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Vaucluse : sous les panneaux solaires, les cyclistes

Une portion de la Via Rhôna, dans le Vaucluse, est désormais couverte de panneaux solaires. Plus qu’un simple abri pour les cyclistes, ce démonstrateur (une première en France) explore une nouvelle façon d’installer et de transporter l’électricité solaire sur de longues distances.

À première vue, cela ressemble à une toiture un peu futuriste installée au-dessus d’une piste cyclable. Mais à Caderousse, dans le Vaucluse, les ombrières photovoltaïques déployées sur près d’un kilomètre de la Via Rhôna sont bien plus qu’un simple pare-soleil pour les cyclistes. Ce site expérimental est la première concrétisation d’un projet inédit en France : produire de l’électricité solaire tout en valorisant des linéaires inutilisés, comme des voies cyclables.

Un projet pilote en attendant beaucoup plus

Le projet, baptisé Ophelia, réunit la Compagnie nationale du Rhône (CNR), Schneider Electric, Nexans, SuperGrid Institute et la SNCF. Il bénéficie d’un soutien financier de l’Ademe et doit entrer en service d’ici la fin de cet été. L’installation fera l’objet d’une phase d’évaluation jusqu’en 2028. Son objectif : tester la faisabilité à grande échelle d’un modèle de production solaire « linéaire », adapté aux infrastructures longues comme les routes, voies ferrées ou digues.

Avec 23.000 kilomètres identifiés comme compatibles en France, dont 2.800 km de vélo-routes, le potentiel est conséquent. Le solaire linéaire permet d’éviter les conflits d’usages liés au foncier de plus en plus rare, comme le souligne la CNR au Figaro. Selon les estimations de la filiale d’Engie, ce type de dispositif pourrait accueillir jusqu’à 35 GW de puissance.

L’un des aspects les plus ambitieux du projet réside dans le choix technologique : transporter le courant continu sur toute la longueur de l’installation. Contrairement à la norme actuelle qui repose sur le courant alternatif pour les longues distances, les porteurs d’Ophelia misent sur une approche plus directe. Les panneaux solaires produisent déjà en continu, et une partie croissante des appareils – comme les véhicules électriques ou les batteries – en ont aussi besoin.

Cette décision permet de réduire les pertes d’énergie, d’alléger les besoins en transformateurs et d’optimiser l’espace. « Quand vous rechargez un téléphone, le chargeur convertit le courant alternatif en continu. Pourquoi ne pas fournir directement du courant continu ? », se demande Éric Lamard, ingénieur à la CNR. L’idée est aussi d’exploiter ce courant pour de nouveaux usages : bornes de recharge, data centers ou même électrolyseurs.

Autre argument mis en avant : la fabrication locale. Si les panneaux solaires restent chinois, l’essentiel de l’infrastructure – supports métalliques, câblage, gestion de l’énergie – est produit en France. « Vous assistez à l’émergence d’une filière industrielle autour du courant continu en moyenne tension », se félicite Hubert de la Grandière, PDG de SuperGrid Institute.

Reste un point noir : le coût. Le prix du mégawattheure produit n’a pas été communiqué, mais il est jugé encore élevé, comme souvent pour un prototype. Un soutien public spécifique serait nécessaire pour passer à l’échelle, mais l’ambiance politique actuelle n’y est pas franchement favorable. La réussite d’Ophelia pourrait cependant donner des idées alors qu’on parle de réindustrialisation et de souveraineté énergétique.

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Source : Le Figaro

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