Ils sont de plus en plus nombreux à consulter pour des problèmes auditifs, sans que leur audition soit réellement en cause. Au Royaume-Uni, plusieurs services hospitaliers rapportent une hausse notable des jeunes adultes orientés vers l’audiologie après avoir décrit des difficultés à suivre une conversation dans un environnement bruyant ou à identifier la source d’un son. Les tests ne révèlent pas de déficit auditif classique : c’est la capacité du cerveau à traiter les sons qui semble altérée.
Le cerveau a besoin de sons
Ce phénomène est associé à un trouble encore mal connu du grand public : le trouble de traitement auditif (Auditory Processing Disorder, ou APD). Il s’agit d’une condition neurologique dans laquelle le cerveau éprouve des difficultés à interpréter correctement les sons, bien que les oreilles fonctionnent normalement. En temps normal, ce trouble concerne surtout les personnes neuroatypiques, les victimes de traumatismes crâniens ou celles ayant souffert d’otites durant l’enfance. Mais de nouveaux profils de patients apparaissent, souvent jeunes, citadins et grands utilisateurs de casques à réduction de bruit.
« Il y a une différence entre entendre et écouter », rappelle Renée Almeida, responsable de l’audiologie adulte à l’Imperial College Healthcare NHS Trust. Selon elle, l’augmentation des cas d’APD est préoccupante, car elle révèle une baisse des compétences d’écoute, essentielles à la vie sociale, professionnelle et scolaire. Le cerveau, explique-t-elle, doit être exposé à une variété de sons pour apprendre à filtrer ce qui est important.
Le recours fréquent aux casques antibruit créerait un environnement artificiellement silencieux, empêchant l’exposition naturelle aux bruits de la vie quotidienne. Claire Benton, vice-présidente de la British Academy of Audiology, estime que cela pourrait « désapprendre » au cerveau à faire le tri. « Vous avez presque créé un faux environnement, où vous n’écoutez que ce que vous voulez entendre », observe-t-elle. Elle s’inquiète aussi du fait que les capacités complexes de traitement sonore du cerveau continuent à se développer jusqu’à la fin de l’adolescence.
Si les casques à réduction de bruit présentent des avantages évidents — protection contre les sons agressifs, meilleur confort dans les lieux bruyants —, leur usage intensif chez les jeunes mérite d’être étudié de près. Plusieurs spécialistes appellent à des recherches approfondies pour vérifier si un lien existe avec la montée des troubles du traitement auditif.
Actuellement, les moyens pour diagnostiquer et traiter l’APD restent limités dans le système de santé britannique. Une enquête menée en 2024 révèle que seuls 4 % des audiologistes se disent bien informés sur ce trouble. Le principal centre spécialisé pour adultes affiche une attente de neuf mois, et peu de solutions sont disponibles en dehors du système éducatif.
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