La Commission nationale de l’informatique et des libertés vient de trancher : les caméras dopées à l’intelligence artificielle pour estimer l’âge des clients dans les bureaux de tabac ne sont pas légales. Depuis fin 2024, le déploiement de caméras augmentées s’est accéléré dans les bureaux de tabac français. Pilotés par des algorithmes d’intelligence artificielle, ces équipements scannent les visages des clients au moment de l’achat afin d’estimer leur âge, signalant par un témoin lumineux (vert ou rouge) si l’individu est potentiellement majeur ou non. Objectif affiché : empêcher la vente de tabac, d’alcool ou de jeux d’argent aux mineurs.
Une protection jugée peu fiable, et disproportionnée
Ce système promettait aux buralistes une vérification automatisée, à la fois rapide et fiable. De quoi faciliter le travail des professionnels, tout en restant relativement peu gourmand en matière de données personnelles. À la différence de la reconnaissance faciale, les algorithmes ne cherchaient ici pas à identifier la personne, mais simplement à estimer son âge.
La décision de la CNIL, rendue publique le 11 juillet 2025, balaie cette ambition : les caméras d’estimation d’âge sont désormais interdites dans les bureaux de tabac, leur usage étant jugé “ni nécessaire, ni proportionné“.
Plusieurs problèmes soulevés
Dans l’argumentaire de la CNIL, on retrouve le caractère non certifié du dispositif : L’algorithme ne procède qu’à “une estimation, sans certitude”, introduisant un risque d’erreur non négligeable, qui réduit considérablement sa fiabilité, et donc son intérêt.
Aussi, la réglementation impose déjà aux buralistes de “demander systématiquement à leurs clients une preuve de majorité”, seule méthode fiable et juridiquement recevable pour contrôler l’âge. Le recours à la caméra augmentée crée une redondance et n’apporte aucune garantie supérieure, rendant son recours superflu, estime la Commission.
Enfin, l’analyse faciale constitue un traitement de données personnelles particulièrement intrusif. Le RGPD exige que tout traitement soit justifié, minimal et respecte les droits fondamentaux des personnes, ce qui n’est plus le cas ici.
Il n’est pas seulement question de ce dispositif en particulier : selon la CNIL, le risque de banalisation d’une surveillance renforcée serait décuplé si ce type de dispositifs se généralisait dans l’espace public. Par ailleurs, l’utilisation en continu de ces caméras empêche les clients de faire valoir leur droit d’opposition au traitement de leurs données, droit pourtant garanti par le RGPD.
Quelles suites pour les buralistes ?
Si la décision du régulateur français a été saluée par certaines associations défendant la santé publique ou la protection des mineurs, elle reçoit aussi le soutien des défenseurs des libertés numériques. Sans surprise, un temps sera accordé aux professionnels pour se (re)mettre en conformité. Pour les buralistes, cela signifie un abandon des dispositifs d’estimation algorithmique d’âge et un retour aux pratiques classiques.
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