Dossier comics : Le guide de lecture des X-Men en dix équipes emblématiques

culture geek

Par Gaylord le

Vous qui sortez d’un bon gros blockbuster de super-héros, vous n’avez qu’une envie, et nous l’avons bien compris : en apprendre plus sur ces étranges personnages vêtus de collants fluo qui s’invitent à intervalles réguliers dans nos salles obscures.

Aujourd’hui, retour sur les X-Men avec la sortie du film Days of Future Past. Impossible de compter le nombre d’équipes qui ont vu le jour depuis la formation de base. Réglons ça avec un dossier sur les dix équipes les plus emblématiques. Pas de soucis, tout est très accessible.

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Prélude

days of the future past

Nous sommes dans les années 80, le duo Claremont/Byrne signe une de ses dernières histoires en commun sur Uncanny X-Men avec Days of Future Past. En seulement deux chapitres (et quelques spin offs dispensables), ils font partis des premiers à lancer un célèbre gimmick des épopées mutantes : les voyages dans le temps à répétition pour enrayer un futur apocalyptique.

À la place d’un Hugh Jackman du futur au brushing impeccable, c’est l’esprit de la Kitty Pride du futur qui vient squatter le corps de sa forme présente. La mutante passe-muraille transmet à ses comparses la mission d’empêcher la naissance d’un régime totalitaire et la création en masse de sentinelles pour traquer les mutants. Sans oublier au passage d’empêcher l’assassinat du sénateur Robert Kelly, l’élément déclencheur de toute l’histoire.

Pour l’anecdote, le futur décrit dans Days of Future Past prend place en 2013. Donc, théoriquement, Kitty Pride nous a tous sauvé sans qu’on s’en rende compte. Sympa.

L’histoire a connu de nombreuses suites. Ne retenez que ces deux tout petits chapitres : Uncanny X-Men 141 et 142

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1. Les mutants de l’ère Apocalypse

Comme Spider-Man, les X-Men ont connu leurs moments de faiblesses, parsemés d’histoires moyennes et de crossovers compliqués à suivre.

Les années 90 décrochent la palme à ce niveau-là, mais un event tire son épingle du jeu. Age of Apocalypse se présente comme la dystopie d’une réalité parallèle, conséquence directe d’un futur où les mutants ont perdu leur leader Charles Xavier. L’event s’étale sur tous les titres X pendant quatre mois et voit, dans un magnifique instant chorale digne des plus belles pubs Nutella, la communauté mutante se lier pour lutter contre Apocalypse. Dans le principe, il s’agit d’un what if plus ambitieux, mettant en scène des X-Men dont l’idéal de paix est repris par Magneto, nouveau leader de la cause mutante.

AoA

Age of Apocalypse reste une référence des histoires mutantes des années 90, notamment grâce aux talents d’une poignée de dessinateurs phares dont Joe Madureira qui a fait les beaux jours de la série régulière. Cette version d’Age of Apocalypse n’a jamais été détrônée, malgré certaines tentatives et allers-retours dans cette dimension, dont une récente série pas si catastrophique.

VO : Epic Book 1 / Epic Book 2
VF : tome 1 à 4 sur la boutique Panini

Bonus :
Dans le délire « on casse tous les jouets et on recommence », House of M (VO / VF) conte le scénario inverse. Les mutants deviennent la race supérieure dirigée d’une main de fer par l’empire Magneto. Jolie histoire qui aura de longues, très longues répercussions sur l’univers classique.

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2. X-Factor Investigations : les mutants à la sauce X-Files

Depuis les évènements de House of M, la plupart des mutants ont été dépossédés de leurs pouvoirs et doivent réapprendre à vivre, handicapés par leur nouvelle condition d’« humain ». Dans ce contexte chaotique, l’équipe X-Factor renaît de ses cendres et mène l’enquête.

Peter David, le scénariste, prend tout le monde à contre-pied et reforme l’équipe autour de Jamie Madrox, l’homme-multiple (que l’on aperçoit dans l’immonde X-Men 3 de Brett Ratner), dont les pouvoirs se résument à créer des copies de lui-même. Loin d’être un leader fiable, il donne à la série ce ton comique, par son absence totale d’autorité, et son pouvoir (génial sur le papier) qui bat sérieusement de l’aile et fait apparaître des doubles de plus en plus instables à chaque utilisation.

x-factor

L’histoire se rapproche nettement plus du polar. On oublie un instant les costumes fluos et menaces cosmiques pour un traitement plus proche du roman noir, au cœur du coupe-gorge que sont devenus les rues de Mutant Town. Une pensée émue pour Dennis Calero et Ryan Sook qui assurent la partie graphique des premiers chapitres, et dont les planches sont MAGNIFIQUES (lien et lien).

VO : X-Factor Tome 1 à 10 sur Comixology
VF : aucun recueil VF ne compile la série, bon courage pour retrouver les chapitres éparpillés dans les publications mutantes.

Bonus :
Après plus d’une centaine de chapitres, X-Factor cède sa place à All-New X-Factor. La série renoue avec l’ambiance du premier volume : costumes flashy, ambiance corporate, et une équipe plutôt disparate. Les premiers chapitres déstabilisent, forcément, mais la série se tient.

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3. Ultimate X-Men : revisiter les classiques

Nous vous parlions des Ultimates et d’Ultimate Spider-Man précédemment, sachez que les X-Men ont aussi connu une réécriture moderne de leur mythe pour accueillir les nouveaux lecteurs. Et vous n’allez peut-être pas me croire mais ça s’appelle Ultimate X-Men. Le point de départ idéal qui vient cueillir le lecteur tout juste sorti de la projection du premier opus de Bryan Singer.

L’histoire, vous la connaissez déjà : des mutants voient le jour un peu partout dans le monde (le monde très centro-centré des États-Unis) et un chauve handicapé qui connait tous les mdp et codes de carte bleue de la côte est décide d’en réunir quelques uns dans un immense cottage aux abords de la cité. Jusque là, rien de méchant.

ultimate x-men

Dans le traitement, Mark Millar (Ultimates, Kick Ass) se permet quelques virages audacieux dans une histoire globalement très similaire au matériel de base. Par exemple, le fait que Wolverine soit dans le camp ennemi avec pour mission d’infiltrer l’équipe pour assassiner Xavier – sans oublier au passage de flirter avec Jean Grey et se débarrasser une bonne fois pour toute de Cyclops.

La série ne propose pas une révolution mais une habile mise à jour, suffisamment captivante pour ne pas voir passer les 33 numéros.

VO : l’intégrale sur Comixology
VF : tome 1 à 7 sur la boutique Panini

Bonus :
Pour ceux qui veulent persévérer, le talentueux Brian K. Vaughan (Y: The Last Man, Saga) arrive sur la série un peu plus tard. Vingt chapitres, dont certains en compagnie de Stuart Immonen, que du bon.

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4. X-Statix : l’électron libre

À mille lieues des considérations humanistes de Charles Xavier, X-Statix évoque la condition mutante à travers le prisme de la course à la célébrité et du reality show.

L’équipe se compose d’inconnus aux pouvoirs pas vraiment glamours (l’un d’entre eux projette sa sueur acide), qui se détestent, envoyés dans des missions suicides dans le seul but de faire parler d’eux. Aucune vision altruiste, les membres jouent aux super-héros, avec la vie humaine, avec un cynisme inédit dans les aventures mutantes à ce jour. Peter Milligan et Mike Allred – les créateurs, respectivement scénariste et dessinateur – ne se gênent pas et ouvrent les vannes à fond, quitte à tuer la quasi totalité du casting dès leur première mission !

x-statix-lady-di

Conséquence malheureuse (mais ô combien drôle) : les morts sont légions, les auteurs ne loupent aucun sujet qui fâche et vont même jusqu’à planifier le retour de Lady Di d’entre les morts pour en faire une mutante (l’image ci-dessus). L’idée avorte : face aux vives réactions de la presse britannique, Marvel promet de mofidier le personnage, et les auteurs s’éxecutent.

Tout ça pour vous dire qu’il faut lire X-Statix, une série beaucoup plus proche des productions Vertigo dans son ADN. Absurde, cynique, et graphiquement épatante avec Paul Pope et Darwyn Cooke en back up. De véritables monstres dont les planches rendent le titre exceptionnel, à juste titre.

VO : le magnifique Omnibus
VF : même tarif que pour X-Factor, bon courage

Bonus :
Doop, la mascotte de X-Statix, a droit à sa propre mini-série avec la seconde vague Marvel Now!

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5. Excalibur et New Mutants : les spin offs X-Men

Pendant près de vingt ans, Chris Claremont préside à la destinée des X-Men.

On lui doit notamment le renouveau du titre en 1975, de grandes sagas comme The Dark Phoenix ou Days of Future Past et le record de vente d’un comic book en 1991 avec X-Men 1
vendu à plus de 8 millions de copies . Au cours de sa carrière, il crée de nombreux personnages et lance quelques spin offs, dont Excalibur et New Mutants, toutes deux créées à partir d’un vilain quiproquo.

Excalibur, équipe complètement british, part d’un hommage rendu à l’équipe de X-Men du moment. Nous sommes en 1988, Kitty Pride et Diablo créent leur propre formation, très rapidement rejoints par Captain Britain (une création 100 % anglaise des studios Marvel UK). Ça ne s’invente pas. La série suit cette mouvance, à la fois décalée et complètement étrange, illustrée par un Alan Davis au début de sa gloire.

Des X-Men différents, mais des X-Men tout de même, aux aventures particulièrement rafraîchissantes.

excalibur-x-men

Plus tôt, Claremont avait tenté le coup de la nouvelle équipe avec New Mutants. Même contexte : Charles Xavier pensait que ses étudiants étaient morts au cours d’une mission, ce qui l’a poussé à former de jeunes recrues, comme au bon vieux temps. Depuis, régulièrement, Marvel ressort du placard une fournée de jeunes prodiges fondée sur le même modèle. On retient surtout l’arrivée de Bill Sienkiewicz sur le titre au numéro 18 avec un style peu conventionnel qui rompt totalement avec ce que les lecteurs avaient pu voir jusque là.

Le trait y est plus cassant, les cases explosées, et l’ambiance plus réaliste, plus terrifiante. Un véritable ovni, concept et intriguant.

new-mutants

Bonus :
Alan Moore (Watchmen, V for Vendetta) a écrit une seule histoire pour Marvel : Captain Britain, en collaboration avec Alan Davis. Une épopée fantastique à travers les dimensions, à la poursuite d’un premier ministre anglais mégalo et omnipotent. Si vous ne deviez lire qu’un bouquin à la fin de ce papier, c’est celui-là (VO / VF)

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6. La révolution New X-Men

Définitivement le titre qui fait entrer les X-Men dans la nouvelle génération.

Grant Morrison ne sera pas resté longtemps chez Marvel, mais en 2001, il accouche d’une saga qui redéfinit complètement l’institut Charles Xavier, et la condition mutante d’une manière générale. X-men devient New X-Men et s’affranchit enfin des histoires du siècle passé pour proposer une belle entréedans l’ère ultramoderne.

À commencer par l’abandon du traditionnel costume bleu et jaune pour un ensemble plus sombre, un écho direct aux aventures cinématographiques. Ensuite, une approche plus ouverte de l’Institut avec cette révélation télévisée, apparemment anodine, que Charles Xavier est un mutant. L’institut ouvre ses portes et devient – en surface – un paradis de la mutanité. Plus fou encore, plus de dix ans après, les répercussions de ces histoires se font encore sentir aujourd’hui. On peut citer la rupture entre Scott Summers et Jean Grey, la nouvelle mutation de Beast ou la dernière histoire de Magneto, entre autres.

new x-men

Seul bémol : la partie graphique, ou plutôt le décalage entre l’excellent boulot de Frank Quitely et les nombreux artistes qui se succèdent entre deux de ses histoires.

VO : l’intégrale sur Comixology (du 114 au 154)
VF : New X-men tome 1 à 4 dans la boutique Panini

Bonus :
Jean Grey meurt dans New X-Men, Jean Grey revient dans All-New X-Men, l’un des titres phares du récent relaunch de Marvel. Extrait cadeau.

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7. Wolverine and the X-Men : l’école des champions

Pas facile pour un scénariste d’écrire quelque chose d’original sur Wolverine sans évoquer des thèmes mille fois ressassés comme le Japon, l’adamantium greffé de force, ou les histoires d’amour à base de rousses évanescentes.

Challenge accepted par Jason Aaron qui donne au mutant griffu quelque chose d’assez peu vu sur le personnage : de la maturité. Comprenant qu’on ne peut pas tout régler à coups de griffes rétractables, Wolverine s’improvise professeur et crée The Jean Grey School for Higher Learning, en hommage à sa rousse évanescente préférée. Il s’entoure de quelques têtes bien connues pour le seconder (Beast, Iceman, Gambit, Storm) et s’occupe à sa façon d’une jeunesse mutante complètement paumée, dans la droite lignée des préceptes inculqués par Xavier. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, et la série est justement drôle pour ça. Le personnage patauge complètement dans ses nouvelles fonctions, les ennemis de l’école en jouent, le tout blindé de références à l’univers mutant. Que du bonheur.

wolverine and the x-men

VO : les 42 chapitres du premier volume par Jason Aaron sont sur Comixology
VF : Dans le magazine Wolverine

Bonus :
Jason Aaron, sur tous les fronts, s’occupait aussi de remettre Wolverine sur le droit chemin dans sa propre série régulière. Juste avant ça, il signe Wolverine : Weapon X, un interlude très violent de 16 chapitres qui voit le mutant griffu confronté à des menaces plus musclées, à base de griffes lasers et de cyborgs tueurs du futur.

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8. Uncanny X-Force : les X-Men à la sauce Black Ops

Wolverine possède beaucoup de talents. Facteur d’autoguérison, griffes en adamantium, formation de samurai… sans compter son atout majeur : le don d’ubiquité. Le meilleur dans sa partie, aucun doute là-dessus. Wolverine squatte toutes les équipes de X-Men, d’Avengers et prend place dans quelques séries régulières à son nom. Officieusement il gère également une formation supplémentaire : l’équipe secrète des X-Force.

Grosso modo, une équipe de X-Men qui n’hésitent pas à se salir les mains. Rick Remender reprend un concept très bourrin, exagérément violent, pour en faire quelque chose de tout aussi sanglant, mais mieux écrit. Il invoque sans cesse la mythologie des X-Men, met à jour certains concepts un peu vieillots (Apocalypse, Archangel), et s’éclate en faisant ce qu’il adore, à savoir inventer des personnages délirants et les confronter à des situations impossibles. Du fan service maîtrisé, le meilleur cadeau que l’on puisse faire à des lecteurs de comics mainstream.

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Et Jerome Opeña sur les premiers chapitres. LA. GROSSE. CLAQUE.

VO : 35 chapitres d’amour à découvrir dans cet imposant pavé ou sur Comixology
VF : Haha

Bonus :
Plus tard, avec Marvel Now!, Rick Remender s’essaie à l’écriture de sa propre série Avengers avec Uncanny Avengers. La balance parfaite entre héros reconnus et mutants craints qui passent tout leur samedi après-midi à régler les pires menaces des deux mondes. Dont une nouvelle version de Crâne Rouge possédant le cerveau, et du coup les dons, de Charles Xavier. La gagne épique continue qu’on vous dit.

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9. Uncanny X-Men : The Extinction Team

Ne pas évoquer Uncanny X-Men, la pierre angulaire de tous les titres estampillés X, aurait été très étrange.

Une des dernières versions en date, juste avant le relaunch Marvel Now! sous la houlette de Kieron Gillen, prend place dans un contexte où les mutants ne sont plus qu’une poignée sur terre suite aux évènements de House of M. Les mutants, en voie de disparition, se regroupent sous le giron de Cyclops et se proclament nation à part entière, s’exilant d’eux-mêmes sur leur propre île.

Pourquoi parler de cette composition en particulier ? Parce que son scénariste fait un travail d’écriture admirable malgré les bouleversements éditoriaux (le relaunch du titre, puis l’event Avengers VS X-Men, un Civil War version bas-de-plafond). C’est aussi un excellent contrepoint au concept d’école de surdoués gérée par Wolverine qui voit le jour au même moment (point 7). Les mutants se divisent en deux catégories : ceux qui veulent apprendre et ceux qui veulent se défendre. Cyclops opte pour la seconde option, et s’enfonce de plus en plus dans le rôle de Magneto à son insu…

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Oh, et rien que pour apprécier Colossus possèdant pendant un temps les pouvoirs du Juggernaut, ça vaut le coup.

VO : Uncanny X-Men 544 (le dernier numéro de la première série) puis Uncanny X-Men v2
VF : perdu quelque part dans le magazine X-Men

Bonus :
D’un côté, Cyclops et son Extinction Team. De l’autre, Wolverine and the X-Men. Au milieu, Schism, la mini-série qui explique la dissenssion entre les deux anciens compagnons d’armes.

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10. Astonishing X-Men : le retour de l’âge d’or

Vous connaissez tous Joss Whedon, inutile de nier. Buffy, Angel, Firefly… ces séries ont créé des armées de fans à travers le monde. Avant de se lancer dans la franchise Avengers sur grand écran, le scénariste s’est occupé des mutants avec la série Astonishing X-Men. Il en assure les 24 premiers chapitres avec John Cassaday (Captain America, Planetary), dessinateur aussi lent que talentueux. Heureusement, l’attente entre chaque numéro en valait le coup.

Mélange de space opera, d’aventures fantastiques, les X-Men imaginés par Joss Whedon réunissent tous les ingrédients des grands classiques des années 80. Et la touche Whedon, celle qui rend les personnages si attachants et leurs intéractions si drôles, si émouvantes.

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VO : les 24 chapitres sur Comixology
VF : les versions Deluxe sont épuisées, donc hors de prix. Mieux vaut attendre une réédition (qui arrivera… un jour ?)

Bonus :
Bien après le passage de Whedon, Marvel célèbre le premier mariage gay de son histoire dans les pages d’Astonishing X-Men 51. Champagne !