Chronique du WE : Barcelone se met à table

Chronique

Par Lâm le

Alors qu’Anh et Greg ont encore la tête dans les soirées tapas de Barcelone, penchons-nous une dernière fois (jusqu’aux prochaines annonces) sur ces écrans qui font parler bien plus qu’ils ne se vendent : les tablettes.

Un an après l’arrivée de l’iPad qui a lancé le concept (désolé Bill G., tu y croyais, mais tes Tablet PC n’ont pas compris comment le faire), ce segment mûrit à grande vitesse et nous apporte pas mal de réponses aux questions qui ont accompagné son lancement.

Entre smartphones et ordinateurs se dessine une guerre des Terres du Milieu. Avec beaucoup de factions et de suspens.

…………………………

//LES STARS DE BARCELONE
Comme prévu, le déluge débuté à Las Vegas lors du CES ne s’est pas arrêté à Barcelone ce mois-ci, loin de là. Mais il a gagné en richesse en traversant l’Atlantique : le salon traditionnel des téléphones mobiles sentait surtout la tablette cette année, preuve de son importance dans les usages nomades futurs. Les annonces ont pris forme, les prototypes étaient des appareils définitifs, Android 3 était vraiment testable.

Ce pas en avant permet de se faire une image bien plus claire de ce segment qui paraissait si artificiel il y a quelques mois et si indispensable aujourd’hui. Nécessité pour les constructeurs de créer un marché supplémentaire, meilleur moyen d’embrasser les nouveaux usages de contenus et d’interaction ? Sans doute un peu des deux. Il n’empêche, il y avait du beau monde :

– La Motorola Xoom, qui annonce l’avalanche de tablettes basées sur le Tegra 2 de Nvidia et Android 3 de Google, aura surtout l’avantage de sortir immédiatement.

– Derrière les coréens Samsung et LG ont emporté le gros des suffrages avec leur Galaxy Tab 10.1 et Optimus Pad des tablettes finies et disposant parfois de gadgets comme seuls les coréens savent nous les distiller. La 3D en mode lunettes rouges et bleues, merci LG.

– La HP TouchPad a montré toute la beauté de Web OS et sa parfaite pertinence dans un écrin plus grand qu’un téléphone.

– Rim a fermé pas mal de clapets. A tous ceux qui criaient au vaporware, la Playbook s’est juste mise en marche. Rapide, belle, astucieuse (et pas mal inspirée de WebOS), elle risque de faire un tabac dans les entreprises, l’autre gros marché potentiel des tablettes.

Apple, évidemment. Comme d’habitude, la firme de Cuppertino n’était pas présente physiquement, mais omniprésente dans les discussions. Déjà, parce que tout le monde attend l’iPad 2 qui risque de truster le marché. Mais aussi parce qu’un an plus tard, tout le monde doit s’accorder à encore dire qu’Apple avait tout compris avant tout le monde.

…………………………

//LE FRUIT DE LA RAISON

Avec son iPad, la Pomme a évidemment pris plus d’un an d’avance sur la concurrence, mais elle s’est également placée pour longtemps comme le fer de lance, le benchmark, le symbole des tablettes, quelles que soient les quallités de ses rivales.
Et les choix de Jobs, qui ont levé tant de question, se sont presque tous révélés justes.

– Sur le prix
Je me souviens encore des railleries à la sortie de l’iPad l’année dernière : “quoi, un appareil moins “capable” qu’un netbook pour deux fois le prix ? Ils vont se vautrer”. Sauf que non. Non seulement l’iPad a remporté un succès (avec certes, des ventes irrégulières selon les périodes et les territoires), mais il était surtout vendu à prix juste.
Si l’on regarde aujourd’hui tous ses concurrents, on retrouve un prix équivalent, voire plus élevé ! L’image d’un Apple plus cher est donc largement contredite par ces tablettes qui, sans en avoir l’image et l’aura auprès du grand public, sont loin d’être bradées.

– Sur l’approche
Autre critique à l’époque, que j’ai également formulée à l’envie : “Bon bah, c’est un gros iPhone”. D’une certaine manière, oui. Mais encore une fois, ce sont les applications qui ont fait la différence. Magazines et aggrégateurs, production et mix de musique, jeux… Oui, le seul changement entre un iPad et un iPod Touch n’était que la taille de l’écran. Mais cela a tout changé.

– Sur le form factor et la taille
Alors, 9,7 pouces, est-ce trop grand ? L’année dernière, on a pu le penser. Et les premières tablettes concurrentes (Dell Streak, Samsung Galaxy Tab, Archos 7) ont poussé la taille inférieure de 7 pouces. Pour les avoir testées assez rapidement, le sentiment est le même : livres et scans de manga excepté, 7 pouces c’est trop petit pour le web.
Et devinez quoi : cette année, toutes les superstars de Barcelone arboraient des écrans 9 ou 10 pouces, HTC Flyer exceptée.
A déterminer maintenant si Apple avait raison ou a imposé un canon pour ce que doit être une tablette… Je pense pour la première solution. Reste le problème du poids, tout le monde se trouvant allègrement au dessus des 500gr, poids critique à mon sens.

Ou faites comme Dillinger dans Tron : à bas les tablettes, vive les tables.

Mais Apple n’a pas tiré tous les bon numéros, ni le complémentaire. Sa philosophie toujours aussi radicale montre aujourd’hui des limites dans lesquelles la concurrence pourrait s’infiltrer en masse :

– Sur le système d’abonnement
La dernière polémique en date, celle qui touche justement les magazines et toutes les sources de contenu passant par l’iPad : Apple réclame comme pour les autres applications 30% de part des revenus.
Si la démarche n’est en soi pas abhérrante (on paye un service qu’est l’AppStore), le montant de la “taxe Apple” et la fermeté de sa position met tout le monde dans l’embarras. Et le spectre des majors de l’industrie du disque revient : tout se porte à dire qu’il ne faut pas laisser Apple ériger ses règles en norme. Un revirement vers les autres OS serait donc une manière d’explorer d’autres plate-formes et surtout, d’échapper à celle d’Apple.

– Sur le système toujours fermé
La tablette est amenée, si elle connaît le succès que tous les constructeurs lui espèrent, à se muer en appareil commun, ouvert au partage, plus qu’un téléphone qui est un appareil personnel et individuel par défaut. L’absence d transfert de fichiers simple, par bluetooth ou wifi, d’explorateur de fichiers même minime agace beaucoup plus sur un iPad que sur un iPhone.

…………………………

//DES TEMPS DANGEREUX

Les deux inévitables questions reviennent : “Ai-je besoin d’une tablette ?” et “Laquelle choisir ?”. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, la grande gueule qu’est l’auteur de cette chronique n’a pas de réponse ferme.

Avez-vous besoin d’une tablette ? Sans doute non. La tablette entre clairement dans le domaine du confort. C’est un form factor et une approche destinés à améliorer, simplifier et esthétiser la consommation de contenu. Et cela marche : regarder des photos, des vidéos, checker Internet ou Twitter via un client est un plaisir.
Tout cela, un laptop le fait aisément, mais de manière moins agréable. Un trackpad ne vaudra jamais un écran tactile et l’interface de nos OS classique prend un clair coup de vieux. Reste la production de contenu dont nous parlions l’année dernière. Si l’ordinateur prend clairement le dessus, il faut prendre en compte une nouvelle tendance dans cette production : le “micro contenu”, à savoir une production légère et rapide. Prendre et envoyer une photo, mettre à jour son status, partager une image sur Tumblr, checker et répondre à ses mails, prendre des notes etc. C’est minimal, mais cela compte énormément, à l’image des réseaux sociaux et de micro-blogging, qui ont prouvé que les gens avaient des besoins de création, de production et de partage, mais qu’ils n’avaient que rarement le courage de vraiment y consacrer du temps.

Dans cette optique, une tablette pourrait être considéré comme le micro-blogging des ordinateurs : plus limitée, mais au final plus en adéquation avec les besoins de notre époque. Et cette pertinence, cette modernité effacent les frustrations de notre génération élevée à l’ordinateur puissant et doté de claviers et autres périphériques de pointage.

Laquelle devez-vous acheter ? (comme les enfants, on dirait que ayai vous avez envie d’une tablette) Choix épineux. Devant nous se dresse cette année quatre approches, les écosystèmes :

– iOS avec l’imminent iPad2 et l’iPad, toujours dans le coup
– Android 3 “Honeycomb” avec les Motorola Xoom, Smasung Galaxy Tab 10.1 et LG Optimus Pad
– Web OS avec la HP TouchPad
– Blackberry avec la Rim PlayBook

Si l’on ne s’en tenait qu’aux cas isolés autour du simple combo appareil/OS, je pencherais clairement en faveur d’HP et Rim. Les tablettes sont bien finies et les OS, superbes de finition, d’ergonomie et d’esthétique, en remontrent largement à iOS et Android 3. Oui, ce sont mes deux coups de coeur.

Reste cependant la question de la pérennité. Déjà 4 écosystèmes différents, auxquels Windows viendra tôt ou tard se mêler. On se retrouve avec le même schéma que pour les smartphones, mais sur un marché bien plus réduit (pour le moment) et bien moins établi. Les risques de bides spectaculaires sont hauts. Car on en revient toujours aux applications.
Les développeurs, même s’ils se ruent sur ces nouveaux eldorados, ne peuvent se démultiplier. Il doivent déjà faire des choix sur les plate-formes de smartphones pour concentrer leurs efforts, les tablettes viennent ajouter du poids dans ces choix.

C’est ici que je crois moins en HP et RIM. Ayant déjà du mal à attirer les développeurs vers leurs Blackberry et Pré, comment vont ils imposer leurs tablettes dans l’esprit de ces derniers, quand ces derniers savent que iOS et Android sont déjà dominants sur les smartphones et en grande partie transférables sur les tablettes d’un point de vue développement ?

…………………………

//CHOOSE 2

Je n’ai aucune forme d’attachement aux tablettes Android. Elles ont l’air de tout faire très bien, mais cela manque tellement de personnalité. J’aime beaucoup l’iPad, mais le modèle fermé d’Apple est une vraie galère, ne serait-ce que pour matter de simples divx, emporter et consulter des fichiers avec soi.
Je suis extrêmement séduit par les solutions de Rim et HP, mais me proposeront-elles des applications novatrices, variées et ce, de manière régulière ? Rien n’est moins sûr.

Si en 2010, le marché des tablettes se posait surtout en un bouquet de questions, 2011 reste indécis. Pas mal de questions ont été reglées en se calquant sur le modèle Apple : physique, taille, approche. Reste qu’aucune solution présentée cette année ne semble emporter clairement les suffrages, puisque qu’aucune solution ne remplit les 3 conditions sine qua none d’une tablette parfaite. Pour résumer, on en revient à ces fameux “3 options, 2 choix” :

Les plus raisonnables dégaineront le classique “il faut encore attendre, l’année prochaine, ce sera mieux”. Pas faux. Mais ma tablette me manque. Et comme tous les enthousiastes, j’achète et je revends sur le rythme d’une fois par an / 18 mois. D’ici l’année prochaine, je peux bien m’acheter une tablette. Les modèles de cette année sont déjà extrêmement capables et plaisantes, il y a de quoi faire.

Reste juste ce satané choix, cette forte sensation que rien n’est figé, que l’on pourrait miser sur le mauvais cheval. Pas mal de prise de tête, pour un secteur dont tout le monde questionnait le bien fondé il y a encore quelques mois, non ?

…………………………

“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”

…………………………

Vos commentaires

y-wan

bon article, bien réaliste !

Il est vrai que l’OS, la qualité des matériaux ainsi que l’ouverture du système et autres applis disponibles sur une tablette sont 4 fondamentaux d’un produit réussi.

Pour ma part, les 3 premiers (qualité, innovation de l’OSet ouverture du système) sont les points majeurs de mon future choix de tablette.

« Et pas le nombre d’applis ? » me direz-vous ! Et bien finalement non. Et cela peut s’expliquer. Anciennement possesseur d’iphoneS et d’Android phoneS, j’ai récemment acheté un Palm pré 2.

Pourtant très content de mes precedent phones en terme de qualité, j’ai eu tout de meme un besoin de renouveau.

D’abord mes iphones, nous sommes à ios 4 et l’os n’a pas bougé d’un poil en terme de fonctionnement, toujours ces multiples bureaux blindés d’icones et toujours cette satanée fermeture d’OS qui m’ont fait me sentir enfermé dans l’ecosystème Apple, chose abérante quand j’ai ouvert les yeux sur mon précieux, je ne pouvait meme pas simplement allouer un mp3 en sonnerie, fonction basique du plus vieux Nokia ou Sony Ericson d’il y a 10 ans !!

Ensuite, j’ai comblé les manques de l’iphone par Android. J’ai eu un motorola milestone, un htc legend puis le Galaxy S ! Quel téléphone ! léger, simple d’utilisation, protocole DLNA, compatible Divx et une très bonne config pour faire tourner les derniers jeux. Que demander de plus ?

Ben finalement, après les incessantes MAJ de Samsung pour améliorer le système, et je les félicite, le tel était d’une réactivité exemplaire, stable, rien a redire. Mais je me suis retrouvé a encore être lassé par ces bureaux et sont fonctionnement, et puis surtout la batterie était son gros point faible !

Alors je me suis tourné vers WebOS. J’ai lu de nombreux articles sur le pré 2, sur ss avantages et ses problèmes, et j’en ai acheté un, a quelqu’un qui l’a gardé 2 mois pour finalement revenir chez HTC.

Hé bien, voyez-vous, je vais rester chez HP/PALM. Pourquoi ? Ya QUE 5000 applications. Ben ouai, mais j’utilise pas les 5000, et encore moins les 300 000 de l’appStore. Finalement, qu’est ce que je demande à un bon smartphone ?

1 – de l’autonomie
2 – de l’innovation dans les technos utilisées
3 – un OS stable simple et fun
4 – un minimum d’applis comme Facebook, un nav internet, une app email, un apareil photos, un lecteur mp3.

Et c’est tout !

Je pense donc que finalement, ce n’est pas le nombre d’applis qui vont qualifier une plateforme, mais les 3 premiers points cités au dessus, parce que meme si j’ai moins d’apps sur mon pré2, l’OS est terrible, le tel a de l’autonomie, la qualité de fabrication est bonne et le minimum syndicale d’applis fournie et dejà là.

Voila pour mon avis perso, bon week end à tous ;)

edwood

Je crois qu’il manque une perspectives importante, celui de l’inter opérabilité. La plupart des OS présente sur lesOS, ont des points en commun, c’est qu’ils sont sur la base de Linux. Certes, ils sont certes licences propriétaires en partie, mais on peut imaginé des applications pouvant fonctionnés sur tous. D’ailleurs, je pense que les développeurs devront plus aller dans ce sens, voir exiger ces conditions. Je suis contre une domination d’un système comme on a connu avec windows de Microsoft, sachant que ça brider énormément le progrès technologique.
Autre part, c’est plus avantageux pour les utilisateurs de choisir un OS répondant à leurs envies et besoins, qu’un monopole. Oui LInux a ses avantages.
Il sera possible de faire fonctionner une application Android sur Ubuntu, WebOS, Meego, RIM, etc. «Myriad Alien Dalvik ‘sera disponible dans le commerce plus tard cette année sur la plate-forme MeeGo, avec le soutien des plates-formes supplémentaires qui doivent être annoncés en conséquence. Donc…
Je crois que les utilisateurs que nous sommes devons être vigilant, et encourager l’interopérabilité des applications si possible.

Brian X. Chen de Wired expose une théorie sur le fait qu’aucun concurrent ne peut proposer une tablette à moins de 500 dollars