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Un navire marchand innovant transforme ses émissions de CO₂… en ciment

La startup britannique Seabound a conçu un système de capture de carbone qui permet à des navires marchands de transformer directement le dioxyde de carbone qu’ils émettent en précurseur du ciment – de quoi alléger le bilan environnemental de deux industries hautement polluantes en attendant l’émergence de solutions alternatives.

Selon TheNextWeb, un navire marchand unique en son genre vient de débuter ses opérations avec une innovation très enthousiasmante à son bord : un système capable de piéger les émissions de carbone produites par son système de propulsion pour les transformer directement en ciment.

Cette technologie, développée par la startup britannique Seabound, est présentée comme le premier système de capture de carbone destiné à la marine marchande. Elle repose sur un procédé relativement simple, conceptuellement parlant.

La première étape consiste à canaliser les gaz d’échappement de l’énorme moteur diesel vers une chambre à haute pression remplie d’hydroxyde de calcium. Ce dernier réagit alors avec le dioxyde de carbone pour produire du carbonate de calcium, la « colonne vertébrale » chimique du ciment. Ce matériau est stocké à bord, puis acheminé vers un site industriel spécialisé où il sera chauffé pour le transformer en oxyde de calcium, avant d’être mélangé à d’autres ingrédients (silice, alumine, oxydes de fer…) afin d’obtenir du ciment utilisable par l’industrie de la construction.

Faire d’une pierre deux coups

Le système est entièrement modulaire et peut être installé sur n’importe quel navire marchand. On peut donc imaginer un déploiement à grande échelle. Une perspective très intéressante, car ce mode de capture pourrait permettre de faire d’une pierre deux coups en réduisant le bilan carbone de deux industries majeures.

En premier lieu, ce système réduit sensiblement les émissions de gaz à effet de serre générées par le navire lui-même. Seabound affirme en effet que son système peut extraire jusqu’à 95 % du CO₂ contenu dans les gaz d’échappement — de quoi faire une vraie différence au niveau environnemental.

Pour référence, on estime que les avions de transport génèrent typiquement environ 1 kg de CO₂ par tonne de fret et par kilomètre, contre environ 150 g/t/km pour les camions et une grosse vingtaine pour les trains. Les navires de ce genre, en revanche, en émettent seulement 3 à 10 g/t/km. Il s’agit donc d’un moyen de transport très efficace à ce niveau.

Le souci, c’est que cet avantage est contrebalancé par l’énorme volume de marchandises qui circule chaque jour sur des bateaux. Au bout du compte, ces véhicules sont directement responsables de 2 à 4 % des émissions globales de CO₂. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement estime qu’environ 50 000 navires marchands circulent chaque jour, et s’ils étaient tous équipés d’un système de ce genre, le bilan écologique de cette industrie pourrait donc chuter de manière spectaculaire.

Cela vaut aussi pour le ciment. On estime que sa production est responsable de 7 à 8 % des émissions globales de CO₂ — un chiffre gigantesque que de nombreuses entreprises et laboratoires de recherche essaient activement de réduire.

Bateau Cargo
© Venti Views – Unsplash

Certes, même si tous les navires marchands étaient équipés de modules de capture de carbone de ce genre, cela ne suffirait pas à subvenir aux besoins de l’industrie, sachant que le béton est le matériau le plus produit au monde. Mais cela pourrait tout de même alléger le bilan de cette industrie essentielle.

Une solution temporaire, mais prometteuse

L’entreprise insiste toutefois sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une panacée. À terme, il faudra absolument développer des technologies de propulsion alternatives plus propres. Mais c’est une équation très difficile à résoudre dans ce domaine.

Par exemple, il est impossible d’utiliser des moteurs électriques comme dans l’industrie automobile, car les batteries actuelles ne sont tout simplement pas assez performantes pour subvenir aux besoins de ces géants des mers. Certains spécialistes suggèrent d’utiliser des réacteurs nucléaires, comme ceux qui équipent déjà des appareils militaires — mais cela implique un certain nombre de risques majeurs que l’industrie n’est pas encore prête à assumer. Dans ce contexte, le système de Seabound pourrait représenter une bonne solution temporaire en attendant l’émergence d’une solution viable.

Au bout du compte, cette innovation représente une avancée prometteuse dans la lutte contre le changement climatique. Même si ce système ne permettra évidemment pas de répondre à l’urgence écologique à lui seul, son déploiement à grande échelle pourrait constituer un levier important pour réduire significativement les émissions globales à court et moyen terme. Nous vous donnons donc rendez-vous d’ici quelques années pour voir si cette technologie commencera à être adoptée en masse, tout en gardant un œil sur les technologies de propulsion alternatives actuellement à l’étude.

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Source : TheNextWeb

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