AMD et Intel, les concurrents de toujours, s’associent pour la conception d’un nouveau processeur très prometteur

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Par Gaël Weiss le

Une alliance entre Intel et AMD ? Ce qui semblait de la pure science-fiction il y a encore 10 ans s’est produit hier, à l’occasion de l’annonce de la technologie EMIB par Intel. Derrière cet acronyme un tantinet barbare (Embedded Multi-Die Interconnect Bridge) se cache en fait une solution prometteuse pour le futur des ordinateurs portables. Il s’agit d’une puce — plus grosse qu’un processeur — sur laquelle sont installés un processeur Intel, un GPU AMD et de la RAM dédiée. Autant de composants qu’il n’y aura plus à installer sur la carte-mère du PC.

Face à la montée en puissance des SoC ARM — qui ne devraient plus tarder à faire tourner Windows 10 — et à l’omniprésence de Nvidia sur le marché des GPU, Intel se sent de plus en plus menacé sur le marché des PC. Il lui fallait donc trouver une solution capable de se relancer, et surtout capable de convaincre les fabricants de PC de les intégrer à leur futur machine.

EMIB fait le pont entre Intel et AMD

Cette solution, elle a pour nom EMIB, pour Embedded Multi-Die Interconnect Bridge. Il s’agit d’une plateforme, une puce dont la taille est plus grosse qu’un processeur, qui permet d’associer plusieurs DIE, des circuits intégrés de tailles différentes, au sein d’une même puce. La première puce de ce type embarquera donc côte à côte un processeur Intel de 8e génération (gravé en 10 nm ?), un GPU AMD Radeon (possiblement gravé en 20 nm) et enfin de la RAM GDDR5 dédiée à cette puce graphique. EMIB se chargera de son côté de faire cohabiter et faire communiquer tous ces circuits intégrés par l’intermédiaire d’une puce de mémoire HBM2.

Cette technologie est particulièrement prometteuse pour les ordinateurs portables du futur. Elle va concrètement permettre d’améliorer sensiblement la puissance des PC tout en réduisant leur taille. D’une part, produire une puce qui embarque un très bon GPU avec sa RAM va permettre d’économiser de la place sur la carte mère, et donc de gagner de la place. On peut facilement imaginer des PC de la taille d’un NUC ou d’une grosse clé USB avoir une puissance comparable à celle d’un laptop de 2017.

Les promesses d’un processeur plus puissant et d’ordinateurs encore plus petits

D’autre part, le fait de placer le CPU et le GPU sur la même puce devrait permettre de gagner théoriquement en puissance et en vitesse de calcul. C’est en tout cas la promesse d’Intel avec EMIB, puisque la mémoire HBM2 devrait permettre au CPU et au GPU de communiquer bien plus rapidement que sur une carte mère classique. D’autre part, le GPU embarqué devrait également être plus puissant que les GPU intégrés habituels d’Intel.

Les caractéristiques techniques concernant EMIB manquent encore cruellement de détails. Mais la question que tous les observateurs se posent est de savoir pourquoi Intel a fait appel à AMD, son concurrent de toujours. La réponse est à la fois économique et pragmatique. En choisissant AMD pour s’occuper de la partie graphique de sa puce, Intel admet qu’il ne sait pas concevoir de puces graphiques performantes, capables de séduire les joueurs. Si l’on ne sait pas encore quelle est la nature exacte du GPU d’AMD (Polaris, Vega ?), on sait déjà qu’il s’agira d’un circuit custom bien plus puissant que les Intel HD intégrés dans les Intel Core des générations actuelles.

Une première démonstration prévue pour le début de l’année prochaine

Ce manque de détails techniques pose encore de nombreuses questions. La puissance réelle de cette solution, bien sûr, mais aussi sur sa consommation et surtout sur la chaleur dégagée et sa dissipation thermique. Tout ce que l’on sait pour l’instant, c’est que les premiers appareils équipés de cette technologie seront présentés durant le premier trimestre de l’année prochaine. Il est donc fort probable de voir les premiers PC équipés de la technologie EMIB seront présentés au CES 2018.

Beaucoup d’observateurs pensent néanmoins que l’association d’Intel à AMD n’est pas uniquement motivée par la simple maîtrise des GPU du second. Pierre Lecourt, du site MiniMachines, souligne ainsi qu’avec une puce intégrant un GPU AMD, Intel possède de sérieux arguments pour séduire Apple, qui utilise depuis longtemps des duos processeurs Intel/cartes graphiques AMD au sein de ses PC et qui rechigne encore à aller voir du côté de Nvidia. Un client d’Intel qui possède également des puces ARM de plus en plus puissantes (son A11 Bionic se révèle plus puissant qu’un Intel Core i5) et que la société américaine ne peut se permettre de perdre.

La technologie EMIB porte en elle de très belles promesses, aussi bien sur le plan économique que technique. Reste maintenant à savoir ce qu’elle donnera réellement dans un véritable PC. Vivement l’année prochaine.