Automobile : On est monté dans l’un des premiers véhicules autonomes de Renault

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Par Gaël Weiss le

Il y a quelques jours, Renault nous a invités à monter dans l’une de ses premières voitures autonomes. S’il n’était pas (encore) question de prendre le volant, cette démonstration avait pour but de nous montrer l’avancée du constructeur français dans le domaine. Voici nos impressions.

Dans le domaine des voitures autonomes, Renault n’est pas le constructeur qui communique encore le plus sur le sujet. Le constructeur français travaille pourtant sur le sujet depuis de nombreuses années et a même ouvert l’année dernière un Technocentre à Saclay, au sud-ouest de Paris, pour regrouper une cinquantaine d’ingénieurs travaillant en permanence sur le projet.

Une Renault Espace autonome

Le résultat, nous avons pu le tester durant une petite matinée. Renault nous a invités à Boulogne, au siège du groupe, pour monter à bord d’un prototype de voiture autonome. De l’extérieur, à l’exception des autocollants « Autonomous Drive », rien ou presque ne permet de savoir que cette Renault Espace (une Renault Espace 5 de 2015) est autonome. C’est à peine si l’on remarque les boîtiers lidars situés dans les pare-chocs à l’avant et à l’arrière.

En fait, cette Renault Espace embarque énormément de technologies. Au-dessus du pare-brise se trouvent trois caméras avec des focales différentes (courte, moyenne et longue portée). Au niveau des rétroviseurs et des plaques d’immatriculation se trouvent également quatre caméras digitales à 180 degrés pour la détection des objets à courte portée. À tout cela s’ajoute trois boîtiers lidars, un radar frontal, 4 radars d’angle et une ceinture de 20 capteurs ultrasons. Pour être honnête, si Renault ne m’avait pas dit que sa voiture comprenait autant de capteurs, j’aurai été incapable de tous les voir.

Un coffre bourré d’ordinateurs

Pour gérer tout cela, une IA développée en interne par Renault se trouve dans un immense assemblage de PC situés dans le coffre de l’Espace. Et comme vous pouvez le constater, pour l’instant, elle prend beaucoup de place. Renault a tenu à nous rassurer : il s’agit encore d’un prototype et à ce titre, tous les PC et autres machines destinés à contrôler la voiture sont, selon les ingénieurs, « très facilement miniaturisables ».

L’intérieur de la voiture a également tout du prototype. Du côté du conducteur, tout d’abord, le tableau de bord est quasiment identique à celui d’une voiture classique. Seul change l’écran affichant habituellement compteur de vitesse : il arbore ici une couleur bleue lorsque la conduite est « manuelle » et jaune lorsque la conduite est autonome. Pour passer de l’un à l’autre il suffit d’appuyer sur un bouton situé sur le commodo habituellement dédié à la limitation de vitesse. Deux gros boutons rouges sont également présents dans le cockpit, l’un du côté conducteur et l’autre du côté passager : ils permettent d’arrêter la conduite autonome en cas d’urgence. Enfin, un écran de PC affiche en temps réel ce que « voient » les différents capteurs et caméras de la voiture.

Une conduite autonome qui se fait très facilement oublier

Et cette conduite autonome alors ? Quand bien même le modèle à bord duquel nous sommes montés possédait un niveau 4 d’autonomie (pas besoin de regarder la route ni de mettre les mains sur le volant), il a fallu attendre d’être sur une voie rapide – une route à sens unique bien séparée par un terre-plein – pour que l’ingénieur de Renault active l’IA qui va prendre en charge la conduite. Pas question pour l’instant – pour des raisons de sécurité – de l’activer sur le périphérique ou en ville, la voiture n’est pas encore capable de repérer les feux rouges ou les feux de signalisations des voitures. Elle sait repérer les objets qui l’entourent, mais pas encore « lire » les lumières qui l’entourent. Et pas question non plus pour les journalistes présents à la démonstration de prendre le volant.

Quand le compteur de vitesse est en bleu, la voiture est mode manuelle.

Pour autant, une fois la conduite autonome activée, il faut bien reconnaître que le comportement de la voiture était parfait. Ce qui impressionne le plus est sans aucun doute la souplesse de la conduite : les freinages s’effectuaient en douceur, les distances de sécurité étaient toujours respectées, je n’ai jamais ressenti le moindre accoup lors des accélérations et les dépassements – que le conducteur devait systématiquement demander à l’aide du clignotant – ont toujours été parfaits. Il faut toutefois noter que le trafic était particulièrement fluide en ce vendredi matin et que les conditions météorologiques étaient au beau fixe. Renault nous assure toutefois que sa voiture est tout à fait capable de rouler de façon autonome de nuit ou sous la pluie.

Lorsque le tableau de bord est en jaune, la conduite autonome est activée.

Cette petite virée en voiture autonome était vraiment confortable, comme si un chauffeur particulièrement prévenant avait pris le volant. D’ailleurs, après quelques minutes à observer la voiture se débrouiller parfaitement toute seule, la conversation avec Eric Debernard, le chef de Projet Innovation Autonomous Driving chez Renault, et les autres passagers présents dans l’habitacle s’est faite très naturellement, sans que l’on ne se préoccupe plus du tout de la route ou de la circulation. Croyez-moi, on se fait très vite au fait que la voiture se charge de tout et que l’on se concentre uniquement sur des tâches tierces à l’intérieur du véhicule.

Les premières voitures Renault semi-autonome dès 2019

Mais aussi plaisante que puisse être cette conduite autonome, je reconnais avoir été un peu frustré en sortant du véhicule. Quand pourra-t-on enfin voir des véhicules se débrouiller entièrement sur la route depuis le départ dans les bouchons de la ville jusqu’à son arrivée dans un petit village de montagne ? Après tout, on sait que les Tesla se débrouillent déjà très bien et que des Nvidia ou des Intel (avec Mobileye) possèdent déjà des véhicules presque 100 % autonome.

Pour Renault, il n’est pas encore temps et c’est essentiellement une question de loi et de pragmatisme. Les ingénieurs de Renault m’ont en effet expliqué qu’il ne fait aucun doute qu’ils parviendront à créer une voiture 100 % autonome d’ici 2020 et même probablement avant. Le principal obstacle à une commercialisation, ce sera la loi, qui sera plus lente que les ingénieurs (et les clients) à prendre en compte les avancées des voitures autonomes. Renault anticipe déjà le fait que la loi mettra du temps à s’adapter aux nouvelles technologies. Et le constructeur prévoit dans un premier temps d’intégrer des « bouts » de voiture autonome dans ses futurs modèles.

Dans un premier temps, on peut facilement imaginer que la conduite autonome ne sera autorisée que sur les voies rapides ou les autoroutes. Renault peaufine donc sa technologie de conduite autonome sur ces routes et prévoit d’ailleurs de l’intégrer dans ses véhicules dès 2019. C’est dans deux ans, autant dire demain.

Pour Renault l’objectif est en tout cas très clair : montrer au grand public qu’il sait faire des voitures autonomes et qu’il n’a pas peur d’emmener des journalistes pour les essayer en conditions réelles. D’ici quelques mois, le constructeur français nous fera réellement essayer les voitures en nous plaçant derrière le volant. Et je ne doute pas qu’il sera rapidement suivi par d’autres constructeurs, français ou non. Plus que jamais, on sent que le domaine de l’automobile se trouve à un tournant de son existence, qu’il est particulièrement excitant d’observer.