Des anticorps qui neutralisent le COVID-19 pourraient le soigner, sans vaccin

Science

Par Felix Gouty le

En attendant la distribution d’un premier vaccin dans plusieurs mois, deux équipes de chercheurs se sont intéressées à la possibilité de formuler des remèdes à base d’anticorps provenant de personnes infectées du coronavirus SARS-CoV-2 ou de son prédécesseur, le SARS-CoV.

Les anticorps dans l’ancienne série animée “Il était une fois … la vie” (Crédits : Procidis).

Le monde entier entre bientôt dans le sixième mois de cette pandémie de COVID-19. Pour tenter d’y mettre un terme, biologistes et médecins cherchent par tous les moyens un “remède” efficace contre cette nouvelle pneumonie virale, d’antiviraux d’origine végétale comme la chloroquine à des modes de vaccination diverses. Une troisième option de traitement est actuellement en cours d’étude et a pour centre d’intérêt les anticorps. Ces protéines immunitaires peuvent en exister en autant de variétés qu’ils existent d’antigènes, des molécules étrangères (comme un virus), à intercepter. Dans le cas d’une infection virale, les cellules du système immunitaire reconnaissent un épitope, une structure moléculaire marquante des molécules virales étrangères, et produisent des anticorps capables de s’y arnacher. De cette manière, diverses cellules immunitaires vont pouvoir éliminer les particules virales et éradiquer l’infection. Il est parfois possible d’identifier le bon anticorps et la cellule qui l’a produit. Les scientifiques sont alors ensuite capables de la reproduire en grande quantité pour générer un grand volume d’un même anticorps, que l’on nomme anticorps monoclonal. Les anticorps monoclonaux sont souvent utilisés dans le cadre d’immunothérapie contre des cancers. Parfois plusieurs anticorps monoclonaux, ciblant un même antigène, sont combinés pour assurer un meilleur résultat et éviter une résistance éventuelle.

Des chercheurs de l’université Beida (ou Peita) de Pékin affirment, dans une étude bientôt publiée dans la revue Cell, avoir mis la main sur un cocktail d’anticorps monoclonaux capables d’écarter le COVID-19. Ils ont extrait du sérum sanguin de 60 patients infectés par le coronavirus SARS-CoV-2, ou virus du COVID-19, des anticorps et les ont testé chez des souris auxquelles ils ont inoculés ce dernier. “Au bout de cinq jours, leur charge virale avait été divisée par 2 500”, assure Sunny Xie, directeur de cette étude et du Centre d’innovation avancée en génomique de Pékin (voir ci-dessous). L’étude révèle, de plus, que si l’on injecte des anticorps à une souris avant de lui administrer le virus, elle reste à l’abri de l’infection. “Cela signifie que ce médicament potentiel a un effet thérapeutique, même sans vaccin”, soutient le chercheur chinois. Néanmoins, pour réellement prouver son statut de “remède”, ce cocktail va devoir passer par des essais cliniques chez des personnes actuellement infectées.

Une autre équipe de chercheurs, provenant en majorité de l’université de Washington à Seattle et de la société suisse Humabs Biomed, atteste, elle aussi, avoir découvert un potentiel remède similaire. Dans une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature, les scientifiques américains et suisses décrivent avoir identifié un anticorps monoclonal, qu’ils ont appelé “S309”, doté d’un “pouvoir neutralisant.” Ils l’ont extrait d’une bande de 25 anticorps produits par un même individu qui avait contracté le SRAS, en 2004. Pour rappel, le coronavirus SARS-CoV responsable du SRAS est considéré comme le plus proche parent du coronavirus SARS-CoV-2 actuel. Selon L’Express, l’anticorps monoclonal S309, associé à deux autres anticorps du lot, serait capable de neutraliser n’importe quel sarbecovirus (le sous-genre de coronavirus auquel appartiennent le SARS-CoV et le SARS-CoV-2) car il reconnaît et s’agrippe comme un épitope commun. En effet, cet anticorps reconnaîtrait la fameuse protéine “spike”, ou “S”, à la surface des virions de coronavirus du COVID-19 mais aussi du SRAS. C’est notamment grâce à cette protéine S que les virions s’arriment à leurs cibles, les récepteurs ACE2 de nos cellules pulmonaires, et les infectent. Selon les chercheurs, la formulation assez rapide d’un traitement basé sur leurs découvertes pourrait conférer une immunité temporaire suffisamment efficace pour enrayer, d’ici plusieurs mois, une seconde vague dans l’œuf. La distribution, quelques mois plus tard, d’un premier vaccin pourrait peut-être servir de coup de grâce.

Il était une fois La vie -...
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