Comment une I.A. a relancé l’affaire Gregory

« Anacrim », c’est le logiciel d’analyse et de représentation visuelle de données utilisé par les gendarmes pour reconstituer la chronologie des jours ayant précédé et suivi le crime afin de relever d’éventuelles incohérences. Grâce à cette intelligence artificielle (I.A.), l’affaire du petit Gregory est aujourd’hui relancée, au moins deux corbeaux ont été « confondus ».

Ex Machina

L’affaire du petit Grégory, 4 ans, retrouvé assassiné, pieds et poings liés, une cordelette autour du cou dans la Vologne (Vosges) en 1984, est une histoire qui hante la mémoire collective française. Une enquête à rebondissements, un suspect libéré et abattu par le père de la victime, un corbeau introuvable ; Plus de 30 ans après les faits, peu d’espoir subsistait pour retrouver le ou les meurtriers de l’enfant.

Mais c’était sans compter sur les avancées technologiques. Plus précisément sur les logiciels utilisés au sein des sections de recherches (SR), et du Service central du renseignement criminel (SCRC), et sur lesquels les analystes criminels sont formés. Un métier qui nécessite un minimum de 10 ans d’expérience.

Anacrim pour dénouer les cold case

Dans cette enquête, c’est le logiciel ANB (Analyst’s Notebook d’IBM) dit « Anacrim » (lire la fiche de la CNIL à ce sujet), qui s’est distingué. Un logiciel de visualisation qui permet, à partir des données de l’enquête, de placer (sous forme de schémas), les différents protagonistes de l’affaire dans le temps et dans l’espace dans les jours précédant et suivant le crime. L’I.A. est ainsi capable de relever des incohérences de témoignages ou d’emploi du temps. Ses conclusions ont débouché sur le placement en garde à vue de trois membres de la famille Villemin, au moins deux corbeaux ont depuis été « confondus ».

capture d’écran du logiciel ANB – IBM

Comment fonctionne Anacrim ? L’analyste criminel alimente une base de données avec tous les éléments utiles de l’enquête, « cela peut être la précision d’une conversation, le lieu et l’heure où un témoin déclare avoir été, etc. », précise le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles (BAC) de la gendarmerie, dans les colonnes du Parisien.

Une IA qui débusque les incohérences

« Si un témoin dit être à tel endroit à telle heure, cette analyse permettra de recouper cette information et de vérifier son authenticité », explique-t-il encore. Le logiciel AnaCri « livrera alors un tableau relationnel entre chaque acteur d’un dossier et permettra d’identifier précisément le rôle de chacun ». Il permet surtout de faciliter le travail des enquêteurs qui doivent frayer au milieu de milliers, voire de millions, de données. Dans l’affaire Gregory, il s’agit de 400 prélèvements d’ADN et 2 000 courriers anonymes : une base de données si vaste qu’elle justifie un délai incompressible, selon la gendarmerie, rapporte Le Monde.

Aujourd’hui, Marcel et Jacqueline Jacob, le grand oncle et la grande tante du petit Grégory, ont été déférés devant le parquet général de Dijon en vue de leur présentation à un juge d’instruction. Il pourrait s’agir des deux corbeaux confondus par les enquêteurs. Les deux ont été mis en examen, respectivement, pour séquestration et pour enlèvement et séquestration.