Culture G(eek) : Femme Métamorphosée

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Par Pia le

Alors que ces fêtes de fin d’années s’annonçaient mièvres et emplies de bons sentiments, voilà que deux œuvres en tous points différentes, un roman graphique et un film, me tombent dessus et me font revoir mes plans. Soudainement, j’ai eu envie de romantisme : de ces sentiments exacerbés qui produisent des miracles aux passions dans lesquelles s’immolent les amants. Et de sang. Vous commencez à savoir la passion que j’éprouve pour cette couleur profonde et effrayante, symbole de métamorphose et de mort…

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Depuis l’antiquité et ses sirènes mi-femmes, mi-animales, jusqu’aux métamorphes des romans de bit-lit (un style littéraire venu des États-Unis qui marie des éléments du surnaturel et de la romance) la femme fantastique ne cesse de changer de forme. Métamorphose voulue pour La Danseuse Papillon, un roman graphique romantique et macabre. Changement brutal imposé pour Lena dans Nous Sommes la Nuit, film de vampires qui sort cette semaine au cinéma. Dans les deux cas, cette transformation surnaturelle du corps féminin crée une sensualité hors normes, entre fascination et répulsion. Et mène, irrémédiablement, nos héroïnes à la tragédie.

// Éphémère mutation

A l’image des papillons de nuit qui frôlent de leurs fines ailes nos lampes, leur terne fragilité menacée par l’éclat de la lumière, Audrey Alwett tisse d’une écriture élégante et toute en légèreté un conte mélancolique. Inspirée par le destin tragique d’Emma Livry, une danseuse de l’Opéra morte au XIXème siècle, elle a créé La Danseuse Papillon, un roman graphique dans lequel un papillon amoureux d’un écrivain se transforme en ballerine. En tentant d’attirer à elle la chaleur de l’amour, elle se brûle les ailes. L’écriture d’Alwett s’éloigne des codes de la poésie classique pour construire son propre rythme, un tempo sur lequel Emma aurait pu danser. Les mots susurrés sont recueillis et portés par les illustrations de Lucky, gracieuses et sombres, ou la blancheur éclatante et éphémère des danseuses s’enfonce dans une préfiguration visuelle des dangers qui les guettent.

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// Mortelle Évolution

Plus actuelles, les femmes vampires de Nous Somme la Nuit de Dennis Gansel(La Vague) tiennent une boite de nuit où tout est permis, s’adonnent au shopping avec férocité, et ont assassinés un à un tous les représentants masculins de leur espèce pour les punir de leur imprudence. On suit la métamorphose de Lena, mordue contre son grès qui découvre avec émerveillement les avantages de son nouveau corps. Féministes et sensuelles, ces créatures de la nuit aux nombreuses fêlures se révèlent pourtant aussi autodestructrices que les hommes qu’elles ont traqués. Touchantes, finalement très humaines, ces héroïnes écrites avec intelligence manquent pourtant d’envergure. Car l’intrigue étriquée peine à trouver sa place entre scènes d’action surnaturelle tout juste correctes, romance éclair et tranches de vie vampirique échevelée, les seuls réellement impressionnantes.

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