Une thérapie anti-âge à un million de dollars suscite la controverse

Science

Par Felix Gouty le

Une start-up américaine propose, en Colombie, de participer à des essais de thérapie génique anti-vieillissement pour la bagatelle d’un million de dollars. Des essais qui n’ont pas été approuvés par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux.

Photo Matthew Bennett /Unsplash

Tester une thérapie anti-âge en Colombie, cap’ ou pas cap’ ? C’est ce que propose en tout cas Libella Gene Therapeutics. Contre la bagatelle d’un million de dollars, la start-up américaine propose ainsi à des volontaires de participer aux essais d’une thérapie génique anti-vieillissement dans une clinique colombienne à 40 kilomètres de la capitale, Bogotá. Selon l’entreprise, deux Américains auraient déjà payé pour recevoir le traitement dans le cadre d’une étude : un homme âgé de 79 ans et une femme de 90 ans. Libella espère en effet avoir mis au point un traitement limitant le vieillissement naturel du corps, en empêchant la mort des cellules.

La voie explorée par la start-up n’est pas tout à fait nouvelle. On sait que les chromosomes, support génétique présent dans le noyau de chaque cellule de notre organisme, possèdent des télomères situés à leurs extrémités. La longueur de ces derniers s’amenuise après chaque division d’une cellule : les télomères des chromosomes des deux nouvelles cellules sont plus courts que ceux de la cellule-mère. Autrement dit, plus le temps passe et plus les télomères de nos cellules se raccourcissent. Lorsque les télomères ont atteint une certaine taille, la cellule rentre en apoptose et meurt. Certaines cellules – comme les cellules souches ou les cellules cancéreuses – utilisent cependant une enzyme appelée télomérase qui retarde considérablement ce phénomène en rallongeant les télomères. Libella Gene Therapeutics a eu l’idée d’intégrer cette enzyme aux cellules de leurs clients-patients par le biais d’un vecteur viral, dont le matériel génétique comporte une enzyme capable de forcer la synthèse de la télomérase. Le virus injecté pénètre dans les cellules pour insérer son matériel génétique et ainsi les obliger à produire la télomérase en question.

Un traitement, plusieurs inconnues

La proposition de Libella fait toutefois débat parmi le corps scientifique. Si les travaux de Maria Blasco, une scientifique espagnole, ont montré que les traitements visant à étendre les télomères produisaient des résultats intéressants sur les souris, la chercheuse avait en effet jugé que « bien d’autres études devraient être conduites » avant de mener des expérimentations génétiques sur l’humain. Comme le rappelle d’ailleurs une excellente enquête du MIT Technology Review, si l’essai de Libella se déroule en Colombie, c’est parce qu’il n’a pas été approuvé par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. 

« Les dangers (de ce traitement) sont énormes, signale, à la revue, Jerry Shay, expert spécialisé en cancérologie au centre médical de l’université sud-ouest du Texas. Il y a un risque d’activer une cellule pré-cancéreuse à qui il ne manquerait plus qu’une télomérase pour provoquer un cancer. »  Autre point d’inquiétude, le fait que le médecin en charge des tests de Libella soit un chirurgien vasculaire et non un expert en thérapie génique. Le fait de faire payer une somme (si importante qui plus est) aux cobayes passe enfin mal chez plusieurs experts de bioéthiques qui jugent cela très peu fair-play vu que ce sont les patients qui prennent tous les risques dans cette affaire.