[Piratage] Fronde des chaines de télévision françaises contre Facebook et Twitter

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Par Elodie le

Dans un courrier envoyé aux dirigeants de Facebook et Twitter et publié par Le Figaro, les chaines françaises s’alarment des possibilités offertes aux internautes de pirater leurs contenus sur les deux réseaux sociaux. Leur lutte contre le piratage risque de se heurter à la stratégie vidéo de Facebook, mais également à la nouvelle fonctionnalité star de Twitter, Periscope.

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Les responsables de Canal +, TFI, France Télévisions, M6 et l’Association de lutte contre le piratage audiovisuel (ALPA) dirigé par Nicolas Seydoux, président de Gaumont, sont unis autour d’une même cause : en début de mois, ils ont fait parvenir un courrier à Mark Zuckerberg, CEO de Facebook et Dick Costollo, PDG de Twitter, afin de les sensibiliser au fléau auxquels ils font face : le piratage.

Selon ces responsables de chaines, Facebook et Twitter n’y sont pas étrangers, puisqu’à travers leurs nouveaux services, les deux plateformes contribueraient à faire perdurer (voire accentuer) le phénomène.
Facebook d’abord, avec son développement agressif de la vidéo sur le réseau social, YouTube en ligne de mire. Depuis peu, Facebook offre la possibilité à ses membres « de mettre en ligne sur [leurs] serveurs des contenus vidéo et de les diffuser directement à partir de [leur] plateforme ». De plus, les signataires se sont fait l’écho lors de la dernière conférence de la firme, que cette fonctionnalité allait « encore être augmentée, permettant la mise en ligne de vidéos de longue durée et d’une meilleure qualité ».

Perspective inquiétante, lorsqu’ils rappellent que « selon Mediamétrie […] Facebook se place en janvier 2015 en seconde position avec 368 millions de vidéos vues par les internautes français ». Les auteurs de la lettre ne manquent pas de souligner qu’ils ont déjà pu constater que « certains de nos contenus vidéos ont été mis en ligne sur Facebook sans notre accord et visionnés parfois plusieurs millions de fois ».

Mark Zuckerberg , Facebook

Quant à Twitter, sa nouvelle fonctionnalité Periscope, concurrent de Meerkat sur le marché du live streaming (qui consiste à diffuser en direct ce que l’on est en train de filmer), connait un succès fulgurant et fait également grincer des dents… et pas qu’en France. ¨HBO, peu après la fuite dont la chaîne a été victime, et la NHL ont déjà l’application de vidéo en streaming dans le viseur. Cette dernière a d’ailleurs interdit l’usage de Periscope et Meerkat aux médias lors des matchs.

Le constat est donc sans appel : sans action de leur part, « les sites qui permettent le partage non autorisé de vidéos vont devenir plus encore le siège de diffusions massives de contenus contrefaisants, ceci entrainant un très lourd préjudice pour les titulaires de droits. »

Les contestataires rappellent d’ailleurs que YouTube et Dailymotion se sont mis au diapason et ont mis en place des systèmes de reconnaissance et de filtrage automatique (« fingerprint ») des vidéos mises en ligne.
Les signataires en appellent donc à leur vigilance, mais surtout à mettre fin à leur « attitude passive (supprimer les vidéos au cas par cas, NDLR) » qui « aurait assurément pour effet de favoriser la mise en ligne de contenus contrefaisants » sur leur site respectif.

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Pour cela, ils réclament « une véritable politique de sanctions » et que soit mis en œuvre sur Facebook et Twitter, « des technologies de filtrage automatique par reconnaissance d’empreintes numériques préalablement déposées par les détenteurs de droits, permettant de bloquer la mise en ligne de vidéos contrefaisantes ».

« Ces plateformes gagnent chaque jour de nouveaux vidéo-spectateurs, ce qui fait perdre de l’audience et des abonnés aux diffuseurs. Or, ce sont ces derniers qui participent au financement de la création et payent des impôts, pas Twitter ni Facebook », tempête Nicolas Seydoux dans les colonnes du Figaro.

Les chaines et l’ALPA n’écartent pas la possibilité d’emprunter la voie judiciaire pour faire valoir leurs droits en cas d’inaction de la part des deux plateformes.
« Faute de mesures permettant de limiter le piratage, les sites et réseaux sociaux risquent de voir leur responsabilité engagée et que les tribunaux français prononcent des condamnations conséquentes ».

On ne saurait être plus clair. Le courrier a également été transmis à Fleur Pellerin, ministre de la Culture, qui était justement à Cannes le week-end dernier dans le cadre d’un colloque sur la question du droit d’auteur en Europe.
Dans l’œil du cyclone sur le vieux continent (concernant la protection des données notamment), la perspective d’autres mésaventures pourrait contraindre les GAFA à infléchir les positions respectives. Ou pas.

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