Un journaliste condamné pour avoir utilisé Google

culture geek

Par Elodie le

Mercredi 5 février, Bluetouff, journaliste et animateur du site Reflet.info a été condamné en appel pour avoir copié des documents de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en libre accès sur Google. Au vu du déroulé de cette histoire, on se demande si le plus tragique n’est pas tant sa condamnation que l’incompréhension manifeste entre deux mondes.

condamnation_google_document_anses
« Il s’est servi de ce Gogleu, sans lojin, c’est un scandale ! »

En 2012 Olivier Laurelli, Bluetouff sur les Internets, effectue des recherches sur la Syrie via le moteur de recherche Google. Il tombe par hasard sur le serveur extranet de l’Anses sur lequel les chercheurs stockent et échangent leurs documents. Il y télécharge pour 7,7 Go de documents concernant des données de santé publique, ni vu ni connu.

L’affaire prend un véritable tournant lors de la publication d’un article sur Reflets.info portant sur les nanoparticules et s’appuyant sur l’un des 8000 articles récoltés sur l’extranet de l‘Anses. Cette dernière le signale à la police, la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) est mise sur l’affaire avec perquisition à son domicile, saisie de son matériel informatique et garde à vue de 30 heures en bonus (lancée sur sa trace, l’une des adresses IP employée pour le téléchargement était domiciliée au Panama et appartenait à une société qui délivre des services VPN, dirigée par Olivier Laurelli). Il est mis en examen.

Néanmoins, il est relaxé lors du premier procès. Bluetouff a réussi à copier ces documents, non pas grâce à ses dons de hacker mais plutôt à la maladresse de l’Anses qui n’a pas jugé bon d’en verrouiller l’accès (identifiant et login). Ils étaient donc référencés par le moteur de recherche et accessibles à qui tombait dessus, il s’avère alors difficile de lui imputer un quelconque « accès frauduleux ».
Contrite, l’Agence n’a pas donné suite, c’était sans compter sur le zèle du parquet parti vent debout contre ce pirate 2.0, bien que son représentant ait confirmé à l’audience n’avoir « même pas compris la moitié des termes que j’ai entendus aujourd’hui » tout en restant persuadé de la mauvaise foi d’Olivier Laurelli : « Vous saviez que cet extranet était normalement protégé« . Ambiance.

Comme le note Numerama , lors de l’audience d’appel en décembre, Mediapart publiait un article dans lequel il soulignait le fait que les magistrats étaient « totalement hermétiques à toutes notions techniques, mêmes les plus basiques ». Extrait :

En ouverture d’audience, la magistrate chargée de rappeler les faits semblait même ne pas connaître Google, prononcé à la française « gogleu », ni savoir ce que signifie un « login », prononcé « lojin ». Difficile, dans ces conditions, d’expliquer qu’il est effectivement possible de tomber sur des documents de travail par une simple recherche…« Mais il faut tout de même taper des mot-clés… », demande ainsi, dubitatif, un de juges. « Comment faites-vous pour arriver sur des questions de santé publique alors que vous cherchiez des choses sur la Syrie ? » Au fil de l’audience, on se rend compte que les magistrats ont une vision totalement fantasmée d’internet, et des documents que l’on peut y trouver… « Vous ne vous souciez pas de savoir si vous alliez tuer toute la planète ? » s’indigne ainsi une magistrate alors que l’accusé vient de lui expliquer que ces documents n’étaient, visiblement, pas confidentiels.

Olivier Laurelli a donc été condamné à 3 000 euros d’amende, pour « maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données » et « vol » de documents. Maintient et non « accès frauduleux » donc.

Ce jeudi, après avoir signifié qu’il réfléchissait à donner suite, son avocat, Maitre Olivier Iteanu, a annoncé « le pourvoi devant la cour de cassation »

Bluetouff quant à lui, a préféré en rire

Cette histoire rappelle qu’au lieu de crier au loup contre les dangers d’internet et les dérives que cet outil permet, certains seraient sensés et bienheureux de s’y intéresser un tant soit peu. Ce que l’Alsace.fr ( ) nomme les « e-gnares ».

Source: Source