COVID-19 : certaines personnes pourraient être immunisées sans le savoir

Science

Par Felix Gouty le

En attendant le déploiement d’un vaccin, l’humanité pourrait compter sur l’immunité croisée. Selon une nouvelle étude, plus d’un tiers de personnes saines posséderaient déjà des cellules immunitaires capables de combattre le coronavirus SARS-CoV-2.

Crédits : Netflix.

Si certains le surnomment encore « nouveau coronavirus », le coronavirus SARS-CoV-2, à l’origine de la pandémie actuelle de COVID-19, n’est pas si innovant qu’il en a l’air. Ce nouveau virus est un proche parent de bétacoronavirus pré-existants, parfois à caractère épidémique comme SARS-CoV ou MERS-CoV. Il partage aussi un lien de parenté avec des alphacoronavirus, dont certains, chez l’être humain, sont à l’origine de banales rhinites (ou rhumes). Sa structure moléculaire et son mode d’action ne sont donc pas si étrangers que ça à notre organisme. C’est ce que vient de démontrer une nouvelle étude scientifique publiée dans la prestigieuse revue Nature. Cette dernière atteste que même des personnes n’ayant jamais été infectées par le coronavirus de la COVID-19 possèdent des cellules immunitaires capables de reconnaître et de réagir au virus.

Une immunité croisée pré-existante

83% des patients malades de la COVID-19 comportent des lymphocytes T CD4+ capables de reconnaître un antigène (segment de particule virale d’intérêt pour les cellules immunitaires) spécifique du coronavirus SARS-CoV-2, la glycoprotéine S. Les LT CD4+ ne produisent pas d’anticorps mais peuvent induire les lymphocytes B à en produire pour formuler une réponse immunitaire. Ce même type de lymphocytes T CD4+ s’est aussi trouvé chez 35% de volontaires parfaitement sains, qui n’ont jamais rencontré ce virus. Les LT CD4+ extraits du sang de ces derniers réagissaient tout autant à des particules antigéniques similaires provenant de l’alphacoronavirus humain 229E comme du bétacoronavirus humain OC43, causant chacun un simple rhume. Selon les chercheurs, cela signifie qu’il existe une immunité croisée qui permet à certaines personnes, ayant combattu plusieurs rhumes par le passé, de combattre le coronavirus de la COVID-19 comme si elles l’avaient déjà croisé. « L’impact clinique de lymphocytes T pré-existants réactifs au coronavirus SARS-CoV-2 mérite d’être étudié à plus grande échelle, souligne les chercheurs berlinois à l’origine de l’étude. Leur présence chez une fraction importante de la population pourrait avoir d’importantes implications concernant la formulation d’un vaccin. »