À l’occasion de la sortie du nouveau Titeuf, on a rencontré Zep et on lui a posé quelques questions

bande dessinée

Par Mathieu le

Zep, l’auteur du tant apprécié Titeuf était à Paris. Le Suisse de 49 ans se rendait dans la capitale à l’occasion de la sortie du quinzième tome de son petit héros à la mèche blonde. Et c’est dans une boutique France Loisirs fermée pour nous, dans le quinzième arrondissement, que nous avons pu rencontrer un homme aussi attachant que son personnage. Retour sur une rencontre simple avec un auteur pô comme les autres.

En tête-à-tête avec Zep

Entre le premier tome « Dieu, le Sexe et les Bretelles » et « À fond le slip ! », vingt-cinq années se sont écoulées. Comment fait-on pour garder de l’inspiration et trouver de nouvelles idées ?

Ce qui est bien c’est que le monde change en 25 ans. Comme le champ d’action de Titeuf, c’est son observation du monde, je dirai que dans chaque album il y a de nouveaux sujets qui arrivent. Puis, moi je change, mon lien avec l’enfance change. Quand j’ai commencé Titeuf, j’étais un jeune homme et je n’avais pas d’enfant. Aujourd’hui je suis papa, j’ai cinq enfants donc j’ai aussi d’autres repères, une autre documentation, un autre regard sur l’enfance. Mais l’idée c’est toujours de faire la même chose, se mettre dans la peau de ce petit bonhomme et puis de regarder le monde. Mais pour chaque album, il y a forcément de nouveaux sujets qui arrivent.

Les lecteurs grandissent, mais Titeuf lui, jamais. Est-ce que vous avez déjà eu envie de réaliser un tome axé sur son adolescence et la découverte de l’âge adulte ?

En fait, j’ai eu envie à un moment, vers le Tome 5. J’ai fait un album sur l’adolescence, qui s’appelle Happy Girls, mais sans Titeuf. Je trouvais ça amusant de le faire passer dans la puberté vue que c’est à la fois son inquiétude et son souhait, mais je me suis dit que je ne pourrais pas revenir en arrière. Si je le fais vieillir, je ne peux pas le faire rajeunir. Il faut choisir le sens où on va. Soit on va en avant, soit on va en arrière. Et je trouvais que c’était perdre beaucoup de choses que de le faire quitter l’enfance car c’est un monde immense à explorer alors que l’adolescence est trop courte. Mais il est possible qu’un jour Titeuf grandisse, mais plus tard, lorsque j’aurais perdu ce lien à l’enfance.

On sent qu’il y a quand même une grande évolution entre les premiers tomes, qui étaient très axés sur la sexualité, et ceux d’aujourd’hui, plus orientés vers des problématiques d’actualité et sociétales. Pourquoi avoir opéré ce changement ?

Ce n’est pas volontaire, ça s’est fait comme ça. Quand j’ai commencé Titeuf, il y avait pour moi une urgence à parler de certains sujets. On a toujours eu cette idée que les enfants ne vivaient pas dans le même monde que nous. Et quand j’ai commencé à dessiner Titeuf en 1992, c’était une période où l’on parlait beaucoup de SIDA et de prévention contre le SIDA. Et je me suis dit que c’était vachement étrange d’aborder cette prévention lorsqu’on est un enfant et qu’on ne sait même pas ce qu’est le SIDA. D’où pas mal d’histoires articulées autour du sexe et de la puberté, mais cela reste un thème important. Dans ce nouveau Tome, il est confronté à la pornographie et c’est une histoire que je n’aurais pas faite avant car il y a 25 ans, la pornographie était moins frontale. Evidemment, certains enfants allaient tomber au moins une fois sur quelque chose en rapport avec le porno, mais c’était plus rare. Tandis qu’aujourd’hui, avec internet, c’est presque obligatoire. C’est donc devenu un sujet comme un autre.

Quand vous commencez un nouveau Titeuf, vous pensez à qui en premier : les nouveaux lecteurs, certainement plus jeunes, ou les anciens qui vous lisent depuis le début et qui ont aujourd’hui une trentaine d’années ?

Ça me fait vraiment plaisir qu’autant de gens me suivent mais quand il s’agit d’écrire, je ne pense pas du tout à ça car ça me paralyserait. Il faudrait que je pense à des gens de 7 ans et à d’autres de 30 ans, et ce n’est pas possible. Je pense surtout à Titeuf, je me mets dans la peau de ce personnage, je me promène avec lui en ville et je réagis avec lui sur divers sujets. J’ai toujours fait comme ça, et ça doit me faire rire moi en premier. Et si ça marche, si ce personnage continue à me faire rire, il a aussi prouvé qu’il faisait rire aussi les lecteurs. J’écris comme si j’étais Titeuf à la première personne mais en même temps je dessine comme un mec de 50 ans. Donc j’ai besoin de faire rire Titeuf mais aussi Zep ; du coup, cela fait un éventail assez large, qui s’élargit même de plus en plus [rires].

Est-ce qu’il vous arrive de regretter certaines blagues et de les retirer ?

J’en enlève beaucoup avant publication. Je fais une centaine de pages storyboardées et j’en garde seulement 46. C’est au moment où l’on compose l’album, on se dit qu’il y a beaucoup d’histoires qui évoquent un seul et même sujet donc je préfère mettre en avant autre chose. Et puis, il y a un nouveau personnage qui vient d’arriver donc on va essayer de le mettre en avant aussi. C’est comme composer le menu de l’album, donc il faut qu’il y ait de tout. Des choses plus mélancoliques, des choses plus potaches, des choses où Titeuf réagit à des sujets sociétaux, etc. C’est plus un dosage qu’une censure. Si un gag me fait rire, je ne vais surtout pas me priver de le mettre et si c’est Titeuf qui peut en rire, encore moins. Tout ce que ce personnage peut dire, ça reste gentil. S’il est blessant, il l’est malgré lui.

Si Titeuf devait avoir un meilleur ami dans les personnages les plus populaires de la pop-culture, ce serait qui ?

Je pense qu’il serait fasciné par les YouTubeurs parce qu’il est à l’âge où il est attiré par la popularité. Et être populaire en faisant le con sur Internet, ça fait rêver. Après, c’est vrai que les enfants ne perçoivent pas tout le travail qu’il y a derrière. Mais lequel l’intéresserait le plus ? Vous me posez une colle car je ne suis malheureusement pas Titeuf. Et puis moi, sincèrement, ça ne m’excite pas plus que ça.

Jusqu’où aimeriez-vous aller avec Titeuf ? Combien de Tomes supplémentaires voudriez-vous écrire et dessiner ?

Franchement je n’imagine pas l’abandonner un jour. Moi j’ai le projet de vivre centenaire, donc encore 50 ans [rires].

Titeuf a toujours été un vrai Geek. L’êtes-vous aussi ?

Non. Pas tellement. Mes enfants le sont et me briefent sur ce qu’il se passe. Moi je suis vraiment à l’âge où ce qui est numérique nous a rattrapé. Quand j’étais gamin, la console c’était Atari (ndlr Atari 2600) et l’on faisait du Pong. On trouvait ça rigolo mais on ne voulait pas passer nos journées à faire ça. Puis après, tout le développement qu’il y a eu, notamment pour les jeux vidéo, moi je n’étais plus là-dedans, j’étais dans d’autres histoires. Pour vous dire, je me suis équipé en informatique en 2000 donc je ne suis pas un précurseur. J’écris et je dessine toujours sur du papier car si je me lance dans des choses technologiques, ce n’est pas très bon.

Titeuf – À fond le slip – Déjà disponible