Droits de diffusion : Les FAI poursuivent leur bras de fer contre TFI et M6

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Par Elodie le

Après Orange et SFR, au tour de Free de refuser de payer pour diffuser TF1 sur sa box, comme souhaite l’imposer le patron la chaîne historique, Gilles Pélisson, rejoint récemment par M6.

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Over the top

C’est une guerre larvée qui dure depuis plusieurs mois et ne semble pas trouver d’épilogue : TF1, rejoint par M6, entend faire passer les opérateurs internet à la caisse pour avoir le droit de diffuser leurs chaines, disponibles gratuitement sur la TNT, sur leur box internet.

Ce n’est pas tant l’idée de payer des droits de diffusion que les FAI leur opposent, mais la somme demandée : 10 fois la mise de départ, soit 100 millions d’euros par an, rien que pour TF1, contre 10 millions auparavant.

Un montant multiplié par 10

À ce prix-là, jugé « acceptable » par la chaîne, TF1 leur propose tout de même un bouquet premium comprenant la diffusion de ses chaînes en 4 K (TF1, HD1, NT1, TMC et LCI), ainsi que le replay, l’enregistrement des émissions (NPVR) avec stockage numérique et le retour au début des programmes.

Mais les opérateurs n’en ont cure, outre le fait que le replay est déjà gratuit et que peu de foyers disposent de la 4K, un opérateur tançait TF1 qui « touche l’intégralité des recettes des publicités insérées dans le replay, et ne participe aucunement au coût de diffusion de sa chaîne sur les réseaux: achat de bande passante, etc. ».

Les opérateurs font bloc

Mais TF1 et les autres chaines voient surtout leurs revenus publicitaires fondre, au bénéfice d’internet notamment, et sentent urgemment le besoin de diversifier leur source de revenus.

Peu impressionné par la fronde des opérateurs, Gilles Pélisson leur a même posé un ultimatum : ils acceptent ou TF1 se retire des offres triple play.

Il y a vraiment un problème de partage de valeur à rééquilibrer. Nous sommes très déterminés. Les discussions ne sont pas simples naturellement parce que c’est un changement de modèle. Mais nous voulons aller jusqu’au bout et si cela devenait nécessaire – ce que nous n’espérons pas – aller jusqu’à se passer de diffusion du signal TF1 sur certaines plateformes », indiquait alors Régis Ravanas, directeur général adjoint de TF1 chargé de la publicité et de la diversification.

Ultimatum des chaînes

Et M6 n’a pas tardé à lui emboîter le pas en appelant à la « riposte graduée » dans Les Échos. Le boss de « la petite chaine qui monte » jugeant « absolument indispensable » de rémunérer l’ensemble des contenus proposés et plus seulement le replay.

« Nous sommes extrêmement déterminés à faire rémunérer nos signaux qui produisent de la valeur pour les réseaux, comme cela se fait dans beaucoup de pays. Il est hors de question de ne pas être rémunéré. Notre programme n’est pas gratuit à fabriquer », indique ainsi Nicolas de Tavernost dans les colonnes de Ouest-France.

TF1 a donc fait parvenir une lettre recommandée à tous les opérateurs. S’ils ne retrouvent pas la raison, TF1 les menace de couper le signal de ses chaines, dans un premier temps sur les applications mobiles (ordinateur, smartphone et tablette) et autres services over the top (OTT), le 30 avril, avant de couper le signal dans son intégralité sur les box l’été prochain si aucun terrain d’entente n’est trouvé d’ici là.

Le grand bluff ?

Ce serait une première, mais aussi un sacré pari pour TF1 et M6. Cependant, ce coup de semonce ne semble pas avoir fait ciller les opérateurs. Orange et SFR campent sur leurs positions.

Et pour Orange, le rapport de force lui est largement favorable, l’opérateur représente aujourd’hui 25 % de l’audience cumulée de TF1 : « Est-ce que la chaîne peut s’en priver ? Dans cette confrontation, je n’ai pas de doutes sur la réalité du rapport de force qui nous est favorable », a taclé le patron d’Orange lors du Show Hello, la grande conférence de l’opérateur historique. En outre, Stéphane Richard n’a pas manqué de rappeler que « les télécoms font partie des premiers annonceurs de la chaîne ».

Un argument repris par Free. L’opérateur se range du côté de ses confrères et rappelle que TF1 profite gratuitement de fréquences TNT octroyées par l’État, quand les opérateurs ont dû débourser 3 milliards d’euros pour ces mêmes fréquences.

FAI, chaînes : qui a le plus à perdre ?

« La contrepartie c’est que les chaînes doivent être accessibles à tous les Français, précise l’opérateur. Par ailleurs, 55 % des foyers reçoivent la télévision par autre chose que la TNT. Si TF1 veut passer vite sous les 10 % de part de marché… », tacle-t-on chez Free.

Mais les chaînes tiennent bon : « Ces propos de tribune ne ferment en rien les discussions que nous allons poursuivre avec les opérateurs, Orange compris », tient à assurer TF1.

« Avec 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé et 17 milliards de bénéfices avant impôts, on est en droit d’imaginer que les quatre principaux opérateurs sont en mesure de rémunérer nos contenus à leur juste valeur ».

C’est justement cette « juste valeur » qui est contestée : « Tout le monde aimerait bien avoir des revenus supplémentaires, sans charge », toutefois « est-ce que l’utilisateur, vous et moi, on va payer pour regarder TF1 ? », feint de se demander Stéphane Richard.

Outre-Atlantique, ce bras de fer a été remporté par les chaînes. Face à la grogne des abonnés, mécontents d’être privés de certains contenus, les opérateurs ont cédé. En France, le bras de fer est tout juste entamé.