Mis sous pression par ses actionnaires, Microsoft est devenu le premier titan de la tech à se lancer dans une démarche en faveur du droit à la réparation (right to repair dans la langue de Shakespeare). Selon un communiqué de l’organisation d’ actionnaires As You Sow, repéré par The Verge, la firme aurait accepté de se soumettre à une évaluation de la part d’un tiers indépendant.
Son objectif : étudier les retombées potentielles d’un changement de philosophie, qui ferait la part belle à la réparabilité des produits. L’organisme qui sera chargé d’ausculter Microsoft devra donc évaluer “l’impact environnemental et sociétal d’un accès renforcé à la réparation”. Il aura aussi pour mission de déterminer diverses pistes concrètes pour faciliter la réparation des produits. Et ce sur l’ensemble de la gamme, même les Surfaces et les consoles Xbox.
“In a first-of-its-kind victory for the right-to-repair movement, @Microsoft has agreed to take concrete steps to facilitate the independent repair of its devices following pressure from its shareholders.” @Kelly_McBee @cmackerron @grist @themadstone https://t.co/aNuD6QcvF6
— As You Sow (@AsYouSow) October 7, 2021
Dans la foulée, le groupe a aussi fait savoir qu’il comptait effectuer des changements concrets sur la base de ces résultats. Il compte ainsi “initier de nouveaux mécanismes pour permettre et faciliter la réparation à l’échelle locale pour les consommateurs.” Un positionnement qui donne le sourire au groupe d’actionnaires.
Un premier pas encourageant
“J’applaudis la sincérité dont Microsoft a fait preuve durant les négociations de cet accord”, explique Kelly McBee, coordinatrice du programme déchets d’As You Sow. “Les actions de Microsoft démontrent que l’entreprise reconnaît que l’extension de la durée de vie des appareils à travers la réparation est essentielle”, conclut-elle.
Il s’agit indiscutablement d’un premier pas encourageant, connaissant la place centrale qu’occupe la firme dans le paysage technologique. C’est la toute première fois qu’une entreprise de cette taille est directement prise à parti par ses propres actionnaires sur la question du droit à la réparation.
Cette initiative a été immédiatement saluée par de nombreux militants de cette cause, avec l’espoir qu’elle fasse des émules. Car à l’heure actuelle, malgré de nombreuses promesses, la tech souffre toujours des mêmes écueils; beaucoup d’appareils restent encore trop hermétiques aux réparations les plus basiques. Une situation qui continue d’alimenter un cercle vicieux écologique, économique et sociétal dont il devient urgent de sortir une bonne fois pour toutes.
Mais l’initiative de Microsoft, bien que louable, ne sera en aucun cas suffisante pour changer la donne. Pour commencer, les termes de ses engagements restent assez vagues. La formulation pourrait offrir un siège éjectable à Microsoft si les conclusions du rapport n’étaient pas assez intéressantes économiquement.

La route est encore longue
Même en leur laissant le bénéfice du doute, et en partant du principe que Microsoft a a bel et bien pris un engagement sincère, de nombreuses inconnues persistent. Car un tel colosse ne pourra pas faire pencher la balance tout seul. Pour avoir un impact tangible, il faudrait que d’autres grands constructeurs se rangent sous la même bannière. Mais cela fait des années que les plus grands acteurs du secteur se montrent frileux sur cette question. Autant dire tout de suite que ce combat est loin d’être gagné.
Ce qu’il faut retenir de cette affaire, c’est surtout le message que cela envoie. Traditionnellement, tous les grands changements de paradigme ont commencé avec la chute d’un premier domino. On peut donc espérer que cette démarche rencontre assez de succès pour inspirer ses compétiteurs. Dans un monde idéal, cela pourrait devenir un argument de vente tendance; on pourrait alors imaginer que la course à la réparabilité devienne une vraie priorité des marques. On peut toujours rêver !
Mais pour que ce message porte, il faudra s’assurer que le contrat soit rempli. C’est donc aux consommateurs qu’il reviendra de mettre Microsoft face à ses responsabilités s’il continue de se montrer timide après de telles annonces. Car c’est une chose d’enfiler ses chaussures de précurseur… c’en est une autre de les assumer !