[Festival du Film Fantastique] Coups de cœur, surprises et déceptions : notre bilan de Gérardmer 2017

Dossiers / Comparatifs

Par Fabio le

Le Festival international du Film Fantastique de Gérardmer 2017 s’est achevé dimanche avec le couronnement du long-métrage français Grave. Revenons aujourd’hui sur tout ce qui a fait le sel de cette 24ème édition.

The Girl with all the Gifts (Prix du public)
The girl with all the gifts (Prix du public)

En cinq jours, on est passé par toutes les émotions : l’ennui, l’amusement aussi, l’angoisse évidemment. Si la sélection vosgienne a réuni dix longs-métrages de qualité diverse, elle a eu le mérite de représenter de nombreuses facettes du cinéma fantastique, du survival à la SF, ainsi que ses plus emblématiques visages, clown, zombie ou démon. Du génial Grave au très anecdotique Clown en passant par le déroutant Jeeg Robot, voici un résumé de tout ce qui nous a marqué durant ces 5 jours de festival.

La claque : Grave

Végétarienne convaincue, Justine se montre moins convaincante quand il s’agit de refuser la viande crûe qu’on lui intime de manger en marge de son bizutage à l’école vétérinaire. Une ingestion qui va petit à petit révéler les pulsions cannibales de la jeune étudiante… Avec Grave, projeté en dernière position parmi les longs-métrages en compétition, les organisateurs savaient probablement qu’ils gardaient le meilleur pour la faim (ceci n’est pas un lapsus). Le premier film de Julia Ducournau, déjà couronné de succès lors de ses apparitions en Cannes en mai 2016 (Prix Fipresci de la critique internationale pour les sections parallèles) ou encore à Strasbourg en septembre dernier (Octopus d’or et prix du public), a montré tout le talent de la réalisatrice française. Car pour un premier essai, c’est bel et bien un coup de maître.

On retiendra notamment de sa création la forte signature visuelle, matérialisée dans une ribambelle de plans quasi picturaux, notamment quand les étudiants sont ensanglantés ou peinturlurés. Plus encore, derrière le côté choc de sa bande-annonce se cache une oeuvre aussi bien écrite que finement interprétée et qui parvient à retomber sur ses pattes avec une étonnante facilité. En somme, une des sorties de l’année à ne pas rater ; ce sera le 5 mars.

Le coup de cœur : Under the Shadow

Le coup de cœur, il se situait du côté de Téhéran. Le cinéaste iranien Babak Anvari, dont c’est le premier long-métrage, nous raconte l’histoire de Shideh et sa fille, recluses dans leur immeuble depuis les bombardements irakiens, en 1988. À cette menace, sourde, va s’en greffer une autre quand un missile vient à tomber chez le voisin, apportant dans son corps un esprit malveillant. Introduit avec une douceur remarquable, sans bousculer le quotidien des personnages – décrit avec minutie pendant toute la première partie, de même que les aspirations de Shideh -, brillamment interprétés d’ailleurs, l’élément fantastique progresse à petit pas jusqu’à un climax très réussi. Une belle promesse pour la suite, qui a permis à son réalisateur d’être doublement récompensé par le Prix du Jury et le Prix du Jury Syfy.

Under the Shadow est disponible sur Netflix.

Premières réalisations

EntreGrave, Under the Shadow, mais aussi avec Jeeg Robot du réalisateur italien Gabriele Mainetti, les premières réalisations ont fait mouche dans le festival, constituant même, de notre avis, les trois meilleurs longs-métrages de la compétition.

Les femmes dans la lumière

La figure de la femme a pesé lourd dans cette 24ème édition du festival. Au devant des dangers pour repousser l’envahisseur dans Orgueil et Préjugés et Zombies, menacée, attaquée ou même kidnappée dans Split, Clown ou Rupture, elle a même été la clé de la survie de l’humanité dans The Girl with all the Gifts. Quand elle n’a pas collé des pains (et elle en a collé, dans Orgueil et Préjugés et Zombies ou Rupture), elle a protégé avec brio son entourage des pires forces de l’au-delà (Under the Shadow, Clown).

Et même quand elle n’était pas du “bon côté” de la barrière, comme dans The Autopsy of Jane Doe, qui raconte l’histoire de deux médecins légistes autopsiant une inconnue porteuse d’une malédiction, elle reste le personnage qui fait avancer le récit.

Orgueil et Préjugés et Zombies
Orgueil et Préjugés et Zombies

La bonne surprise : Jeeg Robot

Sorti en 2016 en Italie et vainqueur de plusieurs récompenses (7 prix aux Césars italiens l’an dernier, dont ceux du meilleur réalisateur débutant, du meilleur acteur et de la meilleure actrice), Jeeg Robot est un long-métrage étonnant. Jouant avec les codes du film de gangsters, puis avec ceux du super héros, alternant les scènes grand-guignolesques et des moments qui touchent à l’intime, le “monstre” de Gabriele Mainetti déroute, surtout quand le réalisateur n’hésite pas à sacrifier des éléments clés de son histoire pour repartir sur un tout autre cap. On rit puis on pleure, avant d’assister à un duel de super héros naviguant entre le grotesque et l’hilarant. En salles, le 12 avril 2017.

Les animaux (et le ressort humoristique)

Utilisés comme ressorts humoristiques, les chiens de ce festival (dans Clown ou dans Grave) n’ont pas été gâtés par les scénaristes. À traîner trop près des cadavres, on s’attire des ennuis…

La déception : Split de Shyamalan

Au regard de nos attentes, mesurées, on a pas vécu de réelle déception au cours du festival. Le buzz autour de Grave aurait pu le desservir, mais on le répète, le long-métrage de Julia Ducournau nous a conquis. Seul peut-être Split de M. Night Shyamalan, au vu du pedigree de son réalisateur, a pu décevoir, au motif qu’il n’a pas laissé une trace très marquée ; il est d’ailleurs reparti avec aucun des prix décernés.

Si on veut absolument parler de déceptions, il faut chercher du côté des ratés de la sélection, à savoir Realive de Mateo Gil, bavard et prétentieux même si les questions qu’il pose sur la vie éternelle sont intéressantes, et Rupture de Steven Shainberg, qui se révèle finalement assez plat. Dommage, car son casting (Noomi Rapace, Peter Stormare) et l’atmosphère électrique qui flottait dans l’air pendant les premières minutes du film promettaient beaucoup.

Claustrophobie, mon amour

Le dispositif scénique du huis-clos a été beaucoup utilisé par les réalisateurs sélectionnés à Gérardmer puisqu’au moins 4 d’entre eux (dans Split, Under the Shadow, The Autopsy of Jane Doe et Rupture) ont choisi des lieux fermés comme cadre à leur histoire, cadres gardés précautionneusement, cela va s’en dire. Le plus réussi est sans doute le huis-clos d’Under the Shadow, en ça que Shideh et Doria restent cloîtrées volontairement dans le lieu où elles estiment être le plus en sécurité, chez elles (spoiler : elles ont eu tort).

En marge du festival

À coté des 10 longs-métrages en compétition étaient projetés d’autres films ou documentaires dans le cadre du festival. Malheureusement, hormis Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa, qui nous a d’ailleurs déçu, nous n’avons pas eu le temps de les découvrir. À écouter les confrères entre deux projections, les documentaires David Lynch : The art life et Fear itself ou les films Sam was here et Prevenge valaient le coup d’œil. Sans oublier Seuls, qui sortira en salle dans une huitaine de jours.

Ceux dont on a pas trop parlé (et dont on reparlera)

The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal, The Girl with all the Gifts de Colm McCarthy et Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa. Vous trouverez également chez nous les critiques de Split, Grave ou Jeeg Robot un peu avant leur sortie en salles.

Ceux dont on a pas parlé (et dont on reparlera pas)

Clown de John Watts, Realive de Mateo Gil et Rupture de Steven Chainberg. Les 3 longs-métrages qui se sont montrés les moins intéressants de la sélection officielle.