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Bruxelles fait plier Apple : la Pomme cède sur l’App Store, mais prépare la contre-attaque

Dans le bras de fer qui l’oppose à la Commission européenne, Apple a finalement cédé. Sous la menace d’un ultimatum et d’astreintes financières colossales, le géant californien a accepté de modifier en profondeur les règles de son sacro-saint App Store. Une victoire pour Bruxelles, mais une capitulation en trompe-l’œil, car la firme de Cupertino n’a pas dit son dernier mot.

C’est une saga qui tient en haleine le monde de la tech depuis des mois, bien que technique et très politique. En avril dernier, une amende de 500 millions d’euros tombait pour sanctionner les clauses jugées abusives par l’Europe. Apple avait jusqu’à ce jeudi 26 juin pour rentrer dans le rang. C’est désormais chose faite, au terme d’intenses et discrètes négociations. Pour les utilisateurs et les développeurs, le changement est de taille.

Des géants comme Spotify ou Netflix, jusqu’ici muselés, pourront enfin communiquer plus librement dans leurs applications. Concrètement, ils peuvent à présent faire la promotion de leurs offres vers de multiples destinations (sites externes, autres applications, et même des magasins d’applications alternatifs), avec des designs personnalisés et des outils de suivi. Mieux encore, l’écran d’avertissement anxiogène qui s’affichait à chaque clic sortant, surnommé « scare sheet », sera désactivable par l’utilisateur après la première occurrence. Une bouffée d’air frais et une petite révolution.

Une taxe, malgré tout

Mais Apple ne serait pas Apple sans défendre son modèle économique et cette liberté a un prix, dont la facturation est complexe. Si les développeurs se réjouiront de cette nouvelle liberté, ils devront tout de même passer à la caisse comme l’explique 9to5Mac. Et la nouvelle grille tarifaire, applicable uniquement aux liens qui mènent vers des paiements externes, s’apparente à un véritable casse-tête.

Le choix cornélien : deux chemins, deux factures

Les développeurs se retrouvent désormais devant un choix cornélien, avec deux modèles économiques radicalement différents :

  • La fidélité récompensée (en partie) : avec la première option, les développeurs peuvent continuer à utiliser le système de paiement intégré d’Apple. En guise de récompense pour avoir accepté les nouvelles conditions, leur commission est réduite : elle passe à 17 % (ou 10 % pour les petites entreprises et les abonnements de plus d’un an), auxquels s’ajoutent 3 % de frais de traitement de paiement. Une facture totale de 20 % ou 13 %, soit une baisse notable par rapport aux 30 % historiques.
  • La liberté taxée : c’est ici que le bât blesse et que la situation se complique encore davantage. Si un développeur choisit d’insérer un lien vers un paiement externe, il échappe à la commission classique mais entre dans un nouveau labyrinthe de frais :
    • Si un utilisateur télécharge l’application puis effectue un achat via le lien externe dans les 6 mois, Apple prélève 2 % sur cette vente (gratuit pour les petites entreprises).
    • Pendant 12 mois après l’installation, le développeur doit choisir son “niveau de service” :
      • Le service minimum avec une commission de 5 %. L’application est sur le Store, mais privée d’outils de visibilité essentiels (recommandations, notes, mises à jour auto, etc.).
      • Le service complet (13 %, ou 10 % pour les petites entreprises), avec tous les avantages de l’App Store.

Enfin, c’est le coup de grâce potentiel, la fameuse « taxe Apple » (Core Technology Fee) continue d’exister. Pour les applications très populaires dépassant le million de téléchargements annuels, chaque nouvelle installation est facturée 0,50 euro. Avec ce nouveau mécanisme complexe, Apple tente de conserver une partie du gâteau, tout en se conformant, sur le papier, aux exigences du Digital Markets Act (DMA), le nouveau règlement européen qui vise à mettre au pas les géants du numérique.

« Déplacer les lignes rouges »

Pourtant, la pilule est amère à Cupertino. Dans une déclaration officielle, l’entreprise a été laconique mais claire : « Nous ne sommes pas d’accord avec cette décision et avons l’intention de faire appel ». En coulisses, le ton est plus offensif. Des sources proches de l’entreprise dénoncent une Commission qui n’aurait cessé de « déplacer les lignes rouges », changeant ses exigences au fil des mois et acculant l’entreprise sous « la menace constante d’amendes massives ».

Cette concession n’est donc qu’une manœuvre pour éviter les pénalités journalières qui auraient pu atteindre 5 % de son chiffre d’affaires mondial quotidien. Une somme astronomique. Apple a désormais jusqu’au 7 juillet pour déposer son recours devant le Tribunal de l’Union européenne.

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