Passer au contenu

Didier Raoult mis au pilori par plusieurs grands journaux scientifiques

4 min
16 commentaires
Partagez

La carrière de cette ancienne pointure de la microbiologie continue de sombrer, avec plusieurs études rétractées et des signalements à n’en plus finir.

La pandémie de COVID-19 qui a déferlé sur la planète il y a quelques années a suscité de très nombreux débats sur la vaccination, les protocoles de validation des traitements potentiels, et plus largement sur la recherche et la santé publique. Même si le virus n’a pas complètement disparu, la situation s’est largement améliorée. Et alors que la poussière est en train de retomber, une figure centrale de ces débats se retrouve à nouveau sur le devant de la scène, et pas pour les bonnes raisons ; des journaux scientifiques sont en train de tirer à boulets rouges sur des dizaines d’études directement connectées à Didier Raoult.

Pour rappel, ce microbiologiste de renom a fait la une de la presse internationale à cause de ses prises de position sur l’hydroxychloroquine, un traitement contre la malaria qu’il a présenté comme un remède contre le Covid-19. Pendant des mois, il a publié des tas de papiers sur le sujet avec ses collaborateurs, motivant de nombreux instituts de recherche à explorer cette piste… mais personne n’a réussi à obtenir des résultats à la hauteur de ses revendications. La communauté scientifique en a donc conclu qu’il ne s’agissait pas d’une solution thérapeutique valable, et le gouvernement a promptement mis fin à l’usage de cette molécule dans le cadre du Covid.

Une approche très critiquée de la recherche

L’histoire aurait pu s’arrêter là ; après tout, c’est loin d’être la première fois qu’une piste scientifique jugée prometteuse tombe à l’eau. Mais le sulfureux chercheur ne l’entendait pas de cette oreille. Il a continué ses travaux malgré les critiques, toujours avec la méthodologie peu conventionnelle et très libérale qui est devenue sa marque de fabrique. En effet, Raoult est connu pour sa propension à s’affranchir sans scrupules des bonnes pratiques traditionnelles du monde académique.

Et il ne s’est pas contenté de travailler dans l’ombre. En parallèle, il a aussi multiplié les sorties polémiques avec son sens de la formule pas toujours délicat — pour rester poli —, se disant victime d’une véritable chasse aux sorcières. Des propos qui ont alimenté une image de dissident antisystème très séduisante pour une partie de la population ; il est devenu le chef de file de facto du camp antivax et des opposants à la politique du gouvernement.

Cette exposition a motivé d’autres chercheurs à se pencher de plus près sur l’ensemble de ses travaux, y compris ceux qui ne portaient pas sur le Covid… et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été convaincus par son approche peu conventionnelle. Dans une longue enquête publiée dans la prestigieuse revue Science, ses opposants ont expliqué avoir trouvé des lacunes méthodologiques et violations éthiques flagrantes dans des centaines de papiers.

Un constat qui fait écho à un texte signé en 2023 par de nombreux médecins et chercheurs, qui ont accusé Raoult de s’être livré au « plus grand essai thérapeutique sauvage connu ». Selon Le Figaro, ils lui reprochent notamment « la prescription systématique, aux patients atteints de Covid-19 (…) de médicaments aussi variés que l’hydroxychloroquine, le zinc, l’ivermectine ou l’azithromycine (…) sans bases pharmacologiques solides, et en l’absence de toute preuve d’efficacité ».

Des rétractations en pagaille

Retractation Watch, une plateforme qui documente le retrait de certaines études jugées problématiques, s’est aussi penchée sur le cas du chercheur. Dans son dernier rapport, l’organisation explique que la grande revue scientifique New Microbes and New Infections a émis des « avis de préoccupation » sur pas moins de 101 études directement liées à Didier Raoult. D’autres journaux du groupe PLOS ont fait de même avec 49 autres études qui portaient sur des thématiques variées.

Des chiffres très préoccupants. En effet, ces avis sont des labels qui indiquent aux autres chercheurs qu’il faut prendre les conclusions des études concernées avec des pincettes, car elles pourraient éventuellement être dépubliées après des vérifications plus poussées. Retractation Watch rappelle d’ailleurs que dix études du microbiologiste ont déjà été purement et simplement rétractées à cause de leur méthodologie bancale ou éthiquement discutable.

La chute d’une ancienne sommité

Raoult est évidemment monté au créneau, défendant son approche et affirmant que ses équipes de recherche disposaient de toutes les autorisations nécessaires. Fidèle à sa réputation, il a aussi accusé ses critiques de ne pas comprendre la réglementation française sur la bioéthique et de se livrer à une campagne de cyberharcèlement.

Mais ces protestations ne suffiront pas à faire diversion, et la crédibilité académique de Didier Raoult continue de sombrer. À ce stade, il est difficile d’imaginer que sa carrière pourrait redécoller. Mais il s’agit probablement d’une préoccupation secondaire pour ce chercheur autrefois considéré comme une référence mondiale de la microbiologie, qui est toujours visé par une information judiciaire ouverte en 2022 par le parquet de Marseille pour ses pratiques peu orthodoxes.

Articles sauvegardés