Alors que le Sénat américain examine la « grande et belle loi » budgétaire de Donald Trump, une disposition technique, noyée au milieu des promesses de réductions d’impôts et de renforcement des frontières, pourrait bien dégrader le wifi aux États-Unis. Au cœur de cette manœuvre politique se trouve une ressource invisible et cruciale, le spectre des fréquences. Plus précisément, la bande des 6 GHz ouverte en 2020 pour décongestionner le trafic infernal des bandes wifi traditionnelles (2,4 GHz et 5 Ghz). Si cela vous semble un peu compliqué, considérez-la comme une nouvelle voie d’autoroute ultra-rapide, réservée aux véhicules les plus récents.
C’est grâce à cette « autoroute » que les appareils les plus récents tels que les derniers iPhone, des Samsung Galaxy, des ordinateurs portables modernes ou même des consoles comme la PS5 Pro peuvent bénéficier de connexions ultra-rapides et stables, même lorsque toute la maison est connectée. La bande des 6 GHz est le joyau de la couronne du wifi 6E et du wifi 7, en particulier aux États-Unis. En effet, la bande allouée à cette fréquence est plus importante outre-Atlantique que dans nos contrées et cela permet des performances supérieures.
Or, le projet de loi du Sénat, dans sa version actuelle, forcerait l’Agence fédérale des communications (FCC) à vendre aux enchères près de la moitié de cette précieuse « autoroute ». Les acheteurs ? Les grands opérateurs mobiles comme AT&T ou Verizon, qui pourraient y déployer leurs services et accélérer leurs propres réseaux de données mobiles.
Des recettes supplémentaires, mais un wi-fi plus lent
Sur le papier, la justification est double. Pour des élus comme le sénateur Ted Cruz, il s’agit de préparer le « prochain bond technologique » et d’assurer le leadership américain. Pour Donald Trump, c’est aussi une manière astucieuse de générer des revenus substantiels pour l’État, permettant ainsi de financer, en partie, les coûteuses baisses d’impôts promises.
Le problème est qu’en vendant ces fréquences, on réintroduirait des embouteillages sur cette voie rapide. Une latence plus élevée et des débits plus lents pour tout le monde sont à prévoir. Concrètement, un film en très haute définition peut se mettre en mémoire tampon, un appel vidéo se figer et un jeu ligne accuser un temps de retard… surtout dans les foyers hyperconnectés.
Les géants de la tech s’opposent à ce projet
La menace est si sérieuse qu’elle a provoqué une levée de boucliers des géants de la tech. Dans une lettre adressée au Sénat, la Wi-Fi Alliance, porte-voix d’entreprises comme Apple, Google, Meta, Amazon ou encore HP, tire la sonnette d’alarme. Elle qualifie la bande 6 GHz de « fondation pour le développement continu du Wi-Fi » et de pilier pour les technologies de demain, de l’intelligence artificielle à la réalité augmentée. Un cri d’alarme qui souligne l’enjeu de sacrifier une innovation profitant à tous sur l’autel d’un gain financier à court terme et des ambitions des opérateurs télécoms.
Ironiquement, alors même que le président de la FCC, Brendan Carr, se montre favorable à cette vente, AT&T déclarait encore récemment ne pas avoir de « besoin pressant » de fréquences supplémentaires.
La bataille du 6 GHz est donc lancée aux États-Unis. D’un côté, une vision politique et économique qui voit dans le spectre une marchandise à monétiser. De l’autre, une vision technologique et d’usage qui le considère comme un bien commun essentiel à l’innovation et au confort numérique de millions de citoyens. Le projet de loi pourrait être voté dès la fin de cette semaine.
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