Le X-59, l’avion supersonique expérimental développé par la NASA, vient de franchir un cap critique en se déplaçant lui-même pour la première fois – un succès modeste, mais qui le rapproche considérablement de son baptême de l’air très attendu.
Pour resituer le contexte, cet engin est la pièce maîtresse du programme QueSST, pour Quiet Supersonic Technology. Son objectif est de révolutionner l’aéronautique en permettant à des avions supersoniques de survoler des territoires habités, comme le faisait autrefois le légendaire Concorde avant qu’il soit mis à la retraite.
C’est une pratique qui est aujourd’hui interdite ou strictement encadrée dans la majorité des pays à cause du phénomène de bang supersonique, ou sonic boom en anglais. Il s’agit d’une violente détonation qui survient lorsqu’un aéronef franchit le mur du son (ou Mach 1, soit environ 1235 km/h au niveau de la mer).
Dans ces conditions, les ondes de pression produites par le déplacement du fuselage dans l’air se combinent pour former une puissante onde de choc. Lorsque cette dernière atteint le sol, elle génère un bruit important qui peut être très dérangeant pour la population — voire briser des objets fragiles, comme des vitres, dans certains cas.
Le X-59, nouvel ambassadeur du vol supersonique civil
Certains estiment aujourd’hui que ces réglementations sont trop restrictives et plus forcément d’actualité, puisqu’elles nous forcent à faire l’impasse sur une technologie capable de réduire significativement les temps de trajets par rapport aux avions de ligne traditionnels. Tout l’enjeu, c’est donc de prouver qu’il est possible de réintroduire le vol supersonique civil en minimisant ces nuisances sonores.
Pour y parvenir, la NASA a mandaté le géant de l’industrie militaire Lockheed Martin, et plus spécifiquement sa célèbre division Skunk Works à qui l’on doit de nombreux avions révolutionnaires comme le légendaire SR-71 Blackbird.
En 2018, ses ingénieurs ont commencé à travailler sur le X-59. Il s’agit d’un avion de 30 mètres de long pour 9 mètres d’envergure qui est conçu pour atteindre Mach 1,4 (un peu moins de 1500 km/h), et surtout de le faire sans produire de bang supersonique grâce à son fuselage à la forme unique, conçu spécifiquement pour dissiper les ondes de choc à l’origine du bruit.
Un premier test de roulage concluant
Pour l’instant, le X-59 n’a toujours pas pris son envol. Mais cette échéance approche désormais à grands pas. Dans un billet publié ce jeudi 17 juillet, l’agence spatiale américaine explique que l’engin a validé son premier test de roulage une semaine plus tôt. En aéronautique, ce terme désigne une batterie de tests réalisés exclusivement au sol, afin de vérifier le fonctionnement de plusieurs systèmes critiques — notamment la disponibilité des moteurs et les performances du train d’atterrissage et de ses freins.
Ce succès va permettre de multiplier les tests de ce genre. Sur les prochaines semaines, l’appareil va se mettre à rouler de plus en plus vite, jusqu’à atteindre le point de basculement critique qui lui permettrait théoriquement de décoller. À ce moment-là, les ingénieurs réaliseront un dernier bilan qui, s’il apporte satisfaction, devrait enfin permettre d’organiser le baptême de l’air du X-59.
S’il parvient à décoller et se comporte correctement en vol, la NASA et Lockheed Martin pourront alors aborder la deuxième phase du programme. Celle-ci consistera à effectuer plusieurs vols d’essais au-dessus de zones habitées par des civils, à la fois pour peaufiner la technologie, mais aussi pour faire évoluer la législation.
Aerotime.com rappelle que les autorités américaines ont entamé un processus de révision des règles en vigueur, dans le but d’assouplir l’interdiction du vol supersonique au-dessus des terres, en place depuis 1973. Un ordre exécutif aurait été envisagé par l’administration Trump pour accélérer cette transition, mais les détails restent à confirmer. Une fois que ces changements seront entérinés dans une loi, le bannissement du vol supersonique au-dessus des zones habitées pourrait être progressivement remplacé par des niveaux de bruit bien spécifiques qui restent à déterminer.
Le X-59 sera précieux à ce niveau. Les témoignages des habitants et les données collectées pendant ses premiers vols aideront les législateurs à déterminer les seuils de bruit acceptables qui devraient figurer dans la future loi.
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