Le 8 août 2025 devait marquer un tournant dans la politique de confidentialité de WeTransfer. La plateforme, largement plébiscitée par les professionnels de la création, annonçait une réécriture de sa clause 6.3, s’octroyant une licence “perpétuelle, mondiale, non exclusive, gratuite, transférable et sous-licenciable” sur tous les fichiers hébergés. Plus troublant encore : elle incluait le droit de “reproduire, distribuer, modifier, créer des œuvres dérivées“, et précisait explicitement l’usage potentiel du contenu pour “améliorer les performances des modèles d’apprentissage automatique servant à la modération“.
L’absence de consentement actif ou de compensation, dans un contexte où les documents transférés — parfois confidentiels ou engagés contractuellement — pouvaient alimenter des technologies d’IA, a vite alarmé la communauté des créateurs et des créatrices.
Sur les réseaux sociaux, photographes, designers, producteurs et agences ont dénoncé cette appropriation jugée abusive et ont appelé au boycott, au profit d’autres alternatives comme Smash ou SwissTransfer — qui de leur côté, ne se sont pas privées pour communiquer sur leur positionnement inverse. En ligne de mire, la dilution du contrôle sur des œuvres sous licences, autant que la possibilité que la propriété intellectuelle de certains serve sans limites à des algorithmes d’IA — voire à des tiers, via la possibilité d’une sous-licence, également mentionnée dans les nouvelles conditions générales d’utilisation de WeTransfer.
Déni, explication, réécriture
Face à la crise, WeTransfer a multiplié les déclarations publiques pour calmer le jeu. La plateforme a assuré : “Nous n’utilisons ni l’apprentissage automatique ni aucune forme d’IA pour traiter les contenus partagés via WeTransfer, et nous ne vendons ni fichier ni donnée à des tiers“. Sous le feu des projecteurs, la clause controversée a été entièrement réécrite en moins de 48 heures pour supprimer toute mention de l’intelligence artificielle et du machine learning. La version finale se limite désormais à une “licence libre de droits pour opérer, développer et améliorer le service“.
Si l’affaire a fait parler, elle illustre aussi surtout une tendance de fond sur le secteur, où la frontière entre amélioration du service et exploitation commerciale des contenus devient de plus en plus floue. D’autant plus que la polémique intervient quelques mois après le rachat de WeTransfer par l’éditeur italien Bending Spoons, déjà propriétaire d’Evernote, Filmic Pro ou Meetup. Si la volonté d’optimiser (voire rentabiliser) les actifs numériques de la marque n’est pas officiellement assumée, ce contexte commercial alimente la vigilance des internautes, déjà tournés vers des solutions concurrentes, plus transparentes et davantage tournées vers le respect des données personnelles.
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