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Critique de Good Omens saison 3 : une conclusion douce-amère pour la fin de la série (et de l’univers)

Plutôt qu’une saison complète, la troisième partie de Good Omens n’a eu droit qu’à un ultime épisode d’1h30. Suffisant pour offrir à Rampa et Aziraphale les adieux qu’ils méritaient ?

Il y a quelque chose de cruellement ironique dans le destin de Good Omens. La série adaptée du roman culte écrit à quatre mains par Terry Pratchett et Neil Gaiman dans les années 1990 vient de livrer son ultime chapitre dans des conditions que personne ne lui souhaitait. Cette troisième saison devait compter six épisodes ; elle se résume désormais à un unique long-métrage de 90 minutes, diffusé sur Prime Video ce 13 mai 2026. Le tournant a été pris en 2024, après que plusieurs femmes ont accusé Neil Gaiman d’agressions sexuelles. L’auteur qui avait participé à l’adaptation de son roman pour le petit écran et s’était chargé de l’écriture de cette dernière saison, s’est finalement retiré de la production. Les scénaristes Peter Atkins et Michael Marshall Smith ont eu la lourde tâche de condenser une saison entière en un seul film, sous la réalisation de Rachel Talalay.

Une fin sans son auteur…

La saison 2 s’achevait sur un cliffhanger déchirant. Persuadé qu’il pourra réformer le Paradis de l’intérieur, Aziraphale acceptait l’offre du Métatron de prendre la suite de l’Archange Gabriel dans le Grand Projet, abandonnant sa vie sur Terre, et son partenaire de toujours. Trois ans plus tard, Rampa s’est exilé d’un Enfer dont il a démissionné. Sa Bentley adorée n’est plus, sacrifiée après un pari trop risqué sur une table de jeu. De son côté, Aziraphale, a pris du galon : il dirige désormais le projet du Second Avènement depuis le Paradis, et entend bien changer les règles du jeu. Cette fois, la résurrection du Christ ne sera pas synonyme de Jugement dernier, mais permettra au contraire d’apporter la paix et le bonheur universel dans le monde. Un détournement managérial qui ne plaît évidemment pas aux bureaucrates célestes.

Il fallait s’en douter, le plan déraille. Le Métatron disparaît, le Livre de la Vie s’évapore, et Jésus, pris d’un doute existentiel, redescend sur Terre pour trouver sa voie. Bien décidé à faire la lumière sur cette affaire et à retrouver son Messie fugitif, Aziraphale doit retourner sur Terre et faire équipe avec son ancien partenaire.

Good Omens (1)
© Prime Video

Et sans réel enjeu ?

Le problème, c’est que ce point de départ revient un peu trop vite à son statu quo. Après la déchirure de la saison 2, on s’attendait à ce que plus rien ne soit jamais pareil. Le choix d’Aziraphale et le baiser désespéré de Rampa avaient été présentés comme un point de non-retour entre les deux personnages. Force est de constater que le format compressé n’a pas laissé le temps de prendre la mesure de ces enjeux.

Le récit doit remettre ses pions en place rapidement pour relancer la machine. Il le fait sans toujours réussir à donner du poids à ce qui s’était joué quelques années plus tôt, et c’est franchement dommage. L’adaptation de Prime Video paie le prix fort des accusations qui entourent son auteur. On ne peut que s’en féliciter sur le plan éthique, mais la conclusion méritait définitivement mieux.

Un casting qui sauve tout

Heureusement, l’antagonisme idéologique entre les deux personnages, lui, fonctionne toujours. Aziraphale persuadé qu’on peut changer le monde par la seule force de ses idées ; Rampa convaincu que l’univers est pipé d’avance et que le Paradis ne vaut pas mieux que l’Enfer… La mécanique est connue, mais elle reste l’un des plus beaux moteurs de la série. Et puis il y a Michael Sheen et David Tennant. Deux acteurs de très haut vol, dont la complicité crève l’écran à chaque plan partagé, et dont les accents britanniques continuent de transformer la moindre joute verbale en moment de grâce. Le reste du casting, et notamment l’adorable Muriel campée par Quelin Sepulveda, promue enquêtrice après avoir repris la librairie d’Aziraphale sonne juste. Il ne manquait qu’un épilogue sur Gabriel et Belzébuth pour parfaire cette Cène.

L’intrigue n’a pas la complexité que l’on aurait pu espérer. L’enquête se laisse deviner sans mal, et la conclusion arrive bien trop vite à notre goût. Mais Good Omens n’a jamais été pensée comme une série policière : on y vient pour les dialogues, les flashbacks bibliques détournés, la bande-son toujours impeccable, et le confort d’un univers dans lequel il est bon de se perdre.

C’est dans son dernier acte que le film prend enfin sa pleine mesure. Good Omens choisit de se conclure sur une fable douce-amère, qui interroge frontalement l’utilité de la religion, le libre arbitre, et ce que signifie réellement l’humanité. Le sacrifice qui se joue dans la dernière demi-heure est aussi prévisible que touchant, et réussit même à nous tirer quelques larmes. C’est convenu, sans doute un peu niais sur les bords, mais la conclusion de l’histoire tourmentée entre Aziraphale et Rampa nous serre le cœur jusqu’à son épilogue. On peut reprocher à cet ultime épisode sa facilité scénaristique, mais pas son émotion.

Après les adieux du duo à l’écran, reste un goût étrange. Celui d’un final qu’on aurait voulu plus ample, d’une série amputée par les circonstances autant que par les choix narratifs, et d’un au revoir qui sonne à la fois juste et inachevé. À défaut de sonner la fin du monde, cet épisode de Good Omens sonne la fin d’une époque.

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