L’ADN d’un chewing-gum vieux de 6000 ans permet le portrait d’une jeune fille préhistorique

Science

Par Felix Gouty le

Lola vivait il y a 5700 ans et aimait mastiquer un chewing-gum préhistorique. Ce dernier a été retrouvé, parfaitement conservé, par des chercheurs danois qui en ont extrait une myriade d’informations sur la vie de Lola.

Portrait de Lola, reconstruit grâce à un simple chewing-gum.
Crédits : Tom Björklund.

Elle vivait au niveau de l’actuel site de Syltholm, sur l’Île de Lolland, au Danemark, 5 700 ans avant notre ère. Surnommée “Lola” en écho à son lieu de vie, elle avait les cheveux noirs, les yeux bleus et la peau foncée. Elle aimait le canard et la noisette. Enfin, si son âge reste néanmoins inconnu, elle était probablement atteinte de la mononucléose. Toutes ses informations sont issues d’un simple chewing-gum préhistorique d’à peine quelques centimètres parfaitement conservé. Des archéologues de l’université de Copenhague en ont extrait le génome complet de Lola, à partir de l’ADN laissé par sa salive il y a près de 6000 ans – une première ! A cette époque, durant le Néolithique, Homo sapiens n’était encore qu’un chasseur-cueilleur nomade. Pour construire certains outils, ces chasseurs utilisaient du goudron de bouleau, obtenu après cuisson de morceaux d’écorce de bouleau. Une fois humidifiée ou mâchée, cette pâte à modeler collante devenait aussi malléable que la Patafix. Les scientifiques subodoraient que les hommes préhistoriques pouvaient aussi s’en servir comme d’un chewing-gum, c’est désormais confirmé.

Portrait de Lola, reconstruit grâce à un simple chewing-gum.
Vue d’artiste de Lola, jeune fille préhistorique, dont le portrait a été inspiré par des informations génétiques (Crédits : Tom Björklund).

Ce chewing-gum primitif les aiderait probablement à se nettoyer les dents, à atténuer la faim voire à satisfaire un simple plaisir gustatif. Sur le morceau de chewing-gum fossilisé, les chercheurs ont aussi identifié plusieurs bactéries et virus. Si la majorité de ces microbes étaient inoffensifs (on parle alors de bactéries commensales, celles composant notre microbiote), certains auraient pu être à l’origine de maladies chez Lola : Porphyromonas gingivalis, une bactérie causant la parodontite, des bactéries liées à la pneumonie ainsi que le virus d’Epstein-Barr virus, responsable de la mononucléose.

L’écriture est bien née à cette époque mais au Moyen-Orient, donc dans une toute autre partie du monde. Ainsi, en l’absence de traces écrites relatant la vie de ces populations préhistoriques, cette découverte incongrue est inestimable pour les archéologues tentant de mieux comprendre leurs conditions de vie et leur comportement. Par ailleurs, la présence de ces microbes les renseigne davantage sur la relation entre les humains et leurs pathogènes. “Nos ancêtres vivaient dans un environnement très différent et avait un mode de vie et un régime alimentaire très différents des nôtres. Connaître la composition de leur microbiote est très intéressante vis-à-vis des recherches actuelles le concernant, a souligné dans un communiqué Hannes Schrober, l’un des auteurs de l’étude publiée dans Nature Communications. Cette découverte va nous aider à mieux comprendre comment les pathogènes ont évolué et se sont propagés au fil du temps, en quoi sont-ils plus virulents dans tel environnement et comment pourraient-ils se comporter dans le futur.”

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  • 48 Pages - 08/27/2009 (Publication Date) - Dargaud (Publisher)