[Leak] Les #PanamaPapers lèvent le voile sur un scandale d’évasion fiscale mondial

Sur le web

Par Elodie le

Ce week-end, plusieurs journaux internationaux ont dévoilé le résultat d’un an d’enquête et d’analyse de millions de documents fuité d’une firme panaméenne spécialisée dans la création de sociétés-écrans. Politiques, chefs d’État, célébrités, milliardaires, banques et autres hommes d’affaires sont mis en cause dans ce scandale financier planétaire. Nom de code : Panama Papers.

panama_papers_leak_évasion_fiscale

11,5 millions de fichiers leakés des archives de Mossack Fonseca, firme spécialisée dans la création et domiciliation de sociétés offshore. « C’est la plus grande fuite de documents confidentiels de l’histoire », France Tv Info a certainement le sens du teasing, mais n’est pas pour autant éloigné de la réalité.

Voyez plutôt. Dimanche dernier, Le Monde et 106 rédactions internationales (380 journalistes) répartis dans 76 pays et chapeautés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ont dévoilé un an de découvertes, d’enquêtes et d’analyses de fichiers sortis tout droit des archives du cabinet-conseil Mossack Fonseca (du nom de ses fondateurs).

Des milliers d’archives révélant les petits secrets des grands de ce monde. 2,6 téraoctets de données confidentielles sont ainsi sortis des limbes de ce cabinet.

Entre 1977 et 2015, ce ne sont pas moins de 214 000 sociétés-écrans qui ont été créées, réparties dans 21 paradis fiscaux, pour cacher les avoirs d’hommes d’affaires, dirigeants, criminels, chefs d’État, sportifs, célébrités de plus de 200 pays.

Des révélations colossales transmises par une source anonyme début 2015 au journal allemand Süddeutsche Zeitung, qui s’est tourné vers l’ICIJ.

En France, un millier de personnes se seraient attaché les services de la société panaméenne, parmi lesquels les politiques Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du Budget qui a démissionné après la découverte de ses comptes à l’étranger, et Patrice Balkany, mais aussi l’ancien président de l’UEFA Michel Platini ou l’homme d’affaires Patrick Drahi, le boss de SFR/Numericable.

140 personnalités parmi lesquelles 12 dirigeants mondiaux ont enregistré des sociétés offshore dans des paradis fiscaux en passant par le cabinet Mossack Fonseca, précise Le Monde.

Plus généralement, 128 dirigeants politiques et hauts fonctionnaires seraient impliqués de près ou de loin : le président ukrainien Petro Poroshenko, le roi d’Arabie Saoudite Salmane Al Saoud, le président argentin Mauricio Macri, le 1er ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le président syrien Bachar El Assad via son cousin afin de contourner les sanctions économiques internationales, le président des Émirats Arabes Unis Khalifa bin Zayed ou le président russe Vladimir Poutine.

Si son nom n’apparait dans aucun document, Vladimir Poutine hante ces révélations de sa présence. Son entourage, dont Serguei Roldugin, son homme de confiance et parrain de sa fille ainsi que le dirigeant de la banque Rossia, parait s’être extrêmement enrichi de quelque 2 milliards de dollars grâce à des banques d’État ou des entreprises.

Ils auraient « puisé dans l’argent public, au service de l’oligarchie du régime » précise Le Monde. Il serait bien étonnant que « l’œil de Moscou » n’ait pas eu vent, si ce n’est donné son aval, à ces montages financiers complexes souligne The Guardian.
« Des documents montrent comment, grâce au système offshore et à des prêts, des membres du premier cercle de proches de Poutine sont devenus extrêmement riches, explique The Guardian. Les documents suggèrent que la famille du président russe aurait bénéficié de cet argent ».

Le monde du sport n’est pas en reste. Plusieurs personnalités sont mises en cause, dont des golfeurs. Le foot est le sport le plus représenté dans ces documents, avec Michel Platini donc (actuellement suspendu de l’UEFA pour une affaire de corruption), mais aussi Jérôme Valcke (ancien numéro 2 de la FIFA), l’avocat uruguayen Juan Pedro Damiani, membre du Comité d’éthique de la FIFA ou encore le footballeur star Lionel Messi, déjà mis en cause, avec son père, dans une affaire d’évasion fiscale. Il aurait créé une société-écran au lendemain de ses ennuis judiciaires avec le fisc.

Côté célébrité, plusieurs personnalités du monde du spectacle sont concernées dont le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar et son frère Agustin, ou l’acteur Jacky Chan.

29 milliardaires cités dans la liste annuelle Forbes des personnalités les plus riches du monde figurent dans ces fichiers. Tout comme des grands criminels liés aux barons de la drogue mexicains ou encore à des organisations terroristes.

Selon le directeur de la rédaction du Monde, Jerome Fenoglio, « un grand parti national français » est mentionné dans les Panama Papers. Et des banques aussi, dont HSBC, UBS et la Société Générale, qui « administre encore des dizaines de sociétés-écrans dans les paradis fiscaux », précise le magazine Cash Investigation.

Le magazine présenté par Élise Lucet a également eu accès aux documents et consacre l’intégralité de son émission de ce soir à ces révélations.

Comme n’oublie pas de le mentionner l’enquête, toutes ces sociétés offshores ne sont pas nécessairement illégales, à l’instar des fondations ou des trusts. Mais les soupçons d’évasion fiscale n’en sont pas moins importants.

Interpellé par plusieurs internautes qui leur reprochaient leur manque de transparence et le fait que ces données ne soient pas immédiatement accessibles (ils contestent donc le terme de « leak »), Le Monde a tenu à expliquer les raisons de cette non-publication.

Le lanceur d’alerte Edward Snowden, à l’origine des révélations sur le système d’écoutes tentaculaire de la NSA, n’a pas manqué de saluer cette fuite, « le courage est contagieux ».

Wikileaks a depuis publié l’email envoyé par la société Mossack Fonseca à ses clients.

Source: Source