Un cinquième des émissions planétaires de gaz à effet de serre viendrait des multinationales

Science

Par Felix Gouty le

Les plus grandes entreprises du monde n’émettent pas le plus de gaz à effet de serre dans leur pays d’origine. Elles délocalisent ces émissions dans les pays étrangers où elles implantent leurs usines et chaînes de production. Et, selon une étude, si cette réalité était prise en compte, les multinationales seraient effectivement parmi les premiers responsables de la pollution atmosphérique.

Les usines de charbon sont parmi les principales sources de pollution atmosphérique.
Crédits : Pixabay.

Les émissions de gaz à effet de serre produites par Coca-Cola et Pepsi Co. à travers le monde seraient presque équivalentes aux émissions carbonées de toute l’industrie alimentaire de la Chine et des États-Unis. La société pétrolière BP polluerait plus l’atmosphère avec ses filiales à l’étranger que la réunion des industries américaines, canadiennes et allemandes du raffinage du pétrole. En somme, ces multinationales – et des dizaines d’autres – émettraient le tiers du gaz à effet de serre compris dans l’atmosphère, en grande partie à travers leurs filiales et leurs usines étrangères. Telle est la conclusion d’une nouvelle étude menée par des chercheurs et économistes chinois, britanniques et norvégiens et publiée dans la revue Nature Climate Change.

Un pic d’émissions polluantes en 2011

Les chercheurs ont voulu tracer les émissions carbonées produites par une palette de multinationales, depuis leur pays d’origine mais aussi et surtout depuis les pays où sont implémentés leurs chaînes de production. Entre 2005 et 2016, ce compte des émissions polluantes internationales a atteint un pic en 2011. Ces dernières ont alors participé à émettre 22% des gaz à effet de serre emmagasinés dans notre atmosphère cette année-là. La tendance actuelle serait néanmoins à la baisse, grâce notamment à l’emploi de technologies “plus vertes”. Ainsi, en 2016, ce taux aurait été réduit jusqu’à 18,6%.  L’investissement des multinationales américaines ou chinoises, notamment, ne s’est cependant pas essoufflé depuis. Entre 2011 et 2016, la pollution émise par les succursales indiennes de grandes compagnies américaines serait passé de 48,3 à 70,7 millions de tonnes de CO2. Idem pour les entreprises chinoises ayant investi en Inde, augmentant leurs émissions de CO2 de 0,7 à 8,2 millions de tonnes en cinq ans.

Selon les chercheurs, il est impératif de combattre ce système de délocalisation de la charge polluante des pays développés aux pays en voie de développement. “Prendre en compte les émissions polluantes générées dans les pays investis forcerait les multinationales à rendre des comptes (de manière plus réaliste)”, déclare l’un des co-auteurs de l’étude, le professeur Dabo Guan de l’University-College de Londres, dans un communiqué relayé par IFLScience. “Compter les émissions polluantes réalisées par chaque entreprise à l’étranger pourrait mieux informer les gouvernements et leur indiquer plus efficacement quelles mesures prendre à leur encontre”, concluent les chercheurs dans leur étude.

La planète au pillage
  • Fairfield Osborn (Author)
  • 214 Pages - 10/06/2008 (Publication Date) - Actes Sud (Publisher)