[Emailgate] Bataille autour de la publication des mails d’Hillary Clinton

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Par Elodie le

Suite à la polémique provoquée par l’utilisation d’une boite mails personnelle par Hillary Clinton, alors Secrétaire d’Etat sous la première présidence Obama, le Département d’Etat a annoncé ne pas pouvoir publier l’intégralité des communications passées avant le 15 janvier 2016. Dans la foulée, un juge fédéral a cassé cette décision et ordonné qu’un calendrier de diffusion des messages soit publié d’ici une semaine, prévoyant leur sortie au compte-goutte, dans un flot ininterrompu. Une décision risquée pour la favorite des sondages à l’investiture démocrate pour 2016.

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La nouvelle vous avait peut-être échappé mais elle a fait l’effet d’une bombe outre Atlantique lorsque le New York Times l’a révélé le 2 mars dernier et menace – encore – Hillary Clinton dans sa course à la présidentielle.

Le pêché ? Avoir continué d’utiliser sa boite mail personnelle hébergée sur un serveur privé avec pour nom de domaine @clintonemail.com, plutôt que le système sécurisé du gouvernement, en .gov, alors qu’elle était Secrétaire d’État (l’équivalent du ministre des Affaires Étrangères) entre 2009 et 2013. Ce qui pourrait constituer une violation de la loi fédérale américaine qui impose deux services de messagerie distincts, pour des raisons évidentes de sécurité et de confidentialité, notamment en cas de cyberattaque. Le département d’État a diligenté une enquête pour faire la lumière sur cette affaire.

Bien entendu, ses opposants ont saisi l’occasion de s’engouffrer dans la brèche médiatique et d’alimenter la polémique, tentant de remettre en cause sa candidature à l’investiture démocrate pour les prochaines élections présidentielles dénonçant une « absence de transparence » et un « problème d’éthique ». Ils l’accusent surtout d’avoir failli à la protection des Américains et d’avoir dissimulé des informations relatives à l’attaque de Benghazi en 2012.

Le silence médiatique de Clinton (qui a les médias en horreur) alors en plein Emailgate n’a fait que donner du grain à moudre à ses détracteurs qui réclamaient la publication de l’ensemble des mails échangés lorsqu’elle était chef de la diplomatie. Deux jours après le déclenchement de l’affaire, elle tweetait :

« Je veux que les gens voient mes courriels. J’ai demandé au Département d’État de les publier. Ils m’ont dit qu’ils allaient les examiner pour les publier au plus vite. »
C’est pourquoi elle a transmis 55 000 pages imprimées de ces messages en décembre sur demande du Département d’État pour archivage, en prenant soin de « garder les e-mails privés ».
Avec autant de paperasse à traiter, la tâche s’annonçait ardue et potentiellement très longue pour les services du Département d’État. 5 mois ont été nécessaires pour numériser l’ensemble des documents répartis dans 12 grandes boites, le Département d’État devant ensuite faire le tri, certains mails relevant de la vie privée s’y trouvaient. Ce dernier vient d’annoncer qu’une publication ne serait pas envisageable avant le 15 janvier 2016, soit 15 jours avant le caucus de l’Iowa, rendez-vous primordial pour donner le ton dans la désignation du candidat démocrate à la présidentielle.

En effet, les fichiers étant « volumineux, et en raison de l’étendue des sujets, de la nature des échanges, et des intérêts de plusieurs agences, leur publication représente de nombreux défis ». Néanmoins, un site répertoriant les 55 000 pages d’email est en préparation selon The Verge.

Cependant, mardi 19 mai, un juge fédéral de la Cour du District de Columbia, Rodolph Contreras, est venu contrecarrer ces plans et a ordonné au Département d’État de préparer, pour la semaine suivante, un calendrier de diffusion au compte-goutte, mais en flot continu, des fameux emails, sans attendre le 15 janvier 2016. Il a également réclamé des mises à jour périodiques du contenu. Plusieurs médias ont fait valoir le Freedom of Information Act pour réclamer la transmission et la publication des 55 000 pages de correspondances de l’ancienne Secrétaire d’État.

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Un changement de calendrier qui pourrait se révéler problématique pour Hillary Clinton. Sa campagne pourrait pâtir de révélations régulières, qu’elle serait constamment obligée de commenter. Certains espèrent que soient publiées des révélations l’impliquant dans la tragédie de Benghazi, quand d’autres en attendent sur la controverse concernant le financement de la Fondation Clinton par des avoirs étrangers.

Une semaine après les révélations du NYT, Clinton était contrainte à la prise de parole face caméras lors d’une conférence de presse à l’ONU.

« J’ai choisi d’utiliser un compte email personnel pour des raisons pratiques (…), parce que je pensais qu’il serait plus simple d’avoir sur moi un seul appareil plutôt que deux pour le travail et pour mes emails personnels ».

Elle a cependant concédé qu’ « Avec le recul, je pense que j’aurais été plus avisée d’utiliser deux appareils dès le début ». Certains, dont le site américain Vox, y voient une manœuvre pour « contourner les règles de transparence ou peut-être même gêner d’éventuelles investigations ».
Elle a tenu à exclure toute violation de la loi : « Les lois et règlements en vigueur lorsque j’étais secrétaire d’État m’autorisaient à utiliser mon email pour le travail ». En effet, le réglement des Archives nationales (NARA) requiert que les emails de l’administration soient obligatoirement archivés dans les serveurs du Département d’État. Si l’opération est automatique pour toutes les adresses en .gov, celle d’Hillary Clinton y a échappé puisqu’elle s’effectuait depuis un serveur privé. Si elle n’a pas respecté le règlement, force est de constater qu’elle n’a pas enfreint la loi selon un journaliste du Times. De plus, sa correspondance a été transmise en décembre pour archivage.

C’est au cours d’une enquête menée par les républicains à la Chambre des Représentants concernant les attentats de Benghazi, qui avait vu la mort de quatre Américains, dont l’ambassadeur des États-Unis, en Lybie, Chris Evans, que le Département d’État s’est rendu compte qu’il ne pouvait accéder au mail de sa patronne.

« Mme Clinton n’a pas remis ses emails par bonté de coeur, elle a été forcée de le faire par la supervision intelligente, déterminée et efficace de la commission de la Chambre sur Benghazi », a estimé le porte-parole du président républicain de la Chambre des représentants, Michael Steel.

En première ligne, Jed Bush, candidat à l’investiture dans son propre camp, avait réclamé la publication de l’intégralité des courriels non classifiés de l’ancienne Secrétaire d’État via le Freedom of Information Act.

Mal lui en a pris puisqu’il est épinglé à son tour, par le Washington Post cette fois-ci, pour les mêmes faits alors qu’il était gouverneur de Floride.

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