#GazaUnderAttack, de l’indignation à la désinformation

Général

Par Elodie le

NSFW. Depuis le début de l’offensive israélienne, « Bordure protectrice », le hashtag #GazaUnderAttack connait un succès phénoménal sur Twitter, les internautes relaient informations et photos du conflit pour dénoncer les exactions commises. Néanmoins, plus que la lumière, ces photos, reprises d’événements antérieurs en Irak, en Syrie ou à Gaza, font triompher la désinformation sur le réseau social.

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Washington bombardé ?

Comme c’est souvent le cas sur Twitter, les événements importants génèrent une activité considérable sur le réseau : tweets, RT, commentaires, photos, etc., chacun y va de sa petite contribution, souvent reprise ici ou chipée là.
L’envie de partager une information ou l’émotion suscitée et on se retrouve à RT plus vite que son ombre, sans même s’interroger sur la véracité de ce que l’on tweet ou l’origine des photographies que l’on publie. Car, malheureusement, rien ne ressemble plus à une ville bombardée, qu’une autre ville bombardée. Ainsi, depuis une semaine et le déclenchement de l’opération de Tsahal, « Bordure Protectrice », 400 000 tweets ont été échangés avec le hashtag #GazaUnderAttack, souvent avec les mêmes photos : villes bombardées, en feu, enfants blessés, ensanglantés ou morts, femmes en pleurs, population réclamant justice pour ses morts, etc. Les mêmes photos circulent, la même indignation gronde.

Pourtant, la plupart se révèlent fausses, sont détournées, non pas truquées via Photoshop seulement récupérées d’un autre conflit : Irak, Syrie ou Gaza des mois auparavant.
Comme le souligne Libération , l’un des premiers tweet relayant ces photos date du 3 juillet, soit 4 jours avant le début de l’offensive israélienne. L’auteur de ce tweet n’est pas forcément pétri de mauvaises intentions, il souhaite s’exprimer sur un événement qui le touche ou l’indigne.
Cependant, son post a été retweeté 8000 fois. Assez pour faire de photos dénonçant la guerre, les photos dénonçant ce conflit. Du coup, c’est la confusion et la désinformation qui règnent.

Souvent par peur d’un complot médiatique – les médias tairaient au peuple ce que les dirigeants ne veulent pas montrer – les internautes se retrouvent à relayer des photos datées de plusieurs années pour illustrer un conflit actuel. Comme l’exemple pris par Libération : une jeune fille de 16 ans tweet une photo de Gaza de 2012 censée la représenter à l’instant T avec ce commentaire : « C’est Gaza en ce moment. Comme d’habitude, ce ne sera pas montré dans les journaux. »
Lorsque la BBC lui affirme qu’elle est plus ancienne, elle rétorque : « lorsqu’une bombe explose c’est toujours plus ou moins à cela que ça ressemble ».
Certes, est-ce pour autant la réalité du conflit ?

Voici donc les photos les plus reprises ces jours-ci sous le hashtag #GazaUnderAttack, avec leur vraie légende :

Une femme et deux garçons avec un enfant dans les bras fuient Alep en Syrie, le 26 juin 2014
Une femme et deux garçons avec un enfant dans les bras fuient Alep en Syrie, le 26 juin 2014. AFP
Une mère pleure son enfant mort à la morgue de Babuqa à Bagdad, le 16 septembre 2007.
Une mère pleure son enfant mort à la morgue de Babuqa à Bagdad, le 16 septembre 2007. AFP
Jeune fille syrienne le visage ensanglantée à Alep, le 25 juin 2014. Crédits : Khaled Khatib. AFP
Jeune fille syrienne le visage ensanglantée à Alep, le 25 juin 2014. Crédits : Khaled Khatib. AFP
Ecole en feu au Nord de Gaza suite à un bombardement israélien, le 17 janvier 2009. Crédits : Mohamed Abaid. AFP
Ecole en feu au Nord de Gaza suite à un bombardement israélien, le 17 janvier 2009. Crédits : Mohamed Abaid. AFP

Ce n’est pas la première fois qu’une telle chose se produit. Hoax, fake, rumeur, sont des termes que l’on retrouve régulièrement sur la toile et sur Twitter notamment.
La Coupe du Monde en est un exemple criant : lors de la victoire de l’Algérie face à la Corée du Sud, les réseaux sociaux ont fait montre de leur stupidité lorsque la rumeur de heurts supposés à Barbès et sur les Champs Elysées ou celle de l’incendie d’une église à Lyon par des supporters algériens – relayée par les réseaux d’extrême droite – s’est répandue comme une traînée de poudre. De même que cette photo censée représenter Barbès publiée lors d’Algérie-Belgique.

Barbès ? Non, Alger.
Un immeuble algérien, en Algérie donc.

Idem lors de la défaite du Brésil face à l’Allemagne, les réseaux auguraient déjà d’une chaude soirée pour les forces anti-émeutes et les premières photos apparurent… elles aussi reprisent de mouvements de contestations ayant eu lieu avant le début de la Coupe du Monde.

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capture d’écran – Twitter
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