Les dérives insupportables des sites de paris en ligne dédiés à Counter Strike

Par Corentin le

Make-it-Rain

Une petite enquête en trois vidéos du YouTuber HonorTheCall (un, deux et trois) se révèle très intéressante tant elle pointe les dérives des différents business qui entourent le jeu Counter Strike: Global Offensive.

Voici un très bon résumé par h3h3Productions. C’est en anglais, mais vous avez un résumé de la situation un peu plus bas.

Depuis quelques années, il est possible de participer à des « paris » sur des skins d’armes, ces fameux objets qu’on peut obtenir dans CS:GO par différents moyens plus ou moins onéreux. Ces skins peuvent être trouvés en jeu, en ouvrant des coffres avec des clés souvent obtenues contre quelques euros ou bien en les achetant directement à d’autres utilisateurs à un prix qui peut varier de quelques centimes à plusieurs centaines d’euros (voire plus dans certains cas extrême). Notez qu’acheter une clef ou directement un objet sur CS:GO ne demande pas d’être majeur. Ce qui est déjà un problème en soi tant la spéculation est possible.

Les paris en question ressemblent plus à des jeux d’argent qu’à autre chose. Le principe est d’une simplicité enfantine : les joueurs qui y participent mettent des skins dans un pot commun (en respectant une fourchette de valeurs) et l’un d’entre eux est choisi au hasard par un algorithme. Ce dernier repart avec tous les skins mis dans le pot, ce qui, à coup de centaines d’euros par skin, peut faire très vite monter le gain total. Bien sûr, d’autres sites tiers permettent de convertir ces objets en véritable argent. Vous comprendrez que ce système est extrêmement discutable et permet de créer des jeux d’argent en ligne déguisés en utilisant les skins d’armes CS:GO comme monnaie virtuelle.

Au delà de ce système critiquable et sur lequel Valve a déjà été attaqué en justice, un des sites qui proposent ce type de prestation, CSGO Lotto, est allé encore plus loin dans les pratiques douteuses.

HonorTheCall s’est penché sur TmarTn2, de son vrai nom Trevor Martin et Syndicate, Thomas Cassell. Ces deux Youtubeurs sont extrêmement populaires avec un total respectif d’environ 5 millions et 12 millions d’abonnés. Sur un certain nombre de leurs vidéos, les deux hommes se vantent de gagner des sommes importantes grâce à ce fameux site. Rien ne laisse penser qu’il y a un lien entre CSGO Lotto et eux, les vidéastes expliquant qu’ils viennent de découvrir le site et demandent même pendant la vidéo s’il est possible d’obtenir un partenariat type sponsoring.

La vidéo a depuis été effacée, mais comme on dit : « internet n’oublie jamais rien » et d’autres utilisateurs ont republié les moments importants.

Ce que va découvrir HonorTheCall, c’est que non seulement les Youtubeurs sont payés par CSGO Lotto, mais qu’ils en sont carrément les propriétaires. HonorTheCall a en effet retrouvé sur différents sites les informations administratives de la création de l’entreprise CSGOLotto INC, société basée à Orlando. Son président n’est autre que Trevor Martin et son vice-président Thomas Cassell.

Voyant la polémique monter, TmarTn2 a répondu à HonorTheCall avec des arguments difficiles à prendre au sérieux. Il explique que cela n’a jamais été un secret et que tout était expliqué dans la description des vidéos. Une utilisation rapide de Wayback Machine a suffi à HonorTheCall pour vérifier que les mentions invoquées ont en réalité été ajoutées après le début de la polémique. Il explique également que les réactions de surprise et les différentes déclarations dans ces vidéos suggéraient fortement que TmarTn2 et Syndicate n’étaient en aucun cas affiliés au site.

Pour citer un dernier des très nombreux éléments à charges exposés par HonorTheCall, il explique comment les sites de paris CS:GO sont capables de modifier eux-mêmes les algorithmes pour changer les probabilités de victoires. HonorTheCall conclut sur le fait qu’aucun site de paris sérieux ne laisse leur employé prendre part à des paris.

On est encore une fois face à une situation qui devient hors de contrôle et dont Valve semble bien s’accommoder. En effet, la société de Seattle touche une commission sur la moindre transaction entre les joueurs, en plus de l’argent directement obtenu sur la vente de clefs. Ce n’est pas la première situation dans laquelle le statu quo est favorisé par Valve ce qui pénalise d’autres acteurs de l’industrie. Il y a quelques jours, tinyBuild avait violement apostrophé G2A sur la revente de clefs obtenues illégalement, ce qui créerait un moyen facile de blanchir de l’argent. Une des solutions seraient évidemment de laisser tomber le système clefs, mais cela ne va pas dans l’intérêt de Steam qui voit dans le marché gris, un moyen très efficace d’augmenter efficacement le nombre de comptes actifs sur Steam.

Paris déguisés, blanchiment d’argent, il serait étonnant que l’image immaculée de Valve le reste encore bien longtemps si ces pratiques continuent à se développer en marge de Steam.

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