[Critique] Harry Potter et l’Enfant maudit

Cinéma

Par Cyril le

Harry Potter et les Reliques de la Mort était le dernier volet de la saga écrite par J.K. Rowling. L’histoire du sorcier était finie, complète, et l’auteure ne voyait pas de raison d’y revenir. Autant dire que l’annonce de l’arrivée du sorcier à lunettes au théâtre (!) dans une nouvelle aventure originale (!) avait suscité les réactions les plus diverses. Parvenir à réinventer sur les planches un univers dont le public avait déjà eu une retranscription visuelle par les adaptations cinématographiques était déjà un défi en soi, mais la promesse d’une nouvelle aventure avait de quoi suspendre le souffle d’une génération entière de lecteurs.

Réservations complètes mais script disponible

Si, pour des raisons évidentes, nous ne pouvons témoigner de la réussite de la pièce (les réservations sont complètes jusqu’en mai 2017), la sortie du script en librairie juste après la Première de samedi dernier nous permet néanmoins de juger de son contenu.
Précision : l’histoire vient de J.K. Rowling, Jack Thorne et John Tiffany, ces derniers étant respectivement auteur et metteur en scène de la pièce, contrairement au futur film Les Animaux Fantastiques, pour lequel Rowling est seule auteure et rédactrice du scénario.

Harry potter and the cursed child bannière

Critique garantie sans spoiler

Synopsis officiel : Il a toujours été difficile d’être Harry Potter, et ça ne l’est pas plus maintenant qu’il est marié, employé débordé du ministère de la magie et père de trois enfants. Alors qu’il se débat avec un passé qui refuse de rester à sa place, son plus jeune fils Albus doit supporter le poids d’un héritage familial qu’il n’a jamais voulu. Tandis que le passé et le présent s’entremêlent dangereusement, le père et le fils apprennent la désagréable vérité : parfois, les ténèbres viennent de là où on ne les attend pas.

Harry Potter et l’Enfant mauditdébute exactement là où se terminait le dernier volet, à savoir ce fameux épilogue qui avait laissé une impression mitigée à de nombreux lecteurs. L’occasion de rentrer en douceur dans la pièce en voyant la même scène sous un nouveau traitement stylistique dû aux répliques et didascalies. Les quelques années passées loin des personnages rendent le saut temporel (dix-neuf ans se sont écoulés depuis la bataille de Poudlard) plus naturel que dans l’épilogue originel, l’idée d’un Harry adulte accompagnant son fils sur le quai 9 ¾ la veille de sa première rentrée ne provoquant plus de décalage.

Je ne révélerai rien de plus sur l’histoire, sinon qu’elle met en scène un grand nombre de personnages déjà connus des lecteurs, les nouveaux étant rares mais au centre de l’action. Le nombre de lieux apparaissant au cours de la pièce est quant à lui assez impressionnant et laisse songeur sur les astuces de mise en scène nécessaires à une telle succession d’endroits différents. L’imagination ne souffrant heureusement pas de limites, on visualise très facilement le déroulement de l’action, bien aidé par la représentation de l’univers déjà effectuée dans les films adaptant la saga (s’il est bien un point qu’on ne peut leur reprocher, c’est bien celui-là).

Harry, Giny et leur fils Albus
Harry, Giny et leur fils Albus

Un cadeau pour les lecteurs des romans

Le scénario en lui-même se révèle un véritable cadeau pour les lecteurs des romans et réussit à proposer une histoire prenante sans trahir la saga originale. Bien sûr, il y aura des débats sur certains points : il faut composer avec le changement du mode de fonctionnement d’un objet déjà connu, brièvement justifié, et l’introduction d’un personnage particulier divisera beaucoup, mais le récit se montre très réussi dans l’ensemble. On retrouve un canevas classique (à l’image du policier des premiers romans) se déroulant dans l’univers d’Harry Potter et, s’il s’agit davantage d’un retour à l’univers que nous connaissons tous que d’un véritable prolongement de la saga. Le tout est fait avec une maîtrise et une justesse de ton qui fonctionnent parfaitement.

Les thèmes centraux de la saga sont en effet repris sous l’angle de la nouvelle génération et du passage de témoin : amitié, importance du choix, amour filial et mort tissent à nouveau la toile de fond servant de moteur aux protagonistes. Les enfants des différents personnages, loin d’être de simples redites, développent une personnalité propre et se montrent très attachants, tandis que les anciens héros devenus adultes dévoilent de nouvelles facettes de leurs caractères sous l’éclairage de la parentalité.

Composée de deux actes pour des raisons de longueur lors des représentations (l’ouvrage papier compte pour sa part 227 pages), la pièce se montre équilibrée et les nombreuses scènes alternent entre action et développement émotionnel. On regrettera cependant une dernière partie plus classique dans sa composition scénaristique et qui laisse une impression mitigée en raison du fameux personnage mentionné plus tôt.

Drago et son fils Scorpius
Drago et son fils Scorpius

La magie opère encore

Une fois l’ouvrage refermé, c’est le plaisir pris durant la lecture qui prédomine et ne laisse aucun doute sur le fait que la magie a de nouveau opéré. La lecture du texte soulève énormément de questions sur la mise en scène et donne très envie de voir la pièce, qu’on ait apprécié ou non le scénario. Quand on voit ce dont est capable le théâtre avec peu de moyens (courez voir Le porteur d’histoire si vous en avez l’occasion), on se dit qu’avec beaucoup de talent et de moyens, le spectacle doit largement valoir le détour !

P.S : Jack Thorne est également responsable du script sur la future adaptation de la trilogie À la croisée des mondes par la BBC. Vu la qualité de l’écriture du script d’Harry Potter et l’Enfant maudit, les fans de Lyra n’ont aucun souci à se faire…

Le site officiel, c’est par ici