Critique : Les quatre Fantastiques – Il fait beau, allez plutôt à la plage

Cinéma

Par Pierre le

Les Quatre Fantastiques est le reboot de la célèbre licence de Marvel. Mais ce n’est pas Marvel Studios qui produit, ici, mais bien la Fox, studio derrière les X-Men. Après deux épisodes il y a quelques années, la Fox se devait de faire un nouveau film afin de ne pas perdre les droits. Elle s’est donc dirigée vers un reboot pur et dur qui se veut aux antipodes des productions Marvel Studios. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas.

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Critique avec (un peu de) spoilers

L’histoire des Quatre Fantastiques, vous la connaissez tous. Et le réalisateur Josh Trank a voulu la prendre par l’angle le moins évident possible : le réalisme saupoudré de SF. À la manière d’un The Dark Knight, le scénario de FF se veut ancré dans le monde réel, crédible, voire sombre, misant sur des éléments pseudo scientifiques qui se veulent cohérents. Et il faut bien dire que ça marche pendant les trente premières minutes du film. Nous suivons la progression de Red Richards depuis l’enfance, ses expériences, ses rencontres avec les autres personnages. Une demi-heure d’exposition aux relents de Chronicle, puis, c’est le drame.

Le drame se produit lorsque nos héros acquièrent leurs pouvoirs. Quand on raconte l’histoire d’un mec qui se déguise en chauve-souris pour botter des culs, c’est concevable de rester crédible. Quand on raconte l’histoire d’un mec élastique et de son équipe qui voyagent entre les dimensions… beaucoup moins. FF s’embourbe ainsi dans son propre propos, tentant de rester sur cette ligne directrice qu’est le réalisme tout en nous proposant des héros aux pouvoirs cartoonesques et des situations ridicules. Ça ne marche pas, tout simplement.

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FF est un film qui ne sait pas sur quel pied danser. S’il n’y avait que ça, la chose pourrait encore passer, malheureusement, l’oeuvre de Josh Trank souffre d’une tonne de défauts.

Pas si fantastique

Par où commencer ? Hmmmm, voyons voir… Commençons par parler de la structure du film. À la fin de la première partie, le film appuie sur la touche reboot. Les personnages nous refont exactement la même chose qu’au début (c’est-à-dire construire un portail dimensionnel)… sauf que cette fois ils ont des pouvoirs. Pendant cette deuxième phase, ils tentent également d’appréhender leur nouvelle condition. Malheureusement, cet aspect se montre trop survolé et diablement maladroit pour convaincre. Ensuite, baston et fin. Il n’y a aucune montée en puissance, aucun enjeu, aucun élément auquel s’accrocher. Pour vous donner un exemple, le méchant en mode « je veux détruire le monde ! » apparaît juste avant la baston finale. Une baston finale qui est d’ailleurs la seule du film et qui se montre bâclée et soporifique au possible.

Bon je suis mauvaise langue, il y a une autre scène d’action de 40 secondes au milieu du film, quand même.

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Le scénario de FF est clairement son point faible. Origin story qui aurait pu prendre seulement 20 minutes, il s’embourbe, ennuie et nous donne un mal de crâne affolant.

Le tout n’est pas sauvé par ses dialogues, qu’on imagine écrits sur un coin de nappe après un bon repas entre deux producteurs dans un resto chic d’Hollywood. Trank tente de développer ses personnages, et ce à travers le prisme de Red Richards. Néanmoins, il n’y a que ce vieux Red (enfin, façon de parler) qui se montre un peu intéressant. Le méchant ? Le Dr Doom, est lui aussi plat comme un trottoir, en plus de subir un design digne des pires conventions de cosplay. Ses motivations se résument à détruire le monde, tout ça parce que Red est sur le point de lui piquer Sue Storm… Bon, ok, il y a un peu plus, mais c’est quand même sa principale motivation. Trank a voulu tenter quelque chose de différent avec ce personnage, malheureusement pour lui, il se vautre de la plus belle des manières en nous offrant l’un des méchants les plus ridicules du cinéma super-héroïque.

Fantastic ZZzzzz

Et cela vous est déjà arrivé de vous dire pendant un film « mais qu’ils sont cons, ces personnages ! » ? Eh bien c’est exactement ce qui va vous arriver devant FF. Richards et sa clique sont censés être les humains les plus intelligents du monde. Mais quand le danger guette, ils adoptent le QI d’un coléoptère. Frustrant, surtout quand on connaît l’inventivité de l’équipe dans les pages de comics.

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Il y a plein d’autres choses qui ne vont pas dans Fantastic Four. Un scénario plat qui aurait pu s’adapter à n’importe quel héros (pas forcément super), une photographie froide, des tentatives d’humour vaines, des acteurs qui s’en foutent, des scènes clichées en veux tu, en voilà… la liste est longue. Je m’ennuie très rarement devant un long-métrage, mais ce fût le cas pour celui-ci.

Entre nous, je ne pense pas que Fantastic Four soit le film le plus daubesque de l’année. Vraiment. Néanmoins, c’est certainement le plus soporifique et mal maîtrisé. Pourtant, il y a quand même des choses à sauver. L’utilisation de Doom dans la première moitié, par exemple, est intéressante. De même, le look de la Chose se montre très réussi. Enfin, on peut également saluer les trente premières minutes, loin d’être dégueulasses. Mais la mayonnaise ne prend pas, définitivement.

Verdict

Tentative vaine de rebooter les Quatre Fantastiques au cinéma, le film de Josh Trank se piège lui-même dès ses premières minutes et n’arrive pas à faire ressentir la moindre émotion au spectateur. Pas d’enjeux, pas d’attachement aux personnages, un scénario mal conçu, les Quatre Fantastiques réussi l’exploit de bâcler en une heure quarante une origin story qui n’aurait dû prendre que vingt minutes. Bref, la Fox se prend les pieds dans le tapis avec cette licence. Mais il nous reste les X-MenET DEADPOOL o/