Embryons humains génétiquement modifiés : des chercheurs demandent plus de régulation

Science

Par Felix Gouty le

Suite à la controverse entourant la modification génétique des deux embryons de jumelles chinoises en 2018, une assemblée de chercheurs américains et britanniques appelle l’OMS à limiter fortement la pratique.

Crédits : Pixabay.

La technique de « ciseaux génétiques » CRISPR/Cas-9 a bel et bien révolutionné la génétique. Une assemblée de scientifiques appelle aujourd’hui à mieux la réguler. Une commission internationale de 18 chercheurs et médecins de l’Académie américaine de médecine et des sciences et de la Royal Society du Royaume-Uni publie aujourd’hui un rapport visant à conseiller l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les recommandations de cette dernière en la matière, qui seront censées faire autorité dans le monde de la recherche à l’avenir, sont attendues pour la fin de l’année.

Les effets secondaires des modifications génétiques pris pour cible

Cette commission s’est formée suite à l’utilisation de la fameuse technique de modification génétique pour rendre résistante au virus du SIDA des jumelles chinoises dont l’un des deux parents est atteint du VIH. En novembre 2018, le chercheur chinois He Jiankui a génétiquement modifié les embryons de Lulu et Nana (les pseudonymes des jumelles) dans l’espoir qu’elles soient immunisées contre la maladie infectieuse héréditaire. Un an plus tard, les premières conclusions de l’expérience attestent que des modifications non-souhaitées du génome ont pu survenir – en parallèle de la modification ciblée – et induire des effets secondaires inconnus à ce jour. En décembre 2019, He Jiankui a été condamné à trois ans de prison pour « avoir illégalement procédé à la manipulation génétique d’embryons à des fins de reproduction », qui plus est après plusieurs révélations sur les conditions de l’expérience. Face à cette controverse scientifique et éthique, la commission internationale de chercheurs souligne aujourd’hui que la science n’est pas prête à mener ce genre d’expériences dans les conditions les plus sûres possibles. « Les embryons humains dont le génome a été modifié ne devraient pas être utilisés dans une optique de reproduction tant qu’il n’est pas garantie que les modifications génétiques précises effectuées n’entraîneraient pas de changements non-désirés du génome, conclut le rapport de la commission. Ce critère n’a, jusqu’ici, pas été rempli. »

Quid de l’utilisation médicale ?

Les chercheurs américains et britanniques ne rejettent néanmoins pas complètement le principe de la modification génétique de gamètes ou d’embryons humains, même à des fins de reproduction. Mais, dans un premier temps, ils souhaitent que cette pratique se limite uniquement à « la prévention de maladies graves causées par la mutation d’un seul gène connu. » Selon Sciences & Avenir, cela pourrait donc être le cas pour les pathologies héréditaires suivantes : mucoviscidose, drépanocytose, thalassémie ou encore la maladie de Tay-Sachs, qui entraîne un déficit intellectuel sévère et une cécité. Cela étant dit, « toute éventuelle autorisation de son utilisation devra se faire progressivement et prudemment », souligne Richard Lifton, président de l’université Rockefeller aux États-Unis et co-président de la commission. Autrement dit, des recherches rigoureuses et des débats éthiques, aux échelles nationales et internationales, seront nécessaires avant l’obtention de telles autorisations.