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Protection des mineurs sur les sites porno : une start-up française veut deviner votre âge… grâce à votre main

Pendant que la France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans, une PME veut estimer votre âge avec la reconnaissance palmaire.

La France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans dès la rentrée. Reconnaissance faciale, papiers d’identité numériques, intermédiaires de confiance : les pistes étudiées par le législateur et par l’Arcom ressemblent toutes, à des degrés divers, à un compromis bancal entre protection des mineurs et collecte massive de données personnelles. Mais une nouvelle idée pourrait régler le problème : une start-up basée à Montpellier propose une solution franchement inattendue.

Dans les lignes de la main

L’entreprise s’appelle Needemand. Sa technologie, baptisée BorderAge, n’analyse ni votre visage, ni vos empreintes, ni votre carte d’identité. Elle se contente de filmer votre main pendant une trentaine de secondes. L’internaute présente sa paume, doigts serrés, puis exécute deux gestes successifs choisis au hasard : un écartement, une rotation, une variation de pression. L’intelligence artificielle reconstitue un modèle en trois dimensions et tranche sur la majorité du propriétaire de la dite main, sans recueillir ni son nom, ni son âge exact, ni son adresse IP.

Derrière cette technologie, repose l’idée que les micromouvements involontaires de la main trahissent l’âge biologique du système nerveux qui les commande. « Pendant l’adolescence, et en particulier jusqu’à vos 25 ans, vous avez des variations hormonales qui font changer votre système nerveux, et nous arrivons à lire ces variations qui agissent sur le mouvement de la main », explique son dirigeant à Franceinfo. En vieillissant, le cerveau optimise ses circuits, les gestes deviennent plus homogènes par souci d’économie d’énergie, et la signature motrice se stabilise. C’est ce différentiel que l’algorithme cherche à capter.

Sur le papier, la méthode coche beaucoup de cases que la concurrence rate. Elle ne nécessite ni document officiel ni biométrie, et ne stocke pas l’IP. L’application se coupe d’elle-même si l’utilisateur présente son visage à la caméra. Et la définition d’image est trop faible pour relever des empreintes digitales, ce qui élimine, du moins en théorie, l’angle mort le plus évident. Needemand revendique une marge d’erreur de deux mois, contre un an et demi pour la reconnaissance faciale. Un ordre de grandeur qui n’est pas anodin quand on parle de distinguer un mineur de quatorze ans d’un jeune majeur de dix-huit.

Le biais raciste comme argument massue

L’autre point que Needemand met en avant, c’est que la reconnaissance faciale se trompe massivement sur les visages non blancs, et particulièrement sur les femmes noires. Les algorithmes d’estimation d’âge héritent du même problème. Une solution qui analyse un mouvement plutôt qu’une morphologie échapperait, en théorie, à cette dérive.

Commercialisée depuis novembre 2025, BorderAge est aujourd’hui déployée dans 120 pays, selon l’entreprise. Parmi ses clients identifiés, on retrouve la marque pornographique française Dorcel et le site de rencontres Seeking, deuxième acteur mondial du secteur derrière Bumble. La technologie a aussi été testée par le gouvernement australien, et par des opérateurs au Brésil, aux États-Unis, au Canada, en Chine et en Afrique. Rappelons qu’Amazon avait tenté un système comparable, fondé sur la forme de la main pour les paiements en magasin, et avait abandonné devant le manque de fiabilité.

En France, les sites pornographiques sont légalement tenus, depuis janvier 2025, de vérifier l’âge de leurs visiteurs. Ceux du géant Aylo ont préféré fermer purement et simplement leurs portes plutôt que de subir la perte de trafic qu’entraînent ces dispositifs. L’application européenne de vérification d’âge présentée par Bruxelles en avril dernier a rapidement montré ses failles. En attendant de trouver une solution qui satisfasse tout le monde, le secteur reste ouvert.

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