Les réseaux sociaux se sont enflammé autour d’une annonce aussi spectaculaire que fausse de Christine Lagarde. Selon des publications qui ont circulé massivement sur X (anciennement Twitter) et d’autres plateformes, la présidente de la Banque centrale européenne aurait déclaré vouloir se débarrasser des géants américains du paiement comme Visa et Mastercard, ainsi que des solutions en ligne comme PayPal et Alipay. Certains messages vont même jusqu’à affirmer qu’elle souhaite les remplacer par l’euro numérique.
Pas d’interdiction, mais plus d’indépendance
Ces affirmations explosives reposent en réalité sur une déformation des propos tenus par Christine Lagarde lors d’une interview accordée à la radio irlandaise Newstalk le 2 avril dernier. Ces déclarations ont en fait été sorties de leur contexte original pour alimenter une polémique qui n’a pas lieu d’exister.
Dans cette interview, Christine Lagarde abordait effectivement la question de la dépendance européenne aux technologies de paiement non-européennes. « Pour l’instant, une grande partie de nos paiements numériques — e-commerce, peer-to-peer, utilisation de la carte ou du téléphone — dépendent toujours d’une infrastructure non européenne », expliquait-elle à l’antenne.
La présidente de la BCE poursuivait son analyse en détaillant la situation : « Que vous utilisiez une carte ou un téléphone, vous passez généralement par Visa, Mastercard, PayPal, Alipay ? D’où viennent toutes ces cartes ? Eh bien, soit des États-Unis, soit de la Chine. Et l’ensemble du mécanisme d’infrastructure qui permet le paiement, crédit et débit, n’est pas une solution européenne. »
Loin d’annoncer une quelconque interdiction, Christine Lagarde exprimait simplement le souhait de voir émerger des alternatives européennes. « C’est pourquoi je pense que nous devons réduire cette vulnérabilité et nous assurer qu’une offre européenne est disponible, juste au cas où. On ne sait jamais », ajoutait-elle prudemment.
Il existe déjà des initiatives européennes concrètes. Wero, un portefeuille numérique développé dans le cadre de l’Initiative européenne de paiement, permet aux utilisateurs de transférer de l’argent simplement avec un numéro de téléphone. Ce service, né d’un réseau de banques européennes créé en 2021, fonctionne actuellement en Belgique, en France et en Allemagne, avec une extension prévue vers d’autres pays européens.
La Banque centrale européenne elle-même a tenu à clarifier sa position face à ces rumeurs auprès d’EuroNews. « La BCE ne préconise pas l’abandon des systèmes de paiement fournis par des sociétés telles que Visa, Mastercard, PayPal ou Alipay », précise l’institution dans un communiqué officiel. Elle soutient plutôt « un paysage de paiement diversifié et compétitif qui comprend des options privées et publiques ».
Concernant l’euro numérique, la BCE maintient qu’il « constituerait un choix supplémentaire pour les consommateurs et les entreprises, et non un remplacement, complétant ainsi les espèces et les méthodes de paiement numérique existantes ». Cette clarification met fin aux spéculations sur une volonté — irréaliste par ailleurs — d’éliminer les solutions de paiement existantes.
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