Une thérapie aux cellules souche pourrait vaincre la calvitie

Science

Par Antoine le

Une équipe de chercheurs de l’université de Sanford Burnham Preybs a développé une technique permettant de faire repousser des cheveux à partir de cellules souches. Une technique qui s’annonce d’ores et déjà très chère, mais efficace, et pourrait bien être le début de la fin de la calvitie pour les plus fortunés.

Des scientifiques ont recréé une chevelure d’apparence naturelle, grâce à des cellules souche. Une découverte qui pourrait bouleverser les pratiques dans le milieu des implants capillaires. Une équipe de scientifiques de l’université de Sanford Burnham Prebys a mis au point une nouvelle technique permettant de faire pousser des cheveux d’apparence naturelle à travers la peau, en utilisant des cellules souches dites pluripotentes induites (iPSCs). Ces cellules ont la particularité de pouvoir se différencier en une large gamme de cellules différentes.

Ils ont pour cela mis au point un nouveau protocole, destiné à palier les principales lacunes qui empêchaient d’envisager une utilisation en conditions réelles. Et avec succès, puisqu’ils ont réussi à faire pousser des cheveux humains sur une souris !

© Sanford Burnham Preybs

Plusieurs années d’expérimentation autour des cellules souche

Alexey Terskikh, professeur responsable du programme Développement, Âge et Régénération, avait déjà commencé ses expériences sur la culture de follicules dès 2014. Plus récemment, son équipe avait réussi à faire pousser des cheveux sur des souris à partir de cellules souche en 2017. Mais le processus était incontrôlé et donc inutilisable en l’état : en implantant simplement les follicules dans la peau, ceux-ci poussaient n’importe comment… et surtout vers l’intérieur de la peau.

© Sanford Burnham Preybs

Cette nouvelle avancée permet donc à Terskikh de se montrer très confiant :

Nous avons désormais une méthode robuste et contrôlée pour générer des cheveux d’apparence naturelle, en utilisant une source illimitée de cellules dermiques produites à partir d’iPSCs. C’est une avancée majeure dans le développement de thérapies cellulaires pour la perte de cheveux, et la médecine régénérative en général

Pour cela, l’équipe s’est intéressé aux follicules pileux. Ce sont des structures annexes de la peau, en forme de fosse, au fonctionnement unique dans le corps humain puisqu’ils se renouvellent régulièrement de manière parfaitement autonome.

Un follicule pileux. Le repli à la base représente la papille dermique. | © WikiCommons

Tout au fond de ces follicules pileux se trouve une structure nommée papille dermique. Cette papille est elle-même constituée de fibroblastes un peu particuliers. En temps normal, ces cellules servent à la structure du corps humain : ils font partie de ce qu’on appelle le tissu conjonctif. Mais les fibroblastes de la papille dermique ont une particularité : non seulement ils contiennent des cellules souche, mais ils émettent aussi des signaux chimiques qui induisent la prolifération et la différenciation des cellules aux alentours, essentielles à la croissance du follicule – et donc par extension, du cheveu.

Ils ont donc utilisé des souris génétiquement modifiées, immunodéficientes et complètement glabres (et donc dépourvues de follicules pileux). Ils leur ont inoculé des cellules épithéliales de souris, combinées avec des cellules de papille dermique humaine dérivées d’iPSCs. Pour éviter qu’ils ne poussent vers l’intérieur comme lors de leur expérience de 2017, ils ont ensuite implanté des sortes d’échafaudages imprimés en 3D et résorbables, faits d’un matériau analogue à certains fils chirurgicaux : cela a permis de guider la croissance des cheveux à travers la peau, une barrière naturellement difficile à traverser. Un peu comme un tuteur dans un potager. Cela permet la croissance de follicules pileux humains, prêts à être transplantés chez un receveur.

Une méthode qui s’annonce chère mais efficace

Par rapport aux autres méthodes d’implantation capillaire, celle-ci a l’avantage de pouvoir fournir une quantité quasiment infinie de follicules pileux à partir d’une simple prise de sang. Mais faire pousser plusieurs dizaines de milliers de follicules, les transplanter, imprimer en 3D les tuteurs et les implanter s’annonce très cher, même selon les standards de l’implantation capillaire pourtant déjà hors de prix (plusieurs milliers d’euros par séance). Reste à voir comment se passeront les essais cliniques, qui devraient débuter d’ici un ou deux ans.