La population mondiale se dirige-t-elle vers un déclin avant la fin du siècle ?

Science

Par Felix Gouty le

En juin 2019, l’ONU prédisait que l’humanité atteindrait les 10,9 milliards d’individus en 2100. Selon une nouvelle étude prédictive de The Lancet, ce chiffre pourrait en fait être amputé de 2 milliards face à un taux de fécondité sur le déclin.

Crédits : Engin_Akyurt / Pixabay.

La croissance continue de la population humaine mondiale n’est peut-être pas garantie. Une étude, menée par des chercheurs de l’Institut statistique de santé publique de Seattle (IHME) et financée par la fondation Bill & Melinda Gates, remet aujourd’hui cette hypothèse soutenue par l’Organisation des nations unies (ONU). En juin 2019, l’ONU avait en effet rapporté les prédictions démographiques de ses experts : selon eux, l’humanité a tout ce qu’il faut pour dépasser les 10,9 milliards d’individus d’ici 2100 (contre près de 7,8 estimés en 2020). D’après la fameuse étude publiée aujourd’hui dans la revue The Lancet, l’évolution éventuelle de certains paramètres le contredit. Christopher Murray et ses collègues de l’IHME affirment, après l’évaluation de plusieurs scénarii possibles, que la population humaine devrait davantage approcher les 8,8 milliards à la fin du siècle. Ils prédisent qu’elle ne dépasserait pas un pic de 9,7 milliards, aux alentours de 2064. Pourquoi présumer l’amorce d’un tel déclin ? Car le taux de fécondité moyen pourrait se réduire considérablement.

La Chine perdrait la moitié de sa population d’ici 2100

D’après les estimations de l’étude de l’IHME, l’amélioration de l’éducation de la gente féminine et le développement d’un plus large accès à des moyens contraceptifs pourraient sérieusement ralentir puis inverser la croissance de la population mondiale. Le taux de fécondité devrait effectivement passer de 2,37 enfants par femme à l’heure actuelle à seulement 1,66. Le taux de mortalité, restant globalement le même en dépit d’éventuelles avancées médicales majeures, provoquera d’importantes réductions de population dans un certain nombre de pays dont certains des plus peuplés de la planète. La Chine, par exemple, pourrait voir sa population délestée de la moitié de ses habitants, passant de 1,4 milliards à 730 millions en 2100. D’autres pays, comme le Japon, la Thaïlande, l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou encore la Corée du Sud, pourraient subir peu ou prou le même sort. Sans vague d’immigration conséquente pour compenser ce déclin, les chercheurs soupçonnent que la croissance économique de ces pays devrait grandement en pâtir. De plus, les individus de plus de 80 ans, considérés comme n’étant plus en âge de travailler, seraient six fois plus nombreux qu’aujourd’hui dans le monde (de 141 à 866 millions).

L’Afrique, dernier bastion d’une humanité jeune et fertile ?

Seules certaines régions du monde profiteraient en réalité, selon l’étude, d’une croissance continue et ininterrompue de leur population. L’Afrique sud-saharienne pourrait ainsi atteindre les trois milliards d’habitants d’ici à la fin du siècle. Parmi les nations qui la composent, le Nigeria verrait sa population presque quadrupler dans un tel scénario. Il deviendrait ainsi le deuxième pays le plus peuplé sur Terre, avec 790 millions d’habitants (contre 206 aujourd’hui), juste derrière l’Inde. Cet éventuel rebattement des cartes démographiques devra « entraîner la mise en place de politiques économiques, sociales, environnementales et migratoires adéquates pour s’adapter au taux de fécondité en baisse ». Cependant, « cela ne doit pas compromettre les efforts pour améliorer la santé reproductive des femmes ou le progrès des droits des femmes » insistent les chercheurs.

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