Enfermées dans un bunker, ces fourmis rouges étaient devenues cannibales

Science

Par Felix Gouty le

Une colonie de fourmis rouges des bois s’est retrouvée enfermée dans un ancien bunker soviétique. Après les avoir libérées, des chercheurs polonais racontent leur histoire.

La vie a toujours été dure dans la colonie. D’aussi loin qu’elles s’en souviennent, les centaines de milliers de fourmis qui la composent n’ont jamais vu la lumière du jour. Pour se nourrir, elles sont obligées d’attendre que les fourmis du dessus glissent dans la colonne de ventilation et tombent, condamnées, au milieu du vieux bunker. Les repas étaient peu fréquents. Seules les premières arrivées pouvaient se servir … Telle est l’histoire d’une colonie de fourmis rouges des bois (Formica polyctena) emprisonnée malgré elle après la condamnation d’un ancien bunker de l’armée soviétique, en Pologne proche de la frontière allemande.

Enfermées sans lumière et sans nourriture à portée, ces fourmis se sont résignées à un cannibalisme occasionnel, profitant des chutes fortuites de leurs semblables provenant d’une autre colonie installée à l’air libre, au-dessus du conduit de ventilation. 93% des deux millions de cadavres observés sur place par une équipe de chercheurs polonais auraient été victimes de ces fourmis cannibales de l’ombre. « Les cadavres constituaient une source inépuisable de nourriture, ce qui permettait la survie des fourmis piégées dans des conditions par ailleurs extrêmement défavorables », en concluent les entomologistes dans une étude publiée récemment dans Journal of Hymenoptera Research.

Après la découverte de la colonie en 2013, ces derniers avaient finalement décidé de la libérer de sa malédiction en 2016. Pour y parvenir, ils ont extrait une centaine d’individus de cette colonie d’ouvrières afin de les pousser à débuter une nouvelle vie juste à l’extérieur du bunker. Dans le même temps, ils ont positionné une poutre de bois entre le sol et la colonne de ventilation afin, de permettre d’une part aux autres fourmis de la colonie de rejoindre celles de l’extérieur et de donner d’autre part une chance aux pauvres bougres tombés dans le bunker de pouvoir remonter. Un an plus tard, la colonie s’était enfin recréée à l’air libre.