Beyrouth : pourquoi l’explosion avait-elle une forme de champignon ?

Science

Par Antoine Gautherie le

Hier soir, une gigantesque explosion a secoué tout un quartier de Beyrouth, capitale du Liban, et cause de gros dégâts humains et matériels. Très tôt, des observateurs ont cru à une arme atomique à cause de la forme du nuage, mais cette hypothèse ne tiens pas la route. Dans ce cas, pourquoi un tel nuage en forme de champignon ?

Hier, c’est une grande tragédie qui s’est abattue sur le Liban hier en début de soirée. A Beyrouth, la capitale du Pays des Cèdres, une énorme explosion a créé un nuage en forme de champignon au-dessus de la ville, détruit plusieurs bâtiments, fait des dizaines de morts et des milliers de blessés. Très vite, de nombreux commentateurs mal avisés et théoriciens du complot sont montés au créneau, hurlant à la bombe atomique. Dans la foulée, les autorités libanaises ainsi que des observateurs de divers horizons ont cependant réfuté cette hypothèse.

En effet, le fameux nuage en forme de champignon ne fait pas partie des signes distinctifs d’une arme atomique, bien au contraire puisqu’il peut être formé par n’importe quelle explosion ou déflagration assez intense. Lorsqu’une grosse explosion survient, une poche d’air surchauffé est créée. Or, les matériaux chauds ont la particularité d’être moins denses que lorsqu’ils sont froids. Cet air chaud va donc se déplacer différemment de l’air environnant, car moins dense, et créer ce qu’on appelle une instabilité de Rayleigh–Taylor. C’est un phénomène très courant en mécanique des fluides, que vous pouvez d’ailleurs reproduire très facilement en versant de l’huile colorée dans un simple verre d’eau.

Une instabilité de Rayleigh-Taylor© Shengtai Li, Hui Li

Cet air va s’élever à grande vitesse, tout en se heurtant au “plafond” que représente l’air froid au dessus. Cela va avoir pour effet d’aplatir le haut du nuage, pendant que la colonne d’air chaud en-dessous continue de s’élever. Cela va faire tourner la “tête” du champignon sur elle-même, ce qui donne lieu aux circonvolutions que l’on observe aux bords de l’explosion.

Le mouvement des gaz dans un nuage en forme de champignon. © Wiki Commons

Champignon ou pas, aucun signe d’une explosion nucléaire

Et pour conclure qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une arme atomique, il n’y a pas eu besoin d’aller bien loin : les nombreuses vidéos de l’incident qui circulent en ligne suffisent déjà à écarter cette hypothèse. Le premier point, qui se suffirait presque à lui même, c’est l’absence du fameux flash au début de l’explosion. En effet, une explosion nucléaire est extrêmement énergétique par nature. Aux premiers instants de la réaction, un flash bref mais extrêmement intense est émis; si cela avait été le cas, tous les observateurs directs auraient été aveuglés quelque secondes. De plus, tous les capteurs des téléphones avec lesquels la scène a été filmée auraient été surexposés un court instant. On ne remarque pas non plus le fameux “double flash” caractéristique de ces explosions. On peut aussi citer le fait qu’une explosion nucléaire s’accompagne d’une vague de chaleur très intense, capable d’allumer des incendies et de brûler la peau des gens à plusieurs dizaines de mètres à la ronde. Comme l’indique Le Monde, la cause de la tragédie serait selon le Conseil supérieur de la Défendre, l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port.