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Blacksheep : que valent les lunettes à prix cassé sur une très grosse correction ?

Trois semaines d’attente et la promesse de lunettes à prix cassé. On a testé Blacksheep, le Shein des lunettes débarqué il y a quelques mois en France.

En France, le prix moyen d’une paire de lunettes avec verres correcteurs s’envole vite, et la réforme 100 % Santé mise en place depuis 2020 couvre le strict minimum, avec montures à 30 € et verres à correction standard. Dès qu’il faut sortir du cadre, avec une correction forte ou des verres complexes, la facture monte à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros. Pendant ce temps, les mutuelles santé se désengagent, plafonnent les forfaits optique et imposent un renouvellement tous les deux ans pour les adultes.

Blacksheep Lunettes (6)
© JDG

Pour qui a des yeux de taupe (c’est notre cas), chaque renouvellement prend des airs de prêt à la consommation. Avec une correction qui fait office de cas d’école chez les apprentis opticiens, nous étions confrontés à deux problèmes majeurs : d’une part, le délai de deux ans entre chaque paire de lunettes est trop long. Pour celles et ceux dont la vue change rapidement, il fallait accepter de passer les derniers mois avec une vision de plus en plus approximative en attendant la sacro-sainte nouvelle ordonnance. D’autre part, le prix des lunettes : entre la correction, la monture et les traitements destinés à affiner le verre pour éviter de les transformer en fonds de bouteille, la facture montait très (trop) rapidement à plusieurs milliers d’euros. Même en optant pour une mutuelle adaptée aux soins oculaires, le reste à charge est loin d’être négligeable.

Blacksheep, le Shein de l’optique

Blacksheep entend répondre à cette problématique bien réelle avec une offre 100 % en ligne qui assume son slogan « 100 % Made in China ». Le principe : se brancher directement sur les usines, virer les distributeurs, les loyers et les licences de marques, et proposer des prix qui défient toute concurrence. Montures à partir de 2,95 €, verres à partir de 5 €… La promesse a le mérite d’être alléchante.

Pour rendre la chose plus tangible, l’enseigne a ouvert le 3 décembre dernier un showroom rue de Rivoli à Paris, avec des centaines de modèles à essayer avant de passer commande. Côté éthique, la marque met en avant des montures éco-conçues fabriquées en Chine, et une production à la demande qui limite les stocks dormants. Forcément, on a voulu tester.

Blacksheep Lunettes (4)
© JDG

Remplacer les opticiens, vraiment ?

Avec une correction franchement musclée, le pari paraissait risqué : Blacksheep nous semblait plutôt destiné aux petites corrections, et La Revue des Opticiens dénonçait un SAV absent, des corrections aléatoires (notamment dans les prises de mesures) rendant certains verres inutilisables. Sur le site pourtant, tout est pensé pour accompagner le client. Il suffit de choisir sa monture et de joindre une ordonnance récente réalisée chez un ophtalmologue, ou d’entrer manuellement les données. Rien de bien sorcier.

Côté SAV, force est d’admettre qu’il est particulièrement réactif. Il est possible d’échanger avec un conseiller (humain) via le chat du site, et de se faire accompagner du début à la fin du processus. Le site va même plus loin : lorsque nous avons délibérément entré des valeurs aléatoires, un mails reçu après commande nous informe d’un potentiel problème de mesure, et nous invite à les vérifier. Pour notre grosse correction, un autre message nous informe que la monture choisie n’est pas adaptée à moins d’un traitement amincissant supplémentaire (que la marque finira par nous offrir). Enfin, après réception d’une paire de lunette défectueuse, Blacksheep nous a renvoyé gratuitement un jeu de verre, que nous sommes allés faire changer en boutique.

Blacksheep Lunettes (5)
© JDG

Même registre en boutique. Les plaquettes nasales d’origine ne nous convenaient pas, un opticien agréé présent sur place nous les a troqué gratuitement contre une version en silicone, résolument plus confortable. Si la boutique parisienne ne vend pas directement les montures (les vendeurs aident à choisir le modèle, prennent les mesures du visage et finalisent la commande avec vous sur le site), cette présence physique réservée aux parisiens, couplée à un SAV béton constitue l’argument fort de l’enseigne.

Pour celles et ceux qui veulent se débrouiller seuls, la procédure tient en quelques minutes. On commence par choisir la monture, puis vient le moment de configurer les verres : unifocaux ou progressifs, indice de réfraction, options (anti-rayures, anti-reflets, hydrophobe, anti-lumière bleue, photochromiques). On saisit l’ordonnance (sphère, cylindre, axe, addition pour les progressifs), à laquelle s’ajoutent l’écart pupillaire et, dans l’idéal, la hauteur des verres. On valide, on paie, on attend. Et c’est tout. La commande arrive dans notre boîte aux lettres trois semaines plus tard, dans un étui en plastique sommaire, et ne demande plus qu’à être portée.

Blacksheep Lunettes (2)
© JDG

Verdict après trois mois

Trois mois après avoir reçu notre commande, le constat est serein. Aucune migraine à l’horizon, aucune gêne, aucune fatigue oculaire à signaler. Les verres tiennent leurs promesses, y compris après plusieurs heures passées sur un écran, ou pendant une séance de sport. Les lunettes de Blacksheep ont remplacé notre ancienne paire, et elles ont tout d’une grande : en cas de problème, il suffit de se rendre chez un opticien pour effectuer les réglages nécessaires.

Pour la première fois de notre vie de trentenaire, la marque de lunettes à prix cassé nous a permis d’investir dans une paire de lunettes de soleil adaptée à notre correction, un luxe qui nous était jusqu’à présent refusé, faute de budget. Au final, les deux paires commandées sur Blacksheep (solaires et classiques) nous auront coûté moins de 100 €. À titre de comparaison, la même opération chez un opticien classique nous aurait coûté environ 3600 € avant remboursement de la mutuelle.

Blacksheep Lunettes
© JDG

Et la mutuelle, dans tout ça ?

C’est  sans doute le point qui fâche. Blacksheep n’est pas un opticien agréé Sécurité sociale, ce qui signifie qu’il ne distribue pas encore de feuille de soins, pas de décompte CPAM, et donc, dans la grande majorité des cas, pas de remboursement par la mutuelle. C’est un contre-argument à prendre en compte si vous avez une correction relativement faible, entièrement prise en charge par votre couverture santé. Reste que pour nous, le prix est largement plus avantageux qu’en boutique classique, même sans remboursement mutuelle.

Reste que le calcul ne se limite pas au prix d’une paire. Quand on porte des lunettes de vue au quotidien, les accidents sont vite arrivés. Les mutuelles ne couvrent un nouvel équipement que tous les deux ans pour les adultes. Avoir une paire de secours à cinquante euros sur l’étagère permet de partir en vacances beaucoup plus sereinement.

Blacksheep Lunettes (3)
© JDG

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