[Interview] On a rencontré Raymond Domenech et on a parlé foot et technologie

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Par Mathieu le

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Ça vous dit de défier Raymond Domenech ? Sérieusement ? Très bien, sachez qu’il est actuellement l’ambassadeur du jeu « L’entraîneur » disponible directement sur le site de Winamax grâce auquel il vous sera possible de mettre en lumière vos talents de coach. Votre objectif se veut simple : sélectionner les meilleurs footballeurs qui composeront votre équipe afin de cumuler le maximum de points. Un Football Manager en ligne donc, mais grâce auquel il vous sera possible de gagner réellement de l’argent. Plutôt sympathique non ?

Mais que vient faire Raymond Domenech dans cette histoire ? L’ancien sélectionneur de l’Equipe de France de football (2004-2010) a été choisi pour vous donner les meilleurs conseils. Forme des joueurs, valeurs sûres, coup de folie, il nous présente chaque semaine ses choix et vous donne la possibilité de les suivre…ou pas. Rencontre avec une personne souvent décriée mais toujours présente pour répondre à nos questions.

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Vous allez nous donner chaque semaine vos conseils en tant qu’ambassadeur pour Winamax pour des paris. Est-ce qu’on peut être un très bon entraîneur et un mauvais parieur ? Ou le contraire ?

Tout à fait. Les deux sont possibles. Toutes les combinaisons sont imaginables. Il n’y a pas de solution. En général l’entraîneur a un regard sur le niveau et la qualité des équipes. On se trompera moins souvent que celui qui fait cela occasionnellement. On a une structure et une vision des équipes qui nous permet d’être bon sur la durée. C’est comme les joueurs de Poker en fait, si on joue contre le champion du monde une heure, on a une chance de gagner, mais si on doit faire ça toute une journée, on est mort. On est à peu près dans la même situation car sur le long terme, le spécialiste qui travaille vraiment dans ce milieu a plus de chances.

Est-ce que FIFA ou Football Manager peuvent aider à mieux comprendre les choix des entraîneurs ?

Pas du tout. Sur votre ordinateur, vous pouvez dire « je vire tel joueur » ou « je préfère tel joueur » mais personne n’arrive pas pour vous dire les yeux dans les yeux « mais pourquoi je ne joue pas moi ? ». La difficulté de ce milieu, c’est l’humain. Ce n’est pas du chiffrage ou du calibrage. Il n’y a pas de « je dépense tant et je fais des économies là ». Vous êtes avec des gens, il faut les faire fonctionner ensemble, vivre ensemble, et il faut être capable d’assumer vos choix, devant eux. Et ça, un ordinateur ou une console ne le font pas. Ils ne vous envoient pas des journalistes ou un joueur qui va vous faire perdre 2 heures pour comprendre pourquoi il ne joue pas ou il est renvoyé. Ce n’est vraiment pas pareil. Ces jeux sont intéressants, ils permettent de connaître les joueurs, le fonctionnement du milieu. Mais la réalité et le côté humain qui font l’essentiel du métier, ils ne l’ont pas.

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Est-ce que vous jouez aux jeux vidéo ?

J’ai un fils de 27 ans qui joue un peu et un autre de 9 ans qui passe pas mal de temps dessus. Mon seul objectif c’est de dire au petit dernier : « Ça fait combien de temps que tu joues là ? STOP ! Tu n’as pas le droit d’y jouer de telle heure à telle heure ! » Je regarde, j’y prête attention, mais je n’y joue pas. Mais c’est intéressant. Surtout que mon petit dernier joue beaucoup aux jeux de football.

Selon vous, est-ce qu’il est possible de devenir un entraîneur reconnu à l’échelle mondiale sans pour autant avoir été footballeur professionnel ?

C’est beaucoup plus compliqué maintenant. C’était possible avant, il y en avait quelques uns qui ont réussi à devenir des entraîneurs de renoms comme Guy Roux, Arsène Wenger ou Gerard Houllier. Ils ont eu du temps, ils ont réussi à construire leurs réputations, ils ont une vraie forme de culture. Ce sont des entraîneurs qui ont commencé par des petites équipes et ils ont grandi avec et tout d’un coup ils ont été considéré par rapport à leur métier. Aujourd’hui, un entraîneur comme ça, il fait un mois dans un club, parce que les joueurs qu’il a en face de lui ne lui accorderont jamais de crédits. S’il arrive et qu’il dit « J’ai une licence de mathématiques », ses joueurs vont lui répondre « très bien, va faire des maths, nous on joue au foot, toi tu n’y connais rien » .

Zidane, c’est donc le parfait exemple ?

Oui, exactement. Ce rapport d’équilibre et de force médiatique fait qu’on peut imposer Zidane. Il peut parler avec Sergio Ramos (le capitaine du Real Madrid, l’équipe entraînée par Zidane), pas d’égal à égal mais au dessus. Par contre, si un mec arrive et s’appelle Dupont, par exemple, il va avoir du mal à discuter avec Ramos et lui expliquer comment jouer. Lui il va rire. Même s’il est extrêmement intelligent et qu’il comprend tout, il n’aura pas le temps de s’installer.

Plutôt iPhone ou Android ?

Je suis un ignare total. Tout ce que je veux, c’est un machin avec lequel je peux appeler. Mais je tweet beaucoup, même si je ne sais pas si c’est Android ou Apple. Les téléphones, c’est comme les voitures : quand je monte dans une voiture, il faut qu’elle marche. Qu’elle soit grise, verte, avec 200 chevaux, etc, je m’en fiche. Et pour tout ce qui est médias, c’est pareil. J’ai besoin d’un renseignement, je vais sur internet et ça me suffit. Je ne cherche pas à avoir du supers appareils puissants. Des fois on me demande quelle voiture j’ai et je réfléchis car je ne sais pas vraiment. L’outil n’a pas d’importance mais c’est plutôt ce à quoi il me sert.

Donc vous n’avez pas demandé un smartphone avec un écran tactile haute résolution ou un bon appareil photo par exemple ?

Ah non, pas du tout. J’ai simplement demandé quelque chose qui me permet de téléphoner. Si je peux passer des appels et aller sur internet, ça me convient parfaitement. Je n’ai pas prétention de dire que j’utilise ces appareils à 80 ou 90% de leurs capacités. Personnellement je dois plutôt être aux alentours de 10%.

14317509_10210536566110808_6187478806500640168_nRaymond aime bien faire des selfies par contre !

Quel serait votre 11 de départ de l’équipe de France actuelle ?

Je ne réponds jamais à cette question car j’ai été sélectionneur. Si je donnais mon avis ce serait forcément perçu comme une critique négative puisque je dirais que je ne suis pas d’accord avec les choix de Didier Deschamps et les onze joueurs alignés. Je ne le fais jamais car j’estime que le sélectionneur connait mieux les joueurs qu’il a, la forme du moment, ce dont ils sont capables. Lui sait ce qu’il veut en faire et sait pourquoi il va là et moi je ne suis pas à sa place. Il n’y a pas d’équipe type en plus. Je suis bien placé pour le savoir, je dis d’ailleurs dans mon bouquin (Tout seul, aux éditions Flammarion) qu’en 2006 on a été en finale de Coupe du Monde mais si ça se trouve, quelqu’un à ma place aurait pris d’autres joueurs et aurait fait au moins aussi bien. Le problème c’est qu’on ne le saura jamais. C’est sur le moment et c’est celui qui est en place qui doit faire et personne d’autre.

Antoine Griezmann, ballon d’or ?

Là il est encore un peu jeune, mais il a le profil pour l’être. Une fois que Messi et Ronaldo seront passés, d’autres auront leur chance. Pour l’instant c’est mission impossible. Il est performant en Equipe de France, il marque des buts, il a terminé meilleur buteur de l’Euro. Avec l’Atlético il joue tous les matchs et marque beaucoup. Donc oui, s’il fait une bonne année et que son club fait un bon parcours en Ligue des Champions, il peut prétendre à faire partie des 3 premiers. Mais là cette année, vu que Ronaldo a gagné l’Euro en France, ça ne sert à rien d’assister à la cérémonie, les dés sont déjà jetés. Mais l’année prochaine, pourquoi pas.

Pensez-vous que la technologie dans le sport puisse le rendre fade (notamment avec la vidéo) ?

Pas du tout, je suis un grand défenseur de ce système depuis que je suis entraîneur. Pour moi l’injustice c’est pire que tout. Il n’y a rien de pire que de se dire qu’on peut être floué par une décision arbitrale, volontaire ou involontaire, et savoir qu’on a aucun moyen de recours. La plupart des sports (tennis, rugby, volley) l’utilisent, alors pourquoi le football, l’un des sports majeurs sur Terre, ne le ferait pas. Ça s’est fait il y a peu pour le match amical France-Italie. L’arbitre avait les oreillettes et un autre avait une télévision pour l’aider sur les décisions importantes. Mais ça ne s’est pas vu, c’est donc une preuve que c’est possible. Certes on a déjà la goal line technology (qui permet de voir si un ballon est rentré ou non à l’intérieur des cages) mais moi je suis vraiment pour la vidéo et la venue des nouvelles technologies dans le foot si ça peut éviter les injustices.

Les drones qui survolent les entraînements et permettent d’analyser tout ce qu’il s’y passe, c’est une bonne chose ?

J’espère surtout qu’ils sont présents en direct. Mais moi déjà en Equipe de France, on le faisait ça. On filmait notamment les phases de coup de pied arrêtés et on analysait ce qui était bon et ce qui l’était moins. C’est un plus mais ça doit pas être systématique. L’entraîneur doit être capable d’avoir une bonne vision des gens. L’attitude de quelqu’un a une vraie incidence sur ce qui est en train de se passer et si vous voyez que des numéros, ça n’a plus d’intérêt. Si ça continue comme ça, on leur greffera bientôt des oreillettes et on leur dira « tourne à droite » ou « tire » et ce n’est pas bien. Je reste persuadé qu’il faut garder cet aspect humain. Mais la vidéo permet une bonne analyse et surtout de communiquer avec les joueurs lorsqu’ils pensent qu’on a tort. Si je dis à un joueur qu’il est mal placé sur une action, au moins, j’ai une preuve visuelle. Mais l’humain reste vraiment prédominent même si on ne doit jamais occulter la technique.