Pour obtenir un visa américain, il faudra peut-être laisser les autorités fouiller vos réseaux sociaux

politique

Par Anne Cagan le

Les demandeurs de visas américains pourraient à l’avenir se voir contraints d’indiquer les pseudos qu’ils ont utilisés sur les réseaux sociaux ces cinq dernières années. Les numéros de téléphone et les voyages internationaux réalisés sur la même période seraient également passés en revue.

Réseaux sociaux, téléphone, emails… à part peut-être le journal intime, le nouveau projet des autorités américaines ne laisse plus guère d’espace privé aux demandeurs de visa.

Le département d’État souhaite leur demander de fournir tous les pseudos utilisés ces cinq dernières années sur une sélection de réseaux sociaux. Les demandeurs de visa pourraient également se voir réclamer les adresses mails et les numéros de téléphone utilisés ainsi que les voyages réalisés dans le monde sur cette même période.

Étendre le contrôle renforcé à tous

Pour l’heure, de telles informations ne sont demandées que lorsque le demandeur fait l’objet d’un contrôle renforcé. C’est par exemple ce qui se produit lorsque la personne voyage dans des zones contrôlées par des organisations terroristes.

Mais le département d’État semble bien décidé à élargir ce contrôle. Si le projet ne concerne pas les voyageurs diplomatiques ni les responsables gouvernementaux, il vise en effet aussi bien les demandeurs de visa tourisme que le personnes souhaitant immigrer aux États-Unis.

Le cas de l’ESTA n’est pas évoqué dans le projet

Le projet ne fait en revanche pas mention de l’ESTA, cette procédure simplifiée qui permet aux ressortissants de plusieurs pays (dont la France) de rester 90 jours aux États-Unis sans avoir à passer par la voie classique. Pour l’heure, nous ne savons donc pas si les personnes qui passent par l’ESTA seront concernées.

Le projet est soumis à une consultation publique de 60 jours. Il doit être approuvé par le bureau de la Gestion et du Budget pour entrer en vigueur. Les autorités font valoir que cela permettrait d’identifier des extrémistes potentiels comme ceux responsables de la fusillade de San Bernardino (ils avaient prôné le “djihad” sur les réseaux sociaux avant d’obtenir un visa). L’American Civil Liberties Union s’est, elle, vivement inquiétée des effets d’un tel projet sur la liberté d’expression et d’association.

“Les gens doivent désormais se demander si ce qu’ils disent en ligne ne risque pas d’être mal interprété ou mal compris par les autorités”, a précisé Hina Shamsi, directrice du projet relatif à la sécurité nationale de l’ACLU.

Hina Shamsi craint notamment qu’avec ce contrôle renforcé, les demandes de visa de personnes venant de pays à majorité musulmane ne soient pas traitées équitablement.

Source: Reuters