Marine Le Pen rattrapée par la justice pour la publication de photos d’exécutions de Daech sur Twitter

Sur le web

Par Elodie le

La présidente du Front National avait publié des photos du corps sans vie d’un otage de l’organisation État islamique peu après son exécution, soulevant l’indignation des réseaux sociaux. La voici aujourd’hui mise en examen quelques mois après la levée de son immunité parlementaire décidée par l’Assemblée nationale.  

Le 16 décembre 2015, peu de temps après les attentats du 13 novembre 2015 et la tuerie du Bataclan où 130 personnes ont trouvé la mort, Marine Le Pen publiait sur Twitter des photos violentes mettant en scène des victimes de l’organisation État islamique, dont le journaliste américain James Foley en légendant : « Daechc’est ça ! ».

Un parallèle qui passe mal

La députée du Nord Pas de Calais entendait protester contre la comparaison faite entre son parti, le Front National, et le groupe terroriste par Jean-Jacques Bourdin au micro de RMC face au politologue, spécialiste de l’islam, Gilles Kepel :

« Je vais revenir sur les liens entre Daech [l’acronyme arabe de l’EI] et le Front national, enfin les liens… pas les liens directs entre Daech et le FN mais ce repli identitaire qui finalement est une communauté d’esprit, parce que l’idée pour Daech c’est de pousser la société française au repli identitaire ? »

Le dérapage intervient très peu de temps après, par la publication de trois tweets accompagnés de photos d’exécution de trois victimes de l’organisation terroriste : la décapitation de l’américain James Foley, un jeune soldat jordanien brulé vif dans une cage et un soldat syrien de 19 ans écrasé par un tank.

Un délit sanctionné

À l’époque, la grande majorité des médias refusaient de publier ces photos non floutées pour ne pas servir de propagande à l’organisation EI. Mais la présidente du FN trouve bien évidemment du soutien dans ses rangs, notamment en la personne de Florian Philippot (parti du Front National depuis) qui justifiait cette publication « parce qu’il fallait probablement frapper les consciences ». « Moi, je pense que derrière cette affaire-là, il n’y a pas simplement 7 millions d’électeurs français qui étaient insultés, il y a avait aussi l’idée même de patriotisme ». Wallerand de Saint-Just, lui, estimait alors être « en légitime défense après des attaques ».

capture d’écran – Twitter
capture d’écran – Twitter

C’est pour ces photos qu’elle se trouve aujourd’hui mise en examen pour « diffusion d’images violentes » après l’ouverture d’une enquête (le 16 décembre 2015) par le parquet de Nanterre. Délit sanctionné par la loi de prévention de la délinquance, votée en 2007.

« La liberté d’expression est morte »

Celle-ci puni « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ».

Avec son immunité parlementaire levée en novembre dernier par l’Assemblée nationale, la présidente du FN peut aujourd’hui être entendue par la justice. Elle risque jusqu’à 3 ans de prison et 75 000 euros d’amende. À noter que le député apparenté FN, Gilbert Collard, est poursuivi pour des faits similaires depuis le 11 janvier dernier.

L’argument maintes fois usité de la liberté d’expression et de l’oppression n’a pas manqué d’être à nouveau brandi par la chef de file du FN après l’annonce de sa mise en examen.

« La liberté d’expression et de dénonciation, qui est consubstantielle au rôle de député, est morte avec cette décision de basse politique politicienne ».