effort de programmation fournis dans les prods nipponnes peuvent monter à des niveaux sans commune mesure avec les jeux de smartphones, mais il y a parfois de l’abus (le enième cooking mama, une compil’ de vieilleries arcade de chez Capcom) et surtout : les joueurs nomades ont-ils encore envie de gros jeux ?

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Les succès de Doodle Jump et autres Angry Bird prouvent que le casual est encore plus chez lui sur portable que via le motion gaming.

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//PSP PHONE : PAS SUR DE POUTRER

Et ce PSP Phone, alors ? Sur le papier, nous aurions droit au meilleur des deux mondes ? Pas si sûr. Déjà, ce fameux prix des jeux. Sur un même appareil, nous aurions une console de jeux pas chers (Android) et de l’autre une console de jeux très chers (PSP). Il y a ensuite une histoire de cible. Les joueurs occasionnels se fichent de jouer aux jeux PSP. Ils les fuiraient même plutôt !
Les possesseurs actuels de PSP hésiteront, eux : certains seront bien contents de tout rassembler en un produit sans compromis, d’autres trouveront le surcoût ou le changement trop cher pour rien de plus. Du coup, ce PSP Phone qui aurait pu tout tuer il y a 2 ans semble désormais destiné à un marché de niche, ou de test.

Car son plus gros handicap, ce sera de fournir dans un smartphone moderne une console en fin de vie. Car la PSP 2 est déjà une certitude à laquelle il ne manque qu’une grosse conférence d’officialisation. Le PSP Phone sent du coup un peu le projet né trop tard et donc mort-né. Et logiquement, tout le monde se tourne vers les deux vraies descendantes des consoles historiques : la PSP2 et la 3Ds. Pourront-elles renverser la tendance ?

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//LA 3D SERA-T-ELLE ASSEZ EPAISSE ?

On les attend toutes les deux pour 2011. C’est officiel chez Nintendo, c’est un secret de Polichinelle pour Sony. Mais qu’est-ce que ces consoles offrent ? De ce que l’on sait, Nintendo garde la formule DS et y ajoute un effet 3D en profondeur. Pour l’avoir testé, c’est vraiment bluffant. La question est de savoir si cet ajout changera l’expérience de jeu autrement que de manière esthétique et surtout si elle restera longtemps exclusive à Nintendo, quand on sait que beaucoup de fabricants sont dans les starting blocs pour équiper leurs smartphones de ce genre de technologie…

Mais l’important est moins visible : Il faut creuser pour voir que son système de téléchargement serait amélioré… Pour de l’émulation des anciennes consoles et des mises à jour.
Aucun système de développement ou de diffusion de jeux aussi simple que celui de l’AppStore en vue. Et c’est là où le bât blesse : la 3Ds est une machine excitante, mais qui reste pour le moment très conservatrice. Elle tirera donc sa force de sa compatibilité avec l’immense ludothèque DS et des grandes licences du gaming traditionnel : Kid Icarus, Resident Evil, Metal Gear, du Mario et du Zelda à gogo… Mais est-ce que cela excite encore les joueurs lambdas ? Ne nous trompons pas : j’étais comme un gamin en essayant les démos de la console. C’était le gros gamer qui parlait en moi. Mais dans la vie de tous les jours, je ne sors plus ma DS que pour aller poutrer des potes en soirée sur Tetris. Dans le métro, je joue sur mon iPhone et en suis globalement satisfait.

Nintendo n’a aucun projet de s’allier à un constructeur de téléphonie pour sa DS, et si vous voulez mon avis, c’est vraiment très regrettable.

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//PSP 2, NE PAS REPETER LES ERREURS

Côté Sony, les pistes sont plus floues. Sur les dernières rumeurs, les kits de développement distribués ne laissent pas entrevoir la forme et les possibilités définitives de la console, mais on parle beaucoup d’un design à la PSP Go (bonjour la prise en main), et d’une puissance pouvant offrir des jeux “aussi beaux que les premiers jeux PS3”, une déclaration un peu floue (on comprendra en fait que la PSP2 est moins puissante, mais que son écran ne sera ni en 720p, encore moins en 1080p).
Cela peut faire fantasmer 5 minutes, mais ce serait selon moi une grave fausse piste. Avec la PSP première du nom, Sony avait déjà joué sur la corde “retrouvez vos jeux PS2 sur une portable”. Je trouve que cette démarche n’a aucune réelle stratégie ou pertinence. À quoi cela sert de jouer à un jeu PS2, sans avantages, mais juste en moins beau, en moins confortable ? Ce paradigme et ses limites ont été mis au grand jour avec des chiffres bien froids et parlants : d’un point de vue ventes de consoles, la DS (bien moins puissante) explose la PSP. Le constat est encore pire côté ventes de jeux. Monster Hunters au Japon mis à part, les chiffres de vente et le ratio jeux / console sur PSP sont catastrophiques. Comprenez que la plupart des gens qui achètent la console la débloquent directement pour en faire un petit PMP / Emulateur.
Si la PSP2 ne change pas son approche, nous risquons de voir le même problème ressurgir : des consoles qui se vendent sans jeux. Problématique, pour un business model uniquement basé sur les bénéfices tirés du Software…

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//LA GUERRE DES PRIX

Reste au final le portefeuille du consommateur. Au premier abord, il pourrait en faveur des consoles de jeu : 149 euros contre quelques 500. Mais ce n’est pas si simple que cela. Déjà, les smartphones sont le plus souvent vendus avec subvention de l’opérateur. On passe donc de 500 à 200, 100, 1 euro “avec abo.”
Vous me direz que cet abo vous fait regonfler le prix de l’appareil, mais je vous rétorque que nous avons de toute façon besoin d’un téléphone, aujourd’hui. L’abonnement, on va en payer un de base, on ne peut donc l’imputer directement au prix réel du smartphone.

En parlant de nécessité, j’en reviens à l’un des premiers points de cette chronique : les smartphones sont désormais incontournables dans notre arsenal de sortie. Ils font tout et le bon très bien. Dans notre postulat de base, nous aurions donc un téléphone, même s’il ne faisait pas de jeu vidéo, nous aurions déjà payé pour. En poussant le raisonnement plus loin, la “console de jeu” qui sommeille dans le smartphone est donc gratuite.
En face, la console devient alors un objet et un coût supplémentaire. Ce coût se justifie évidemment par le type de jeux et d’expériences qu’elle offre face au téléphone, mais l’important est fait : le rapport console / smartphone est désormais inversé dans notre choix de gamer. Avant, on se demandait si l’on pouvait jouer correctement sur un téléphone en plus de sa console portable. Maintenant, on en vient à se demander si cela vaut la peine de s’acheter une console EN PLUS de son smartphone…

Ce choix sera ultimement accentué par le prix des nouvelles consoles à venir : la 3Ds coûtera environ 220 euros au Japon, donc entre 250 et 300 euros chez nous. La PSP2 est annoncée comme une console haut de gamme et devrait logiquement tourner dans ces eaux là. Et devinez ce que l’on peut se payer pour ce tarif ? Yep, son smartphone + abo + une avalanche de jeux. Nintendo et Sony ont intérêt à nous proposer plus que de meilleurs graphismes pour nous convaincre…

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//WHEN WE WERE KINGS

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Que les temps sont durs… Pas pour le jeu vidéo, mais pour ses acteurs historiques. Machines pas assez universelles, prix des jeux, expérience sans surprise… Et ces satanés smartphones en face. Indispensables depuis des années, et voici les consoles portables dans la position délicate d’achat “en plus”.
Il leur reste pourtant des armes, dont les fameux boutons, toujours irremplaçables pour certains types de jeu. Mais il faudra selon moi offrir des expériences très haut de gamme avec un tarif et une facilité d’achat tout autre, pour survivre à l’ère qui arrive. Pari impossible ?

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“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”